• Chapitre 19

    Chapitre 19


    Durant le reste du week-end et lors de la première journée de la semaine, Rentarou ne croisa pas le chemin de Shiromiya. Il ne le rencontra ni au réfectoire ni à la bibliothèque. En classe, l'adolescent tenta de nouver le dialogue mais son condisciple demeura muet. Le lycéen géant se demanda si l'adolescent entendait ses questions. Cette absence de communication lui donna la désagréable sensation de parler à un mur plutôt qu'à un être humain. Finalement, Shintarou lui recommanda de cesser de s'embêter pour une personne aussi peu agréable et lui proposa de se joindre à la conversation qu'il tenait avec d'autres camarades de classe. A contrecœur, Rentarou accepta.


    Après les cours, le lycéen géant rejoignit le club de tennis en compagnie du petit rouquin. A la salle des casiers où le ils s'arrêtèrent pour prendre leurs affaires, tous deux retrouvèrent Tyro, Kou et Takaishi qui les accompagnèrent. Les cinq adolescents se changèrent ensemble dans le vestiaires et discutèrent un peu en même temps :


    - Elle est trop cool ta tenue, Rentarou-kun, s'exclama Takaishi qui ne cessait d'admirer Rentarou en train de s'habiller.


    - C'est sympa, Taka-chan, le remercia t-il en enfilant son tee-shirt, mais arrête de me regarder pendant que je suis nu. Je trouve ça un peu bizzare.


    - Je confirme, approuva Kou en donnant un coup de coude à son meilleur ami. Et puis, ce serait mieux de le faire si c'était une fille !


    - Bon, vous vous dépêchez, les gars ?


    Tyro enfilait toujours sa tenue de sport sous son uniforme scolaire. De cette manière, il était prêt en moins de trente secondes et attendait chaque fois ses camarades près de la sortie avec impatience. Espiègle, le jeune homme se moquait même de leur lenteur.


    - Tricheur, marmonna Shintarou en déposant ses habits dans son casier.


    - Organisé, corrigea Tyro en jouant à se passer une balle entre ses deux mains.


    - Un peu de calme, les gars, s'exclama Rentarou d'une voix forte. Si vous avez fini, allons-y !


    Sur cet ordre du jeune titulaire, la troupe quitta les vestiaires. Rentarou et Tyro n'échangèrent guère de paroles entre eux eux. Leurs trois camarades ne cessèrent de blaguer et de rire.

     

    Néanmoins, toute plaisanterie fut stoppée net quand ils remarquèrent leur buchou se tenant face à eux à la sortie des vestiaires. Il semblait assez agacé à cause de l'attente. Sa main droite jouait avec ses cheveux libres pour passer le temps.


    - Il vous faut tout ce temps pour vous changer ? lança t-il sèchement. Même ma grand-mère avec ses rhumatismes s'habille plus vite que vous !


    - Désolé, Kurata-buchou, fit Shintarou. Mais …


    - Pas le temps d'entendre vos excuses pitoyables ! le coupa d'un ton sec Kurata. J'ai une annonce à faire à Satsuma.


    - Je t'écoute, buchou.


    - Nous avons un nouvel inscrit au club, révéla Kurata d'une voix plus posée. Puisque tu as battu Raphael, j'aimerais que ce soit toi qui teste ses capacités.


    - Et comment s'appelle t-il ? voulut savoir Tyro.


    - Je te laisse te préparer, Satsuma, continua Kurata en ignorant délibérément la question. A bientôt.


    - Je le déteste !!!! cria Tyro avec rage quand leur buchou fut parti.


    - Je me demande qui est ce nouveau, émit Shintarou. Le dernier inscrit, c'était Rentarou, il y a maintenant un mois et demi. En y pensant, je trouve ça étrange.


    - Vous croyez que c'est quelqu'un encore plus fort que Rentarou ? interrogea Kou.


    - Ne dis pas de bêtises, soupira Takaishi. En sport, il est très rare de tomber sur des personnes aussi douées. Ce sera certainement un amateur.


    - Rentarou, tu penses à ce que je pense ?


    - Je n'ai pas le pouvoir de lire dans tes pensées, Tyro.


    - Mais si ! Et si c'était lui ? Après ce qui s'est passé ce week-end, je suis certain que c'est lui ! Je le sais ! Je suis sur qu'il s'est enfin inscrit !


    - Je ne pense pas, nia Rentarou en secouant négativement la tête. Il ne viendra jamais au club.


    Le jeune colosse laissa ses amis et partit échauffer ses muscles en vue de son prochain match. Il courut une vingtaine de minutes autour du bâtiment abritant les vestiaires puis demanda à Shintarou de l'aider à terminer son échauffement en réalisant quelques échanges avec lui. En terme de jeu, il préféra bien mieux celui de Tyro mais les deux garçons s'étaient convenus d'un accord tacite de ne pas s'échauffer ensemble. La moindre balle jouée entre eux les captivait au point de leur donner envie de jouer un match dans son intégralité.


