• Chapitre 22

    Chapitre 22


    - Shintarou, comment c'est la forêt ?


    Aujourd'hui, tous les élèves de première année étaient partis en voyage scolaire afin d'étudier l'environnement de la forêt. Trois bus les avaient attendu à l'entrée de leur lycée peu avant sept heures du matin.


    Rentarou s'interrogeait sur l'endroit de leur destination. En véritable gamin des villes, les semelles de ses chaussures ne connaissaient aucune autre surface que celle du macadam. La perspective de se retrouver en pleine nature ne lui plaisait qu'à moitié. Malgré son envie d'apprendre et de découvrir des choses inconnues, il craignait aussi les mauvaises rencontres. Dans un milieu urbain, l'adolescent domptait sans problème n'importe quel chien. Par contre, en forêt. Il s'imaginait mal affronter un ours.


    - Il y a seulement un ours derrière chaque arbre qui attend qu'un humain se présente près d'eux et se précipite pour le dévorer, raconta Seiichi à la place du rouquin d'une voix très effrayante.


    Agacé d'entendre son rival débiter des inepties sur l'environnement qu'il appréciait le plus, Shintarou se mit debout sur son siège et se retourna vers la banquette derrière lui.


    - Arrête de dire n'importe quoi, Shiromiya !


    En râlant sur Seiichi, son regard croisa aussi son voisin. Les mains serrées sur les accoudoirs, Rentarou tentait de faire bonne figure mais il était plus visible que l'idée d'une excursion en forêt l'effrayait. Et le baratin de Seiichi n'arrangeait rien !


    Excité de lire la peur chez un individu qui ne montrait jamais un seul signe de faiblesse en temps normal, le petit rouquin sourit narquoisement et se résolut à en profiter.


    - Ton ami essaie de te protéger, tu sais. En vérité, les ours, c'est pas dangereux et c'est insignifiant. Il y a pire. Beaucoup pire que ça.


    - Pire que des ours ? s'écria Rentarou dont le visage pâlit affreusement.


    - Je préfère ne rien dire sur ça. Avec un peu de chance, on n'en verra pas, assura Shintarou qui eut beaucoup mal à garder son sérieux tant il se retenait de rire.


    - Je n'ai pas peur, pas peur du tout, déclara Rentarou d'une voix peu convaincante.


    - Le rouquin, tu pourrais arrêter de dire n'importe quoi, tonna l'étudiant assis à côté de Shintarou. Hoshino-sensei va parler et je veux écouter !


    - N'importe quoi ? C'est n'importe quoi ? bredouilla Rentarou.


    - Il n'y a aucun danger pour cette excursion. On reste seulement sur les sentiers et on ne s'aventure pas sur les zones où vivent les gros animaux, révéla la voix encore un peu énervée de son condisciple.


    - Seiichi, Shintarou, vous me payerez ça, bougonna Rentarou en croisant les bras contre sa poitrine assez en colère contre ses deux amis.


    - Tu es tellement naïf et crédule, Rentarou, que cela est toujours très tentant de raconter un mensonge très gros, expliqua Seiichi avec amusement. Tu avales tout.


    - Mais j'ai confiance en vous. Vous êtes mes amis, rappela Rentarou.


    - Et les amis adorent se moquer des uns des autres la plupart du temps, ajouta Seiichi.


    Le lycéen géant ne dit rien de plus car la professeur de Biologie, Mademoiselle Hoshino, qui organisait annuellement cette excursion pour les premières années réclama le silence pour s'adresser à ses étudiants et communiquer quelques consignes.


    Attachés pour faire une queue de cheval, ses cheveux châtains foncés frottaient contre son cou. Son apparence juvénile lui donnait l'impression d'avoir quasiment le même âge que ses élèves. En réalité, elle avait dépassé le cap de la trentaine. Très appréciée de ses élèves, l'enseignante savait se mettre à leur écoute et n'hésitait pas à déborder sur son cours ce qui retardait cependant son programme.


    - Bienvenue à notre excursion, tout le monde, commença t-elle. Pour débuter, nous nous rendons à la forêt d'Aokigahara pour explorer son environnement. Par groupe de trois, vous découvrirez l'endroit et rédigerez un rapport ultérieurement de vos observations.


    - Ce sera évalué, Hoshino-sensei ? demanda une étudiante proche de la professeur.


    - Mieux que ça, précisa t-elle. Cela comptera pour moitié pour votre note à l'examen trimestriel qui aura lieu à la fin du mois.


    Un brouhaha de protestations et de lamentations s'éleva aussitôt l'intérieur du bus. Le professeur attendit le retour au calme pour continuer :


    - A présent, je vais désigner au hasard les groupes.


    - Je sais déjà avec qui je suis, soupira Rentarou.


    - Depuis quand es-tu un médium ? ironisa Seiichi très sceptique.


    - J'attire la poisse, rappela t-il amèrement. C'est évident que je vais être avec toi et Shintarou et je vais galérer à essayer que vous ne vous entretuiez pas.


    - Ce serait sympa d'être avec toi, tu sais, Rentarou, dit Shintarou en se tournant vers eux.


    - C'est vrai, approuva Seiichi. Par contre, être avec le nain orange …


    - Et être avec la grande perche à cheveux …


    - Est juste une horrible pensée, achevèrent-ils ensemble.


    - Ca commence déjà, soupira Rentarou en couvrant son visage avec ses deux mains.


    Écoutant d'une oreille distraite la répartition des étudiants, l'adolescent aux lunettes sombres songea que sa vie se déroulait un peu trop paisiblement pour que ce soit durable. Il fallait évidemment un élément perturbateur pour la rendre un peu plus intense. Pourtant, Rentarou s'accommodait parfaitement à ce rythme de vie dont le seul souci se trouvait être à quel fast-food manger ou quel film regarder.


    Soudain il s'arrêta de se focaliser sur ses pensées amères quand ses oreilles entendirent l'enseignante terminer d'appeler tout le monde. Il n'avait pas entendu son nom ni celui de Shintarou. L'adolescent avait pourtant prêté attention à l'approche du nom de ses amis. Seul Seiichi avait été cité avec deux élèves de la classe F auxquels Rentarou n'avait jamais parlé ni remarqué.


    - Qui n'a pas été appelé, les enfants ? s'informa Hoshino soucieuse.


    Spontanément, Rentarou et Shintarou levèrent la main ensemble sans nullement se concerter. La jeune professeur se hâta donc de les rejoindre à la moitié du bus.


    - Ne vous inquiétez pas, tous les deux, annonça t-elle très joyeusement. J'ai remarqué que les deux classes réunies donnaient deux étudiants en trop. Alors je me suis souvenue que l'année dernière qu'un étudiant n'avait pas pu la faire car il avait rejoint tard notre lycée.


    - Donc un étudiant en seconde année, comprit Shintarou en s'affaissant dans son siège.


    - Eh oui ! Vous devez être très heureux d'avoir un aîné à vos côtés pour affronter la forêt grâce à son expérience ? s'enthousiasma l'enseignante.


    - C'est génial, lança Shintarou qui ne se gêna pas pour manifester sa mauvaise humeur.


    - Eh bien, nous sommes ravis que vous aviez pensé à nous en ces termes, Hoshino-sensei, et nous ferons de notre mieux pour nous montrer à la hauteur de vos attentes, dit Rentarou candidement.


    Sur ce, le professeur de Biologie tourna les talons et s'éloigna. Seiichi resta un instant à regarder le dos du siège devant lui avant de se tourner vers son ami.


    - Tu es vraiment incroyable.


    - Mais j'ai rien fait ! J'ai juste parlé à la prof !


    - Je parlais de ton incroyable capacité à attirer les ennuis, précisa Seiichi. C'est un don très rare au niveau que tu le pratiques.


    - En quoi, j'ai des ennuis ?


    - Tu n'as pas deviné quel sempai nous accompagnait ? lui demanda la voix de Shintarou grognon.


    - Comment veux tu que je sache ? Il y a plus de cent élèves en seconde année.


    - Sauf qu'il n'y a qu'un qui a été transféré l'année dernière, ajouta Seiichi.


    - Je regrette mais ça ne me dit toujours rien.


    - Un que tu humilies quotidiennement, insista la voix de Shintarou.


    - Ah non ! Je n'humilie jamais personne !


    Vexé par la dernière allusion de son ami roux, Rentarou se renfrogna et se mit à bouder pendant le reste du voyage. Il réalisa combien son attitude ne fut pas des plus matures mais la jugea préférable à l'hypothèse de râler contre ses amis et de leur dire des choses qu'il ne pensait absolument pas.


    A la fin du trajet, les étudiants descendirent à un à un du bus et se rassemblèrent par groupes de trois selon la répartition qui leur fut dictée plus tôt au cours du voyage.


    Tandis qu'il cherchait en compagnie de Shintarou leur équipier, Rentarou observa la forêt dans laquelle ils étaient sensés s'aventurer. Tous ces arbres proches les uns des autres le firent frissonner et se demanda s'il verrait toujours le soleil là dedans et comment on s'y orientait.


    - Il est là-bas, indiqua Shintarou.


    Suivant son compagnon, Rentarou parcourut une cinquantaine de mètres avant de se retrouver devant Raphael, le sempai de seconde année qui pouvait le moins l'encadrer. Chaque jour au club, celui-ci le défiait dans l'espoir vain de le vaincre et de reconquérir sa place de meilleur joueur du club. Il réalisa enfin pourquoi ses amis avaient paru si sombres tout à l'heure et se promit de toujours les écouter à l'avenir.