    Pendant que les deux adolescents échangèrent quelques balles, Kurata revint accompagné d'un jeune homme aux cheveux ébènes à la corpulence très fine que Rentarou n'eut pas peine à reconnaître. Shintarou aussi.


    - Shiromiya, cracha-t-il avec mépris. Qu'est-ce qu'il fout ici celui là ?


    - Je le savais, exulta Tyro en levant ses bras en triomphe.


    Pendant que le petit rouquin sortit du court et retourna voir ses camarades en pestant, Seiichi s'avança lentement à l'intérieur et s'approcha du filet. Rentarou s'en rapprocha alors vivement :


    - Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu venais ?


    - J'aime les surprises, répondit-il avec malice.


    Après s'être serrés la main, ils se disputèrent poliment le premier tour. Chacun désira que se soit l'autre qui commença. Kurata cessa cette négociation en leur suggérant de faire appel au hasard pour déterminer l'ordre de service. Seiichi demanda à Rentarou quel côté il préfèra Celui-ci choisit l'envers. L'adolescent aux cheveux ébènes fit tourner sa raquette en masquant le grip de sa main droite puis la lâcha. Celle-ci tomba à l'endroit condamnant son adversaire à débuter la partie.


    Malgré la déception, le jeune hommes aux lunettes sombres ne s'en étonna même pas. Depuis quand la chance récompensait-elle ses efforts et ses espoirs ? Il se prépara. Sa mémoire se souvint que son adversaire du jour avait battu très facilement Tyro. Il se résolut donc ne ne jamais baisser sa garde.


    Depuis la ligne de service, Rentarou observa Seiichi au milieu de son terrain. Sa manière de saisir sa raquette l'intrigua. Celle-ci était très rapprochée de son corps et ses deux mains étaient posées sur le manche. Il choisit d'évaluer avec prudence le jeu adverse et lança sa toute première balle vers le fond du court à faible puissance.


    Un phénomène se produisit que le lycéen géant, comme l'ensemble des spectateurs qui regardait le match autour du court, pensait impossible. Seiichi disparut totalement de l'endroit où il se trouvait réapparut dans le coin gauche de son terrain. Il frappa la balle au moment où celle-ci arriva. Décontenancé, le jeune colosse n'eut même pas la présence d'esprit de la rattraper.


    - 15-0, annonça Motoguchi depuis la chaise haute d'où il arbitrait le match.


    L'annonce de ce point ramena aussitôt Rentarou dans le match. Il tourna la tête et fixa la petite sphère jaune tombée à moins d'un mètre de lui. Il se reprocha mentalement cet échec.


    - Si tu te laisses déconcentrer si facilement, ce match sera bientôt fini, déclara Seiichi qui avait repris sa position initiale en marchant normalement.


    - Comment tu as fait pour disparaitre ? C'est un truc pas possible, fit Rentarou en bredouillant presque tant la situation lui parut invraisemblable.


    - Un véritable professionnel ne révèle jamais les secrets de son art.


    Durant le reste du premier jeu, Seiichi ne cessa de disparaître afin de se matérialiser à l'emplacement où se dirigeait la balle. Rentarou tenta de varier chacune de ses frappes.

     

    Parfois, il utilisa la force. D'autres fois, il privilégia la vitesse. Il essaya même un compromis entre les deux plusieurs fois. Son rival retourna facilement chacune de ses tentatives retourna sans avoir visiblement le moindre mal. Comme les retours se révélèrent en fait très facile, les échanges durèrent très longtemps. Au final, ce fut Seiichi qui remporta le premier jeu sans laisser aucune chance à son adversaire de marquer un seul point.


    - Je comprends, dit Takaishi qui n'avait cessé d'observer le rival de son ami tout le long du jeu.


    - Qu'est-ce que tu comprends ? s'informa Kou en le dévisageant.


    - Shiromiya-kun ne disparaît jamais. Il se sert juste de sa vitesse pour courir très vite et se déplacer sans être vu, expliqua Takaishi. C'est une technique classique ninja.


    - Ninja ? répéta Shintarou avec surprise. Tu veux dire les types qui se battent à l'épée ?


    - C'est malheureusement tout ce qu'on retient d'eux maintenant, déplora Takaishi. Les ninjas étaient avant tout des guerriers réputés pour leur discrétion. Ils …


    - Reviens un peu au sujet, l'interrompit Kou en lui donnant une bonne bourrade. A quoi tu relies Shiromiya-kun aux ninjas ?