    - Ne me dites pas que je dois faire équipe avec vous ? grimaça Raphael.


    - Ne me dis pas que nous devons faire équipe avec toi ? imita Shintarou.


    - Je suis maudit, soupira Rentarou.


    Pendant que Raphael et Shintarou se défièrent du regard, les autres groupes partirent déjà à l'assaut de la forêt. Malgré son manque de motivation, Rentarou rappela à ses deux équipiers le cadre de leur coopération en précisant bien clairement que la note obtenue au rapport de leur expédition comptait pour moitié dans l'examen de ce trimestre. Il savait l'argument incontestable : Shintarou désirait plus que tout avoir des résultats parfaits en science.


    - Puisque je suis votre sempai, je m'occupe du chemin à suivre, imposa Raphael. En même temps, c'est pas dur. Il n'y a qu'à suivre la carte que la prof a donné.


    - Et nous on fait quoi ? grogna Shintarou.


    - On observe la nature et on étudie, intervint rapidement Rentarou.


    Shintarou n'ajouta rien mais jeta tout de même un regard noir à Raphael. Le trio put enfin partir à l'intérieur de la forêt. Au commencement, ils marchèrent sur un sentier un peu escarpé, il fallait bien le reconnaître, mais très praticable. Rentarou se détendit un peu et apprécia le paysage autour de lui. Tous ses arbres immenses le changèrent des tours d'immeubles de la ville. Il avait du mal à croire que tout autour de lui était vivant.
    Soudain Raphael bifurqua et quitta le sentier pour s'engager à travers un épais fourré. Si Shintarou n'en fut nullement impressionné, le jeune colosse tiqua.


    - Raphael-sempai, où vas-tu ?


    - Je suis les indications de la carte.


    - Mais on ne doit pas quitter le sentier, rappela Rentarou qui n'avait pas du tout envie de partir à l'aventure dans cet environnement inconnu.


    - C'est certainement un raccourci. Vous venez ou pas ?


    - Moi, je te suis, s'exclama Shintarou qui retrouva son énergie habituelle rien qu'à l'idée de quitter le sentier. On va pouvoir voir des animaux !


    - Je maintiens que c'est dangereux.


    - Tu es peut-être champion au tennis mais dans une forêt, tu es aussi champion pour paniquer au moindre imprévu et pisser dans ton slip, lança Raphael en ricanant.


    - J'ai pas peur ! s'écria Rentarou. Puisque vous décidez d'y aller, j'y vais aussi !


    Malgré le mauvais pressentiment lui faisant envisager une catastrophe, Rentarou se tût et suivit ses compagnons. Ils quittèrent donc le sentier et traversèrent le fourré. Celui-ci masquait une large fosse dans laquelle tomba le premier du groupe, à savoir Raphael. Croyant marcher encore sur un sol plat, le jeune homme fit un pas de plus dans le vide. Il perdit son équilibre, bascula en avant, tomba et roula le long de la pente. Le français s'écrasa par chance sur un tas de feuilles.


    Quand Rentarou et Shintarou arrivèrent après avoir descendus un peu moins rapidement que lui mais beaucoup plus sûrement, il s'était déjà relevé et par miracle ne semblait ni s'être cassé un os ni foulé un muscle.


    Si Rentarou avait eu le succinct espoir que la mésaventure ait fait changer d'avis ses compagnons, il fut déçu bien vite. Raphael s'obstina à suivre l'itinéraire et Shintarou s'en enthousiasma. Ils marchèrent au moins cinq ou six kilomètres dans une immense zone d'orties, de ronces et toutes autres plantes piquantes dont Rentarou ne connaissait pas le nom. Les mollets très blancs de Shintarou et de Raphael se couvrirent progressivement d'égratignures.


    En fixant leurs jambes, le lycéen géant ne put s'empêcher de se remémorer l'observation que lui avait adressé le professeur Hashimoto au sujet de sa tenue. Celui-ci lui avait recommandé la semaine dernière de passer à l'uniforme d'été. N'aimant pas tellement le coupe si courte du short de cette toilette, Rentarou s'obstinait à porter encore celui d'hiver. Il songea que son entêtement avait du bon : son pantalon le protégeait actuellement des épines.


    Quand ils vinrent à bout de la mer de ronces, le trio se retrouva acculés face à une pente vertigineuse. Shintarou suggéra de s'accrocher aux arbres tout le long pour remonter. Rentarou et Raphael suivirent précautionneusement ses conseils tandis que le petit rouquin grimpa aussi leste qu'un singe. Le dos voûté, il utilisa ses mains et ses pieds exactement comme l'aurait fait un chimpanzé.