    - D'abord, sa manière de tenir sa raquette, répondit Takaishi. Il la tient toujours de ses deux mains. Je ne connais pas de tennisman pour faire ça. Par contre, c'est une position normale pour tenir un sabre dans les arts martiaux.


    - C'est vrai. Normalement, on tient sa raquette de sa main dominante, approuva Tyro. On utilise parfois ses deux mains mais seulement pour augmenter sa force.


    - Cette posture m'a indiqué qu'il connaissait les arts martiaux, reprit Takaishi. De là, j'ai déduit ses connaissances ninjas dû à ses mouvements rapides. Parmi les techniques ninja, il en existe une qui se nomme Inton Jutsu. En utilisant une vitesse élevée, elle permet de disparaître. Naturellement, il faut un paquet d'heures d'entrainement pour la maitriser.


    Depuis le court, les deux bélligérants suivirent la conversation avec intérêt. Le frêle adolescent aux cheveux ébènes tourna la tête esquissa un sincère sourire à Takaishi ce qui surprit les amis de Rentarou.


    - Tu es la première personne à deviner l'origine de mon jeu, Yamamoto-han.


    Il reporta son attention vers son adversaire.


    - Mais cette information ne te sera d'aucune utilité. Tu ne pourras jamais me vaincre.


    Cette provocation décupla l'envie de victoire en Rentarou.


    - Je te montrerais qui je suis, Shiromiya-kun !


    Seiichi lui adressa un discret sourire moqueur et prit une balle de la poche de son pantalon. Il la fit rebondir puis la déposa dans le creux de sa main de sa main gauche et la frappa d'un léger mouvement de sa raquette. Elle partit à une vitesse très élevée et indétectable pour l'œil humain que Rentarou ne put la distinguer avant de la voir s'écraser devant lui.


    Seiichi commenta chacune de ses balles de service dans un murmure.


    - Aussi rapide que le vent : Fu.


    Très impressionné par cette capacité, le tennisman géant siffla admirativement. Son rival sourit, satisfait de cet étonnement. Il recommença son service et administra une légère frappe qui fit tomber sa balle juste après avoir passé le filet sans laisser non plus le temps à Rentarou de voir correctement sa trajectoire.


    - Silencieuse comme la forêt : Rin.


    Le lycéen géant s'ébranla un peu moins bien que ce genre de techniques le stupéfia encore. Toutefois ses yeux venaient de percer le secret des attaques adverses. Un sourire se dessina sur son visage. Il se fit la promesse de ne plus perdre un seul point.


    Sans cesser de fixer son rival, Seiichi laissa rebondir sa balle plus longtemps que pour ses deux premiers services puis la déposa à nouveau dans la paume de sa main et la frappa avec beaucoup plus de force qu'auparavant. Elle partit avec beaucoup de vitesse et ce puissance.

     

    Cependant elle se révéla être visible du commun des mortels. Rentarou l'attendit et la cueillit dans sa raquette. Il fut saisi de la force exercée dessus mais grâce à la sienne, il la domina facilement et la retourna. Seiichi la rattrapa aisément grâce à sa vélocité inouïe et le jeune colosse décida à faire appel à toute la force contenue dans ses bras. Il leva bien haut son bras et tapa très fort la balle qui repartit dans le sens inverse tel un véritable boulet de canon.

     

    L'adolescent aux cheveux ébènes lui-même ne sut ni la voir ni la recevoir. Elle s'écrasa juste dans le couloir gauche au pied du grillage.


    - Out ! cria Motoguchi. 30-0 !


    C'est bon, Motoguchi-sempai, râla mentalement Rentarou avec mauvaise humeur. J'avais compris. Pas besoin de le signaler à toute la planète.


    De son côté, Seiichi s'approcha des limites du court et se baissa pour ramasser la fameuse balle out. Il ne cessa de la fixer tout en la faisant rouler dans sa main.


    - Tu n'es vraiment pas ordinaire, lança t-il à Rentarou en se retournant.


    - Ah bon ?


    - C'est la première fois que quelqu'un peut frapper un out sur une de mes balles. D'ordinaire, il n'existe personne pour les voir et les retourner.


    - Vraiment ? fit Rentarou dont le visage s'éclaira d'un sourire espiègle. Dans ce cas, je serais le premier à marquer un point contre toi !


    - Désolé, Satsuma-han, mais je vais devenir vraiment sérieux à partir de maintenant.


    Après ces quelques paroles qui renforcèrent leur détermination à vaincre, les joueurs se reconcentrèrent sur le match. Seiichi lança un nouveau service qui partit rapidement, mais moins que les deux premiers. Rentarou essaya de l'atteindre. Il y parvint. Cependant il la toucha à peine avec le centre de sa raquette que celle-ci tomba à ses pieds sans pouvoir la retourner.


    - Immuable comme la montagne : Zan.


    Contemplant la balle entre ses deux pieds, Rentarou ne put que constater l'habileté de son rival une fois de plus. Il n'arriva pas à comprendre comment il faisait mais souhaita un jour être capable de créer des coups aussi géniaux.


    Sans se départir de sa concentration, Seiichi lança un dernier service pour le jeu. La balle partit très vite et totalement à l'opposé d'où se tenait actuellement son adversaire. Le jeune colosse fit de son mieux pour courir et plongea au moment fatal mais elle s'écrasa sur la terre rouge dans un violent impact.


    - Aussi féroce que le feu : Ka.


    En se remettant debout, Rentarou essaya d'estimer la force réelle de son adversaire sans y parvenir. Il concevait difficilement qu'un humain comme Shiromiya Seiichi pouvait posséder des capacités telles que les siennes. Cela l'effrayait un peu. Il tenta de se calmer. Faisant le vide dans son esprit, l'adolescent chercha rapidement un moyen de contrer ses stratégies. Il se souvint de sa fameuse balle out et réalisa que sa faiblesse se situait en ce domaine.

     

    Néanmoins, pour concrétiser cette tactique, il devait utiliser sa technique personne et fétiche. Pour le moment, Rentarou souhaitait l'améliorer avant de s'en servir de nouveau. Incapable d'accepter une défaite sans avoir tout tenter auparavant, il accepta toutefois de recourir à ce dernier espoir.


    - Félicitations, Shiromiya-kun, cria t-il. Tu viens de me pousser à utiliser mon service spécial !


    - Je l'attends avec impatience, lui répondit son rival en esquissant un sourire de satisfaction.


    Après avoir fait longuement rebondir sa balle, Rentarou la plaça dans sa paume gauche et imprima une forte rotation dedans de sa main droite, sa raquette tenue sous son bras droit. Il la jeta ensuite en l'air et la frappa très fort bien que cela ne représenta pas un quart de sa véritable force.


    - Voici mon Invisible Server upgraded : Invisible Server Twist !


    Dans un déplacement très rapide, la balle, tournant sur elle-même, décrivit une spirale et atteignit le terrain adverse. Seiichi ne la distingua pas mais l'entendit. Il se prépara à la recevoir. Cependant sa raquette vacilla vers l'arrière quand la balle toucha le cordage. Il dut utiliser toute la force contenue dans ses bras afin de garder son arme en main. Il lutta péniblement mais réussit finalement à la renvoyer mais ne sut lui appliquer aucun effet ni orienter sa trajectoire.


    Après l'avoir renvoyé, Seiichi découvrit que la balle fonçait vers le couloir de droite. Sa main se resserra autour de son grip et pesta intérieurement de sa médiocrité. Si son adversaire possédait un gramme de bon sens, celui-ci n'irait pas chercher cette balle. Il la laisserait sagement tomber et être déclarée out. C'était la pure logique.


    Sauf que Rentarou agissait toujours différement du commun des mortels.

     

    Le lycéen géant se rua aussitôt sur la balle et la frappa de nouveau. Seiichi se souvint alors quel type de personne était son rival. Celui ci détestait abandonner, surtout sans s'être battu à fond, et n'acceptait pas de remporter un point sans le mériter. Un sourire se dessina sur le visage du jeune ninja. Il venait de découvrir une nouvelle faiblesse à son jeu.


    Levant son bras, l'adolescent aux cheveux ébènes se concentra sur le match et repèra la trajectoire de balle sans difficulté et la frappa très fort afin d'être capable de la dominer. Il l'envoya vers le couloir droit adverse. Rentarou la récupèra et la retourna. Seiichi choisit donc d'orienter successivement la balle vers le couloir le plus éloigné de son adversaire qui courait avec hâte pour la rattraper. Au bout d'un moment, Seiichi cassa le rythme et l'orienta vers le centre.


    Désormais habitué à se déplacer de gauche à droite et de droite à gauche, Rentarou se dirigea rapidement à l'autre bout de son terrain en pensant prendre de vitesse son adversaire. Ce ne fut qu'au moment où ses oreilles entendirent l'impact de la balle à son contact sur le sol que le jeune colosse comprit que celui-ci s'était joué de lui.


    Essayant d'analyser la situation le plus rationnellement dont il était capable à ce niveau de pression si élevée, Rentarou n'entrevit guère de solutions. Même en utilisant sa force à bon escient et sur de longues périodes, son adversaire parvenait encore à retourner la balle sans de difficultés apparentes. Son meilleur service, sa technique la plus affûtée se révélait aussi inefficace. Beaucoup de joueurs, certains plus expérimentés que lui, auraient cédés sans doute au désespoir et compris qu'ils ne possédaient pas une chance de victoire.