    Parvenu au sommet, le trio se remit des émotions procurés par cette escalade. Raphael consulta ensuite la carte et donna le signal du départ. Ils poursuivirent leur route au milieu de fougères. Également, leur marche les obligea sans cesse à serpenter. Rentarou se fit la réflexion que ce serait certainement plus facile d'avancer en marchant droit devant eux mais n'osa pas émettre cette réflexion à voix haute. L'attitude hautaine et méprisante de son sempai tapait suffisament sur ses nerfs. Il éprouvait mal considérable à canaliser sa colère. Plusieurs fois, son esprit lui souffla quelques répliques cinglantes à l'égard du jeune français. Notamment de lui dire que celui-ci sauterait d'un pont si sa fameuse carte le lui demandait. Il étouffa profondément en lui ces sentiments négatifs et se concentra sur l'environnement autour de lui.


    Après être sorti des fougères, ils atteignirent une clairière dont les herbes furent assez hautes pour dépasser Rentarou et Raphael d'un bon mètre. Le lycéen géant ouvrit la marche en écartant comme il le put le chemin avec ses bras. Shintarou demeura au milieu du fait de sa petite taille et le français précisa les directions à prendre. En ne couvrant que trois cent mètres seulement, les efforts déployés pour quitter ce milieu leur donnèrent l'impression d'avoir parcouru davantage de distance.


    Ils continuèrent à marcher encore un peu près de vieux chênes quand Raphael s'arrêta, le visage aussi blanc qu'un cachet d'aspirine.


    - Le chemin s'arrête là … , s'exclama t-il d'une voix étranglée.


    - On est toujours en plein milieu de la forêt, protesta Rentarou.


    Sans ajouter un mot, Shintarou arracha la carte des mains de Raphael et la lut très attentivement. Il déchiffra rapidement chacun des éléments dessus puis regarda autour de lui dubitatif.


    - Il y a une erreur quelque part, annonça Shintarou soucieux. D'après cette carte, nous devons être dans un secteur où il y a des frênes et des charmes. Également, des bouleaux le long de la rivière.


    Il s'arrêta de parler et regarda encore une fois très attentivement l'endroit autour de lui.
    - Depuis la clairière, nous n'avons vu que des chênes, se souvint le rouquin. De plus, les bouleaux poussent près de l'eau et il y a longtemps que je n'entends plus le bruit d'un cours d'eau.


    - Ce qui veut dire ?


    Rentarou posa davantage la question par politesse. En réalité, il avait déjà compris la conclusion de l'analyse de son ami.


    - Nous ne sommes pas dans la bonne parcelle, déclara Shintarou imperturbable. Je suis même incapable de dire où nous sommes.


    - Mais j'ai suivi l'itinéraire signalé sur la carte, protesta Raphael encore très pâle.


    - Quel itinéraire ? Il n'y a que les sentiers de randonnés, tonna Shintarou.


    - Il y en a un bleu, évoqua Raphael.


    - Le con ! Il a confondu un chemin de randonnée avec un cours d'eau, s'insurgea Rentarou.


    Ayant fait la même déduction que son ami, Shintarou parcourut de l'index droit la ligne bleue représentant une rivière. Effectivement sa courbe correspondit aux souvenirs qu'il conservait de leur traversée de la forêt. Il évalua mentalement leur pérénigration dans la foret et estima qu'ils se trouvaient à un minimum de trente kilomètres de la parcelle sur laquelle ils étaient censés rester.


    - On pourrait suivre encore la carte mais en suivant le chemin inverse, suggéra Rentarou. Ca paraît possible, Shintarou ?


    Le petit rouquin ne connaissait pas de meilleures possibilités même s'il devinait que le retour s'annoncerait plus difficile. Tous trois portaient la fatigue de l'aller. Sans compter que leur bus n'attendrait pas des heures. Il était déjà presque dix-huit-heures. Même si Hoshino lançait des recherches, elle devait aussi s'occuper des autres étudiants. Par ailleurs, la forêt était si vaste que la police ne les retrouverait pas avant plusieurs jours de recherches. Or, il pouvait s'en passer des choses en plusieurs jours, spécialement en pleine forêt.


    Shintarou s'apprêta à approuver la suggestion de Rentarou lorsque ses yeux furent attirés par la présence d'un excrément au pied d'un chêne. Il courut et s'agenouilla devant l'arbre centenaire. Le garçon l'examina avec soin et trempa même son doigt dedans pour la sentir. Il n'aima pas du tout la conclusion qui germa alors dans son esprit. Le jeune homme s'empressa de se relever et fit le tour des arbres les plus proches et trouva là aussi d'autres excréments. Il déglutit lentement en regardant où exactement elles se situaient et réalisa que leur retraite était désormais coupée. Ils étaient obligés de continuer à avancer à l'aveugle dans cette forêt inconnue et pleine de dangers.