    Mais Satsuma Rentarou ne partageait pas ce défaitisme. Sa féroce et ardente combattivité l'incitait à poursuivre le match jusqu'au bout. Statistiquement, il perdait. L'adolecent le savait très bien. Pourtant, il refusait de se rendre avant l'extrême fin et désirait jouer de toutes ses forces et de toutes ses capacités afin de ne laisser aucun regret derrière lui.


    Le reste du troisième jeu se déroula aussi intensément qu'il eut commencé. Malgré le service rapide et puissant que lança continuellement Rentarou, son rival réussit à le retourner bien qu'il ne contrôla pas correctement ses trajectoires mais son adversaire ne le remarqua jamais.
    Au commencement du quatrième jeu, Seiichi s'apprêta pour lancer son service. En prenant une balle de la poche de son pantalon, il songea que clore rapidement ce match devenait impératif. Son visage, aussi inexpressif qu'à l'accoutumée, ne trahissait pas la fatigue qui submergeait tout son être. Les muscles de ses bras et ses poignets le tiraient affreusement. Pour être capable de rattraper les puissants coups de son adversaire, il forçait trop sur son corps, beaucoup trop, pour produire des efforts que celui-ci ne pouvait pas supporter éternellement.


    Selon son diagnotic objectif, l'adolescent aux cheveux ébènes estima que dans son état actuel poursuivre le match serait une folie. Il ferait mieux d'arrêter son combat maintenant.
    Mais Seiichi était trop orgueilleux pour admettre ses faiblesses en public. Il rejetta donc cette possibilité au plus profond de lui. Il ne voulut pas abandonner. Jamais, il n'avait perdu un match et il n'apprendrait pas le goût amer de la défaite aujourd'hui.


    Laissant rebondir sa balle sur le sol, Seiichi la déposa ensuite dans le creux de sa main. Il s'apprêta à la frapper mais sentit combien son bras lui parut lourd come si celui-ci pèsait soudainement une tonne. Le jeune ninja passa outre la douleur et frappa. Malheureusement, la balle partit mal et tomba dans le filet.


    Se mordant les lèvres, Seiichi se reprocha cet échec. Il recommença mais sa balle partit toujours en direction du filet qu'importe le nombre de tentatives.


    Merde, jura t-il. Cela signifie que mes services sont bloqués. J'ai pourtant un besoin urgent de Rin et Fu. Comment faire ?


    Réalisant que la panique montait progressivement en lui, Seiichi la refoula. En tennis, perdre son calme se traduisait par perdre son match. Il se concentra à nouveau. Les paupières closes, l'adolescent aux cheveux ébenes ne pensa plus à rien du tout et fit le vide dans son esprit. En même temps, il inspira et expira doucement plusieurs fois. Cela ne dura que quelques secondes mais suffit à le ramener dans de meilleures conditions pour poursuivre l'affrontement.


    A nouveau, il fit rebondir sa balle sur le sol puis la lança en l'air avant de la frapper avec sa raquette. Seiichi détesta cette sensation. Jouer de cette manière n'était pas son style de jeu Cela ne représentait pas son tennis qui le rendait si fier, l'enivrait et lui faisait oublier son quotidien.


    De l'autre côté, Rentarou attrapa très facilement la balle. D'une vitesse moyenne, presque faible, elle ne possèdait aucun effet. D'ailleurs, ce changement l'étonna un peu.


    Pour le retour, Seiichi ne la distingua pas du tout. L'épuisement empêchait à sa vision des choses et des ombres de fonctionner correctement. Pour reposer ses yeux, il les ferma et se fia uniquement à son sens de l'audition. En découvrant la trajectoire de la balle, le jeune ninja voulut courir en sa direction et la cueillir. Sa vitesse exceptionnelle l'aiderait constituait désormais sa seule chance de victoire. Il commença à courir mais ne disparut pas. Il ne sut pas courir non plus. Il se retrouva obligé à marcher.


    C'est pas vrai ! Je perds tous mes attributs. Il ne me reste plus que mon ouïe pour gérer ce match. Mais je ne peux pas gagner si je n'ai qu'elle. Il me faut ma vitesse. Comment puis-je faire ? Il me faut une solution. Et vite !


    Sans s'intérresser si son adversaire se réjouissait ou non du point qu'il venait de marquer, son esprit réfléchit à toute allure mais ne trouva pas de plan susceptible de fonctionner. il se décida donc à poursuivre le match.


    En levant son bras pour jeter sa balle en l'air, Seiichi sentit ses jambes chanceler puis rompre le peu d'équilibre qu'il possédait encore. Tombant au sol, il se protégea en tendant ses mains devant lui. Celles-ci s'égratignèrent légèrement au contact avec le sol. A l'intérieur de sa poitrine, sa respiration crépitait et il lui semblait que sa cage respiratoire allait bientôt exploser.


    Surmontant les douleurs de son corps, le jeune ninja avança lentement à quatre pattes sur la terre battue jusqu'à sa raquette. Cependant il posa à peine sa main sur le manche qu'une basket rouge éjecta l'objet d'un grand coup de pied. Le propriétaire de ce pied s'accroupit et l'aida à se relever en suspendant le bras de Seiichi à son large cou bien que cette position l'obligea à se pencher.


    - Satsuma … , grogna t-il.


    - Shiromiya-kun, tu ne dois pas autant forcer sur toi, lui reprocha Rentarou. Tu dois aller te reposer à l'infirmerie.


    - Je vais bien, Satsuma, halèta t-il. Je peux finir … le match.


    - Je ne veux pas finir ce match !


    - Pourquoi ? Tu es sûr de gagner maintenant …


    - C'est pourquoi je veux arrêter. Je veux gagner un match contre toi seulement si j'arrive à dominer tes coups spéciaux et à imposer les miens.


    - Satsuma … , murmura Seiichi. Imbécile … tu es …


    L'adolescent aux cheveux ébènes donna en même temps un léger hochement de tête pour répondre qu'il acceptait la validité de ses arguments. Le lycéen géant l'aida à marcher pour sortir du court en se déplaçant lui-même le dos voûté pour se mettre à la hauteur de son camarade. Il fendit la foule et quitta l'enceinte du club. Après avoir conseillé à ses équipiers de rester sur place, Tyro les suivit et les rejoignit dans l'allée qui menait au portail d'entrée.


    - Attendez-moi !


    - Que fais-tu là, Tyro ? s'étonna Rentarou en stoppant la marche et pivotant sa tête.


    - J'avais envie de faire un bout de chemin, ironisa t-il. Et puis les choses vont être un peu ennuyeuses en ce moment au club après un tel match.


    Reprenant la route, Rentarou écouta d'une oreille discrète les commentaires de son ami au sujet de son dernier match. Il ne désira pas vraiment se souvenir d'une humiliation pareille.


    - En tout cas, tu as été génial, Rentarou !


    - Pardon ? fit-il en manquant presque de lâcher le bras de Seiichi.


    - Tu as réussi à ébranler la stratégie initiale de Seiichi et à le forcer un rythme différent, un rythme qui t'allait beaucoup mieux.


    - J'ai fait ça ?


    - Tu as réellement vu cela, Tyro ?


    - Je m'intéresse au tennis depuis que j'ai trois ans alors j'ai l'habitude de décoder les réactions et les stratégies des joueurs.


    - Et tu as vu quoi ? s'informa Rentarou.


    - J'ai remarqué que ton puissant service, Seiichi n'était pas capable de le contrôler. Même s'il peut le retourner, il n'a pas contrôlé correctement ses trajectoires.


    - Tu as un bon sens de l'observation et une analyse très pertinente.


    - Vous êtes vraiment sérieux ? fit Rentarou peu convaincu.


    Tyro éclata de rire devant l'air si déconfit de son ami. Au cours de cette conversation, le trio arriva au bâtiment de la vie scolaire. A peine furent-ils entrés dans le couloir que Seiichi lâcha le cou de son camarade et marcha seul en direction de l'infirmerie.


    Sans se concerter, Rentarou et Tyro décidèrent d'un commun accord de l'attendre. Le lycéen géant se campa à un mètre de la porte, bras croisés, tandis que le second se contenta d'effectuer sans cesse des allers et retours. Leur attitude posa quelques problèmes aux élèves qui essayèrent de se rendre à la bibliothèque ou au réfectoire. Il leur fallut éviter le cheminement intempestif de Tyro tout en contournant le corps massif de Rentarou ce qui provoqua évidemment des mécontentements.


    La nuit venait juste de tomber lorsque la porte se rouvrit enfin et qu'Haruko, l'infirmière sortit. Celle-ci s'étonna de trouver deux jeunes gens campés devant l'infirmerie.


    - Que faites-vous là, tous les deux ?


    - On attend de savoir si Seiichi va bien, dit Tyro. Qu'est qui vous prend tant de temps ?


    Maudissant intérieurement le manque de tact de son ami, Rentarou lui attribua une légère bourrade qui manqua de le faire tomber mais son camarade sut rétablir son équilibre à temps.


    - Il veut juste dire qu'on attend de ses nouvelles, reprit Rentarou plus poliment.


    - Seiichi-kun va bien, annonça Haruko en examinant avec attention les deux garçons. Mais vous êtes restés tout ce temps à attendre ?


    - Ben oui. C'est un copain, s'exclama Tyro.


    - Dans ce cas, vous voulez peut-être entrer lui tenir compagnie pendant que je vais prendre mon diner ? leur proposa t-elle en leur souriant avec tendresse. Je lui ait demandé de rester pour surveiller son état.