    - Ne paniquez pas et ne posez pas de question ! Si je vous dis de courir, courez sans vous retourner !


    Sa voix était sèche et dure. En aucun cas, elle ne ressemblait à celle du jeune garçon insouciant et plein de vie. Rentarou ne le savait pas encore mais son emploi indiquait que Shintarou était très sérieux et concentré sur sa tâche.


    Shintarou continua à observer chacun des excréments et à y prélever le plus d'informations que possible. Il remarqua des traces près d'une vieille souche qui confirmèrent ses déductions.


    - COUREZ !!!

     

    Ni Rentarou ni Raphael ne comprenaient rien à son comportement. Cependant tous deux prenaient conscience que leur compagnon se montrait très tendu et inquiet. Sans savoir pourquoi, ils sentirent la nécessité de faire confiance en ses prémonitions.


    Dès qu'ils perçurent l'ordre, les garçons détalèrent comme des lapins. Shintarou se releva et les suivit aussi. Le trio accomplit une longue course sur au moins cinq kilomètres avant de s'arrêter, faute de souffle, devant un mur de pierres naturelles. Alors que Rentarou se laissa tomber contre la roche, les deux autres s'écroulèrent à terre.


    Quand il eut repris son souffle, Shintarou se redressa et se leva. Son regard se promena tout autour d'eux puis il se leva et marcha mais ne découvrit aucun excrément à sa grande satisfaction.


    - L'endroit est sûr pour passer la nuit, estima Shintarou.


    - Pourquoi tu nous a dit de courir ? l'interrogea Rentarou curieux.


    - Car nous étions sur le territoire d'une meute de loups depuis un moment. D'après mes estimations, ils allaient venir bientôt.


    - Mais comment tu peux savoir ? Tu as juste reniflé des crottes, s'exclama Raphael.


    - Les excréments d'un animal nous renseignent énormement sur un animal. Ils nous disent son état de santé, son âge, son apparence et ses habitudes de vie.


    - Vraiment ? s'étonna Rentarou.


    - Et tu es sur qu'aucune bête ne viendra ici ? s'enquit Raphael craintif.


    - Aucun excrément visible ni traces de pas, annonça Shintarou avec confiance. Toutefois, par simple mesure de précaution, nous monterons la garde à tour de rôle cette nuit.


    - Et comment on va rentrer maintenant ? On ne peut plus suivre le chemin de l'aller. On ne le retrouvera jamais, déplora Rentarou.


    - Il va falloir se débrouiller, résolut Shintarou.


    Le trio passa le reste de la soirée à s'organiser. Ils mirent en commun leurs possessions. Rentarou avait amené une grosse bouteille d'eau, beaucoup de barres de céréales, un couteau suisse, une longue-vue, des allumettes, une boussole et de la ficelle. Shintarou possédait aussi une bouteille d'eau, quelques fruits et une boussole. Enfin Raphael avait seulement apporté une canette de soda à l'orange.


    Puisque Rentarou et Shintarou avaient chacun un sac, le rouquin suggéra de n'en conserver qu'un seul que le lycéen géant porterait en raison de son importante force. Cela préserverait ainsi l'énergie des deux autres.


    Après avoir rassemblé leurs affaires, ils allèrent à la recherche de bois mort et allumèrent un feu qu'ils circonscrivirent avec des pierres. Le trio mangea ensuite chacun une barre de céréales et but une gorgée de soda avant de se coucher. La nuit se déroula sans le moindre encombre. Raphael prit le premier tour de garde et réveilla à minuit Shintarou qui se rendormit vers trois heures pour passer le relais à Rentarou.


    Le lendemain matin, le trio partit de très bonne heure sous la houlette de Shintarou. Ils contournèrent le mur de rochers en le longeant et débouchèrent à l'entrée d'un marécage nauséabond. Les garçons ne s'y engagèrent pas mais marchèrent à proximité. Soudain ils aperçurent une haute falaise émergeant de la cime des arbres et le petit rouquin décida de monter là haut pour apercevoir l'ensemble de la forêt et prendre les meilleures décisions pour leur survie.


    Abandonnant le marécage dont l'odeur pestilentielle ne leur manqua absolument pas, ils suivirent le cap indiqué par la falaise. Néanmoins, en arrivant au bas de celle -ci, Raphael et Rentarou ne se sentirent pas du tout rassurés à la perspective de jouer aux alpinistes. Leur chef se résigna à faire le tour jusqu'à découvrir un accès plus facile leur permettant d'ascensionner au sommet par la marche.


    Depuis la hauteur de la falaise, Shintarou observa avec une vigilance extrême les moindres détails du panorama qui s'offrait devant ses yeux. Si cette large mer d'arbres laissa Rentarou perplexe, le rouquin repéra très vite une rivière du regard. Il utilisa alors sa boussole pour repérer sa position traça dans sa tête un chemin pour s'y rendre.


    Les jeunes gens redescendirent de la falaise le cœur plus léger à présent que le chef du groupe semblait avoir un plan pour les sortir de là. Sa boussole toujours à la main, le rouquin prêta attention à l'environnement autour d'eux, même au plus fin brin d'herbe ou à une branche morte. Ni Rentarou ni Raphael ne parlèrent de crainte de troubler sa concentration. Quand ils entendirent un bruit d'eau, les adolescents se détendirent. Shintarou arbora un sourire de satisfaction. Ils s'accordèrent une pause. Rentarou défit son sac et distribua une barre de céréale à chacun et les garçons prirent aussi un peu de l'eau qui leur resta.


    - Une fois à la rivière, on ira en aval et on finira par sortir de cette forêt, annonça Shintarou.


    - En combien de temps ? s'enquit Raphael nerveux.


    - Le temps qu'il faudra, répliqua Rentarou. Cette forêt est immense.


    Soudain un grondement sourd se fit entendre tout proche. Au même instant, la forêt sembla devenir complètement silencieuse ce qui ne fut pas sans inquiéter les jeunes aventuriers.


    - Ce n'est qu'un orage, dit Raphael.


    - Ce serait le pire. On ne doit jamais être sous un arbre pendant un orage. Sans compter que la foudre pourrait tomber sur n'importe quel arbre près de nous et s'effondrer, objecta Rentarou.


    - Ce n'est pas un nuage, réfuta Shintarou après avoir inspecté le ciel. Le ciel qu'on aperçoit à travers les feuillages est bleu et les nuages sont blancs.


    Nerveux, le rouquin ne cessa de chercher l'origine du bruit. Il s'avança aux alentours et examina le sol attentivement. Le chef du groupe finit par repérer une piste intéressante bien qu'il sut combien ce nouvel élément s'avéra très angoissant. Il résolut de vite partir avant …


    - SHINTAROU !!!!! beugla Raphael.


    Trop tard pour fuir, on dirait, comprit l'aspirant vétérinaire.


    En revenant rapidement vers ses compagnons, il découvrit un splendide et large ours noir se dressant sur ses pattes arrières à moins d'un mètre d'eux. Shintarou ne se souvint pas avoir observé un pareil spécimen et se réjouit secrètement d'admirer la beauté et la force de cet animal.


    Derrière lui, ses camarades ne partagèrent absolument pas cet engouement. Ils craignaient tous deux pour leur vie. Si Raphael se montrait souvent indolent et facilement effrayé, Rentarou était au contraire une personne très courageuse et peu de choses lui faisait peur. Pourtant, à cet instant, il était totalement pétrifié par la terreur que lui procurait la vue de cet impressionant animal.


    - Ne hurlez pas, ne bougez pas, ne dites rien, recommanda Shintarou d'une voix claire et posée.


    Ces recommandations étaient inutiles. La peur que leur inspirait la redoutable bête les clouait sur place. Conservant son calme, Shintarou se plaça devant ses amis et ne cessa de maintenir un contact visuel avec l'ours. Il parla aussi d'une voix très calme et douce.


    - Tout va bien. Nous ne faisons que passer.


    Il leva ses mains et les garda bien à la vue de l'ours et encouragea ses compagnons à l'imiter.


    - C'est ton territoire, n'est ce pas ? Tu défends tes petits. J'ai compris. On va reculer, d'accord ?


    Sans rompre son échange visuel avec l'ours, Shintarou dit à ses équipiers de reculer lentement, très lentement, mais leur interdit de ne jamais se retourner en aucun cas, ni même de tourner la tête. Tous deux obéirent aux ordres. Difficilement, ils bougèrent leurs pieds et se déplacèrent à reculons.


    En reculant, Shintarou n'arrêta pas de s'adresser à l'ours d'une voix apaisante qui les suivit aussi. Rentarou crut sa dernière heure venir. Il songea que bientôt il pourrait vérifier si les histoires que sa mère lui racontées autrefois sur le paradis existaient réellement.


    A sa surprise, le lycéen géant vit l'ours s'asseoir et s'arrêter de le suivre. Cependant Shintarou insista pour continuer à avancer encore à reculons. Ils parcoururent quelques centaines de mètres de cette manière pour arriver finalement à la rivière.


    - L'ours … il n'est plus là ? fit Raphael en regardant nerveusement de tous les côtés.


    - Il nous a accompagnés jusqu'à la sortie de son territoire, expliqua Shintarou.


    - En tous les cas, tu étais impressionnant, Shintarou reconnut Rentarou.


    - Les animaux ne sont pas si effrayants, Rentarou, assura t-il en souriant. Il suffit de connaître leur manière de vivre et de garder son calme alors il y a toujours un moyen de s'en sortir.