    Les deux adolescents acceptèrent sans se consulter et pénétrèrent dans l'infirmerie tandis qu'Haruko ferma la porte derrière eux. Ils remontèrent la rangée de lits dont les rideaux noirs n'étaient pas tirés aujourd'hui et cherchèrent leur camarade. Seiichi se tenait face à la grande baie vitrée dans le fond de la pièce et contemplait la végétation.


    - Seiichi, l'appela Tyro de son habituel ton décontracté.


    Intrigué, l'adolescent aux cheveux ébènes se retourna et parut très surpris de les apercevoir tous deux dans l'infirmerie.


    - Quel affreux crime avez-vous commis pour être condamnés à venir dans cette cruelle prison ?


    Détaillant du regard les lieux, Tyro haussa les épaules et se laissa tomber dans le lit le plus proche en soupirant béatement.


    - Quelle prison ? C'est le paradis ici !


    Seiichi ne partagea pas cette vision des choses. Rentarou non plus. Être ici lui rappela de mauvais souvenirs. Il frissonna légèrement et repoussa du mieux qu'il put les images qui tentèrent de s'imposer dans son esprit.


    - Une infirmerie ou un hôpital n'est pas le paradis, Tyro, clama t-il d'une voix sévère et austère. Il s'agit d'un lieu de souffrance et il est impardonnable de penser s'y prélasser !


    Peu habitué à la colère de son ami, Tyro se tût et se rassit sur le bord du lit visiblement très intimidé. Seiichi resta un court instant sans rien dire en observant son camarade avant de prendre la parole.


    - Ainsi tu es capable de te mettre en colère, Satsuma-han.


    - Il y a juste certains principes qui me tiennent à cœur, se défendit Rentarou.


    - Moi, je n'aime pas être ici car j'y passe déjà trop de temps, révéla Seiichi afin de passer à un sujet qui dissiperait la colère du lycéen géant. Haruko-sensei me demande de passer ici tous les jours.


    - Hein ? Pourquoi ? Tu es malade ? demanda Tyro encore intimidé par la colère de Rentarou.


    - Pas actuellement. Cependant il est vrai que je suis d'une constitution très fragile. Le moindre rhume est toujours pour moi.


    - C'est à cause de ça que tu t'es senti mal tout à l'heure ? enchaina Rentarou.


    - Pas vraiment, réfuta Seiichi. Vois-tu, en tennis, comme aux arts martiaux, je me sers de la force adverse. Je me l'approprie et j'y ajoute ma technique.


    - Mais comme Rentarou est très fort, il était impossible pour toi de le faire, comprit Tyro. Et à force de retourner ses services, tu t'es épuisé.


    Seiichi confirma cette explication d'un hochement de tête.


    - Alors … c'est ma faute … , murmura Rentarou dans un gémissement culpabilisant.


    - Que racontes-tu ? Je suis le seul responsable de ma situation. Je savais très bien ce qui m'arriverais si je continuais à jouer. Cela n'a rien à voir avec toi si je suis assez stupide pour mettre ma santé en danger.


    - Rentarou pense toujours qu'il est responsable de tout.


    - C'est la vérité. A cause de mon corps, je suis différent et c'est à moi de faire attention aux autres et de ne pas les blesser, exposa Rentarou sans quitter des yeux le carrelage blanc sous ses pieds.


    - En tant qu'infirmière, je préfère que tu prennes soin d'abord de toi et laisse un peu les autres s'occuper d'eux, déclara une voix féminine proche du trio.


    Les adolescents tournèrent la tête et découvrirent l'infirmière avec surprise. En eux-mêmes, les adolescents n'apprécièrent guère son retour si rapide car ils auraient souhaités demeurer plus longtemps seuls.


    - Vous avez fini de manger ? fit Tyro.


    - Les dragons mangent rapidement leur proie pour revenir plus vite à leur antre afin de terroriser leurs victimes, ironisa Seiichi.


    - Il y a trois jours, tu prétendais que j'étais une Kitsune, lui rappela Haruko avec amusement en se rapprochant de son jeune patient.


    - Un Kitsune peut se métamorphoser, insista Seiichi malicieusement.


    - Je vais te préparer ton diner, annonça t-elle d'un air plus sévère qu'à l'accoutumée. J'espère que tu mangeras tout.


    - Aucun souci à vous faire, émit Rentarou avec un large sourire. Shiromiya-kun est pire qu'un aspirateur quand il s'agit de nourriture !


    - J'en suis très dubitative, répliqua sèchement Haruko.


    - Je vous assure. On est internes tous les deux alors je le vois prendre tous les jours des plateaux super chargés et les dévorer jusqu'à la dernière miette.