    - Je suis sûr que tu seras un excellent vétérinaire, confia Rentarou.


    Gêné par un tel compliment, Shintarou rougit jusqu'à la racine de ses cheveux et ressembla à une véritable citrouille. Changeant de sujet, le jeune homme décida de traverser la rivière. Pour pallier au problème de sa profondeur et de rapidité du courant, Rentarou remarqua des rochers plats à la surface de l'eau. Ils s'en servirent pour traverser en sautant de pierre en pierre jusqu'à l'autre côté.


    - J'ai soif, se plaignit Raphael.


    - Buvons un peu, accepta Rentarou.


    En même temps, il s'apprêta à défaire son sac de ses épaules mais ne trouva aucune courroie sur ses épaules. Avec horreur, le jeune colosse réalisa qu'il avait oublié le sac de l'autre côté au moment de l'attaque de l'ours à cause de la panique.


    - Alors maintenant on n'a ni eau ni nourriture, constata Shintarou en grimaçant. Il ne reste qu'à espérer que nous sortions bientôt.


    - On va suivre la rivière alors on pourra boire autant qu'on le veut, objecta Raphael.


    - Tu as vu tous ces déchets qui flottent dedans ? Si on boit une eau pareille, tu peux être sur de chopper une intoxication, répliqua Rentarou.


    - Nous sommes en Juillet, la température normale est de 30° environ mais avec le taux d'humidité, notre sensation est qu'elle est de 35° au moins, exposa Shintarou. A ce rythme, sans eau, nos corps se déshydrateront très vite.


    - Alors on est foutus, réalisa Raphael en tombant à genoux. On va tous mourir ici !


    Agacé par le défaitisme ambiant de ses compagnons, Rentarou s'écarta d'un mètre et cassa du poing une branche pour attirer leur attention.


    - Nous ne sommes pas encore morts, rugit-il. Nous avons retrouvé un chemin à travers la forêt, nous avons su dormir une nuit complète, nous avons trouvé la rivière, nous avons survécu à un ours. A présent, il ne nous reste qu'à suivre la rivière et à atteindre le sortie ! Nous pouvons le faire !


    - Mais sans eau, on sera bientôt morts si la sortie est trop loin, intervint Shintarou.


    - Tu ne peux pas savoir sans avoir essayé, riposta Rentarou énergique. Allons-y !


    - Comment tu peux être sûrs qu'on puisse le faire ? insista Raphael.


    - Parce que je veux rentrer au lycée et permettre à notre équipe d'aller en finale pour battre l'équipe de Saint-Christophe ! Je ne peux pas rester ici !


    Raphael et Shintarou le regardèrent avec surprise. Dans tous ses matches, Rentarou ne montrait jamais de réelle motivation à le remporter à part le fait même de gagner. Et en dehors, il n'évoquait pas plus pourquoi il désirait tant à obtenir la victoire.


    - Raphael-sempai, tu veux être pro, non ?


    - J'aimerais beaucoup, approuva Raphael.


    - Et toi, Shintarou, tu veux être vétérinaire ?


    - Évidemment ! Depuis que je suis tout petit !


    - Alors comment allez-vous réaliser votre rêve en restant ici ? Relevez-vous ! Debout ! Marchons ensemble pour sortir d'ici et retrouver notre vie qui nous permettra un jour de réaliser nos rêves !


    Les paroles de Rentarou redonnèrent du baume au cœur des deux adolescents qui avaient commencé à descendre sur la longue et douloureuse pente du désespoir. Ils se remirent debout et le trio continua sa longue dans l'espoir de triompher de leur pénible épreuve.
    Réconfortés par les encouragements du lycéen géant, Raphael et Shintarou s'efforçaient de ne pas penser aux scénarios catastrophiques pouvant clore définitivement cette cruelle mésaventure. Ils se contentaient de marcher le long de la rivière et de fixer leur regard vers l'horizon en guettant le cœur empli de foi d'apercevoir enfin les rayons du soleil au travers de ce feuillage touffu.


    Au contraire, Rentarou se reprochait d'avoir joué au héros. D'un côté, il approuvait son comportement qui lui avait permis de remonter le moral de ses compagnons. Ainsi ils continuaient ensemble la route. Après tout, il qualifiait de logique sa manière de penser. A quoi servait-il de rester assis quelque part et à attendre la Mort ? Le lycéen géant préférait se battre. Se battre, encore et toujours. Cela paraissait probablement présomptueux mais il voulait la battre, la repousser le plus loin possible de lui. Certes, Rentarou n'était plus enfant. Il n'était ni naïf ni idiot. Quand une personne mourrait, il savait qu'elle disparaissait pour toujours. Sa philosophie reposait sur un seul point : avant de mourir, il fallait tout tenter pour écarter de soi son impitoyable et injuste ennemie.


    Mais l'adolescent songeait en ce moment que ses compagnons ne partageaient sans doute pas son point de vue. Ils ne possédaient pas non plus sa constitution physique. Si l'orée de cette forêt se situait trop loin, il les condamnait lui-même à mort.


    Et Rentarou ne se le pardonnerait jamais si un seul de ses compagnons devait périr ici.
    Le petit groupe marcha plusieurs heures au fil de l'eau. Malgré l'ombre fournie par les hauts arbres, ils ressentaient les effets de la température et du fort taux d'humidité. Les garçons avaient soif mais rien pour se désaltérer. Pour économiser leur énergie, ils évitaient de parler. Brusquement, Raphael fut pris de vertige et s'écroula à terre, inconscient.


    Immédiatement, Rentarou et Shintarou stoppèrent et s'affairèrent autour de lui. Le rouquin posa sa main sur son front moite et remarqua ses yeux creusés.


    - Il est totalement déshydraté, constata Shintarou anxieux. Si on ne sort pas bientôt, il mourra. Mais on ne peut pas le sauver. On doit aussi penser à nous.


    - Je vais le porter sur mon dos, résolut Rentarou.


    - Non, Rentarou ! s'écria Shintarou interdit. Tu ne peux pas ! Préserve tes forces !


    - Je ne laisserais jamais quelqu'un derrière moi ! Je ne peux pas tourner mon dos !


    Sans prêter attention aux paroles et au visage déconfit de son ami, Rentarou chargea le corps de son camarade sur son dos. Il passa ses bras autour de son cou et le tint par ses mains. La charge fut plutôt lourde puisque Raphael faisait une taille et un poids équivalents à ceux de son porteur. S'entêtant, le jeune colosse refusa d'abandonner et recommença à avancer. Il ne continua pas ainsi bien longtemps car Shintarou se hâta de le rattraper et décida de l'aider dans cette tâche en maintenant les pieds de leur compagnon évanoui.


    C'était un bien étrange cortège que l'on pouvait apercevoir sur les berges de cette rivière. Les deux jeunes luttaient péniblement contre la fatigue et les effets de la chaleur. Ils se forçaient à supporter des conditions plus dures encore en portant le corps de leur camarade. Les garçons se fatiguaient bien vite mais tentaient de vain de repousser le plus loin possible l'épuisement qui les gagnait.


    Finalement leurs efforts et leur courage semblèrent enfin être récompensés.


    - Rentarou ! glapit faiblement Shintarou


    - Qui y a t-il ? demanda Rentarou très fatigué.


    - Des voitures … , haleta Shintarou dans un murmure.


    Rentarou garda le silence et tendit l'oreille avec une grande attention. Il s'efforça à mettre les halètements du rouquin de côté et finit par percevoir le bruit de nombreuses voitures.


    - C'est vrai. Il y a une route tout près, cria t-il en retrouvant un peu de force par cette nouvelle. Si on continue, on pourra bientôt sortir ! Courage, Shintarou !


    Le jeune colosse se remit en marche. Le rouquin essaya de suivre à nouveau mais son corps ne lui obéit plus. Ses paupières se fermèrent malgré lui, ses membres devinrent de plus en plus lourds et il s'écroula brutalement à terre.


    - Shintarou … , cria Rentarou en se retournant vivement.


    Seul dans cette redoutable et effrayante forêt avec les corps inconscients, et bientôt morts, de ses deux compagnons, le jeune colosse commença à paniquer. Il voulut crier, hurler sa détresse. Il ne sentait pas bien du tout et très fatigué lui aussi.


    Cependant l'instinct de survie du jeune homme se révéla plus fort que la sensation de peur. Il lui souffla de continuer, que ses compagnons seraient vraiment morts s'il renonçait maintenant. L'adolescent se baissa pour soulever le corps inanimé de Shintarou mais réalisa que ses forces le quittaient peu à peu. Il se débarrassa du corps du Raphael et prit la main de chacun de ses deux compagnon dans une des siennes les serrant très fort.


    - Désolé Shintarou … Désolé Raphael-sempai …


    Se battant avec lui-même, Rentarou se guida davantage avec le bruit des voitures qu'avec sa vue. Ses yeux ne distinguaient quasiment plus rien. Sa vision se brouillait totalement. Il ferma même complètement ses paupières pour ne plus apercevoir les couleurs et les éléments autour de lui déformés qui semblaient s'être mis à danser.


    Lentement, il avança en trainant les corps de ses compagnons. Le bruit de la civilisation se rapprocha davantage.


    Quand il ouvrit à nouveau ses yeux, Rentarou découvrit une longue autoroute devant lui sur laquelle circulait à grande vitesse des centaines de véhicules.

     

    Ce fut sa dernière vision.

     


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