    Agacée de l'attitude protectrice que les amis de son patient adoptaient, Haruko souleva brutalement la veste de pyjama de son jeune pensionnaire. L'image qui se marqua dans les esprits de Rentarou et Tyro les choqua. Aucun d'eux ne possèda le souvenir d'avoir vu un individu aussi squelettique. Ce n'était même pas une expression. On distinguait nettement tous les os de ses côtes.


    - Arrêtez un peu, aboya Seiichi d'une voix très froide en se rhabillant.


    - A part ça, il mange correctement, lança Haruko d'un ton ferme et irrévocable.


    - Je vous ait dit que j'étais tombé malade avant la rentrée. J'ai perdu beaucoup de poids mais tout va bien maintenant. Après tout, je pèse déjà quarante et un kilos pour le moment.


    - Ce n'est quand même pas beaucoup, se risqua Rentarou assez troublé.


    - Je te croirais le jour où tu me montreras ton carnet de santé ou un rapport médical !


    - Ma mère l'a égaré, prétendit Seiichi une énième fois en conservant son visage de neutralité.


    Très sceptique, l'infirmière ne tolérait aucune des explications de son jeune patient et s'obstinait à surveillait quotidiennement sa santé. En fait, son inquiétude et son dévouement, Seiichi l'appréciait énormément malgré le fait qu'il ne manifestait qu'un profond mépris et ennui envers elle. N'ayant jamais reçu le moindre amour maternel, le garçon trouvait cela très agréable de recevoir autant d'intentions gentilles et sincères d'une personne qui lui était totalement étrangère avant la rentrée.


    Connaissant en partie le secret de son ami, Tyro se décida à lui apporter son soutien.


    - Vous savez, Haruko-sensei, ma mère a perdu une fois le carnet de mon petit frère. C'est Susumu. Pour le moment, il est au collège. Enfin à l'époque, il est en primaire. Il était seulement en seconde année. Et donc au moment d'une visite médicale, ma mère …


    - Ton histoire me paraît très intéressante, Takahiro-kun, le coupa Haruko peu encline à écouter un long monologue, mais j'ai encore des choses à régler.


    Joignant son geste à la parole, elle s'écarta de quelques pas en direction de la porte du fond puis se tourna vers eux.


    - Vous pouvez rester encore un peu mais d'ici une demie-heure, dehors ! ordonna t-elle.


    - Moi aussi ? interrogea Seiichi d'un léger sourire narquois.


    - Toi, si tu poses un seul pied hors de l'infirmerie, je t'y enferme une semaine !


    - Tu m'as encore sauvé la vie, Tyro, soupira Seiichi quand l'infirmière fut partie.


    - C'est toujours un plaisir, répondit celui-ci d'un clin d'œil.


    - Vous êtes bizarres tous les deux, s'exclama Rentarou en fronçant les sourcils. Qu'est que vous cachez ?


    - Ah oui ! C'est vrai que t'es pas au courant, réalisa Tyro. Par contre, c'est un peu chaud pour tout raconter ici.


    - Mais je veux savoir, protesta Rentarou d'une puérile mine boudeuse


    - Nous pourrions nous retrouver demain à l'endroit des perdus, suggéra Seiichi.


    - Je ne connais pas cet endroit moi, s'étonna Tyro. Mais je connais un endroit bien mieux pour s'échanger des confidences. Ma chambre ! Vous n'avez qu'à venir passer le week-end prochain à ma maison. Comme ça, on sera tranquilles pour parler et dire tout ce qu'on veut. Allez ! Je suis sur que ça va être génial !


    - Pourquoi ? Les murs sont conçus avec le reste d'un blockhaus de la seconde guerre mondiale ? Ou alors loges-tu dans une cabane au fond de ton jardin ?


    Enchanté par la proposition de son ami, Rentarou apporta des précisions à Seiichi.


    - Sans aller jusque là, sa chambre est … spéciale. Tu comprendras mieux par toi-même.


    - Alors ? Vous en pensez quoi ? Vous viendrez ?


    - Il me semble que nous n'avons pas trop d'exigences scolaires alors l'éventualité de me rendre ce week-end à ta maison me paraît tout à fait envisageable.


    - Moi, je suis d'accord aussi, s'exclama Rentarou beaucoup plus enthousiaste. J'ai hâte d'arriver à la fin de la semaine !


    A la réflexion innocente du jeune homme aux lunettes sombres, Seiichi sourit narquoisement.


    - Tu veux dire que tu as aussi hâte de participer à cette interrogation d'anglais prévue Mercredi qui comptera double dans notre moyenne ?


    - Oh non ! Tu m'as complètement gâché le plaisir ! cria Rentarou avec effroi. Shiromiya, imbécile !

     

    Chapitre précédent       Chapitre suivant

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :