• Chapitre 35

    Chapitre 35


    Malgré un mois complet de vacances, les habitudes scolaires ne s'oubliaient pas si facilement. Pour soutenir Seiichi le matin, Rentarou se levait vers cinq heures. De cette manière, les deux adolescents pouvaient se doucher sans crainte d'être surpris par un élève. Ils repartaient ensuite dans la chambre de l'un d'eux pour travailler sur un devoir.


    Au niveau des cours, la difficulté avait augmenté et le rythme imposé par les professeurs s'était s'intensifié. Le professeur d'Histoire-Géographie leur donnait deux dissertations à traiter chaque semaine. La nouvelle enseignante de Biologie les poussait à effectuer toutes sortes de recherches par eux-même en laissant planer le doute à la fin de chaque séance sur une possible interrogation sur un thème si peu défini que ses étudiants devaient tout retenir ce qui s'y rapportait pour être certain de ne pas échouer au contrôle. Noda, le professeur de Japonais, exigeait de ses élèves la lecture d'un livre par mois parmi la liste des références distribuée au début de l'année et de lui remettre un compte-rendu analysant et résumant l'œuvre étudiée. Heureusement pour Rentarou et Tyro, ce travail-là se révélait salutaire pour eux. Puisque Seiichi avait lu, et relu plusieurs fois, chacun des ouvrages figurant sur cette liste, celui-ci acceptait d'expliquer à ses deux amis le résumé et la structure de chacun d'eux. Ainsi là où leurs condisciples se plaignaient d'être toujours en retard pour ce maudit devoir à la fin de chaque mois, les Sanonis en rendaient un tous les quinze jours. En Mathématiques, ils abordaient l'étude des fonctions et Hashimoto leur demandait chaque jour de réaliser un exercice complet sur ce thème. Cependant Aizawa surpassait tous ses collègues en imposant à ses étudiants de rédiger un commentaire d'un long texte de deux pages minimum pour chacun de ses cours.


    Avec tous ces devoirs à faire, la bande n'avait plus le loisir de quitter ensemble le lycée à la sortie et de vagabonder quelque part en ville. Les seuls moments où ils voyaient restaient lors du déjeuner, au club de tennis et à la bibliothèque. Il fallait donc attendre le week-end pour se retrouver et s'amuser après une dure semaine.


    Au moins, ils se satisfaisaient d'être capables de manger ensemble à l'heure du déjeuner. Après avoir demandé à Yoko, Seiichi avait appris que la salle de libre à ce moment précis de la journée se révélait être la salle de Droit. Les six amis se réunissaient donc à l'intérieur et partageaient bentos et sandwiches. Tyro et Kou avaient même demandé à leur mère d'en préparer un de plus en expliquant qu'ils avaient encore faim autrement.


    A part à l'heure du midi, ils se retrouvaient aussi au club de tennis. Les activités avaient reprises le lendemain de la rentrée. En raison des averses diluviennes, les entrainements extérieurs et les matches s'étaient interrompus. Pour compenser, les membres se rendaient au gymnase du lycée, située quelques mètres après la cour, proche du terrain de football, ou dans une des six salles adossées aux vestiaires du club pour perfectionner son style de jeu avec sa raquette.


    Soucieuse d'être libre, la petite bande avait opté pour les entrainements avec la machine à balles. Ils pouvaient être seulement six dans la pièce de cette manière et agir selon leur bon entendement. Au contraire, au gymnase, les membres en troisième année supervisaient les exercices de leurs kouhai. Dans cette pièce, sans la surveillance de quiconque, les six amis pouvaient parfois s'arrêter et simplement parler entre eux. En vérité, seuls trois d'entre eux le faisaient. Pour les Sanonis, il paraissait inenvisageable de stopper ses exercices pour une telle raison.


    Deux semaines s'étaient écoulées. La vie au lycée se déroulait sans la moindre anicroche. Malgré la lourde charge de travail et les contraintes qui en découlaient, Rentarou se sentait heureux. Il avait enfin l'impression de voir le bonheur lui sourire.


    Malgré les efforts consentis par le jeune homme aux cheveux de jais pour en arriver à ce résultat, le destin, ce personnage sinistre et cruel, revint s'acharner à nouveau sur lui.
    Pourtant, le début de la matinée avait plutôt bien commencé. Elle avait débuté par un cours de Chimie durant lequel il avait conversé à mi-voix avec Seiichi, Kou et Takaishi tout en déjouant les tentatives de sabordages involontaires de leur expérience de son binôme.


    Après cela s'enchaina un cours d'Anglais. Il s'installa comme ses autres condisciples et écouta un minimum l'enseignante expliquant le texte étudié. Rentarou préféra se concentrer à déchiffrer celui-ci et à en comprendre le sens pour être capable de répondre aux questions.
    Car, évidemment, Aizawa l'interrogea, apparemment soucieuse de conserver sa réputation de paratonnerre à poisse. Cependant elle changea ses habitudes aujourd'hui. Au lieu de lui demander un résumé et une analyse du texte vu aujourd'hui, l'enseignante réclama celui étudié hier.


    Dans n'importe quelle autre matière, Rentarou aurait été capable de se souvenir, au mot près, d'un long texte même s'il avait été abordé une semaine auparavant. Par contre, dans celle-ci, le lycéen géant se rappelait très vaguement des thèmes traités et se souvenait uniquement du sujet principal abordé par le document.


    En réalisant que son meilleur ami se trouvait en difficulté, Seiichi baissa la tête. Ils avaient déjà élaboré un plan adapté à ce type de scénario. Moralement, l'action qu'il comptait entreprendre n'était pas du tout approuvable mais cela ne le gêna pas du tout.


    Discrètement, le jeune ninja sortit le téléphone cellulaire emprunté à son camarade actuellement au tableau de sa poche. Il s'assura de l'avoir bien laissé en mode silencieux puis tapa rapidement un message. A trois rangées de lui, Shintarou remarqua que le sien, caché dans sa trousse, recevait un message. Il fit alors semblant de chercher une référence dans son manuel pour le dissimuler et lut les instructions de l'adolescent aux cheveux ébènes.


    Sa lecture terminée, le petit rouquin posa sa main gauche sur le bois de sa table. Son majeur tapa dessus trois faibles coups longs indiquant à ses complices que l'opération commençait. Il laissa son téléphone contre le bas de son livre de manière à pouvoir toujours lire l'écran. Ensuite, à l'aide des leçons enseignées le soir à l'internat par le ninja de leur bande, Shintarou plaça ses mains très bas sur la table et transcrivit la leçon de la veille en langue des signes.


    Malgré sa réprobation contre les tricheries et les actes de malveillance, Rentarou ne se sentit pas mal à l'aise de réussir correctement à son interrogation sans avoir étudié par lui-même. La solidarité qui l'unissait à ses deux camarades lui permettait d'oublier ce sentiment. De plus, l'idée de voir la tête d'Aizawa quand il aurait terminé le stimula davantage.


    Au milieu de sa récitation, l'enseignante se leva et s'avança dans l'une des rangées. Personne ne s'en préoccupa car elle appréciait de circuler entre chaque table en donnant son cours tout en interrogeant un élève. La femme alla jusqu'au fond de la salle et remonta par une autre rangée avant de s'immobiliser brusquement derrière un de ses étudiants. Un étudiant pourvu de cheveux ébènes qui tombaient dans le haut de son cou.


    - Vous permettez, Shiromiya ?


    Sans laisser le temps à l'adolescent de réagir, l'enseignante s'empara du téléphone sur lequel il tapait justement un message. Seiichi s'inquiéta. Pouvait-elle découvrir leur astuce ?


    - Vous êtes très malin, Shiromiya, persiffla t-elle sans regarder encore le téléphone. Donner des instructions à un complice qui accomplit la besogne, c'est très ingénieux.


    - Je ne vois pas à quoi vous faites allusion, dit Seiichi impassible.


    Si le ton du jeune ninja resta égal à celui adopté en temps normal, il trembla intérieurement.


    - J'ai remarqué que Fujita parlait en langue des signes, lui révéla Aizawa en parlant lentement. Il ne me restait qu'à observer vous autres et découvrir qui communiquait avec lui.


    - Vous ne pouvez pas le prouver, objecta Seiichi en gardant son calme. Pour ma part, j'envoyais un message à un ami dans un autre lycée. Il se peut que Fujita ait juste bougé et vous avez mal interprété ses gestes.


    Ne disant rien suite aux propos de son élève, le professeur regarda l'écran du téléphone cellulaire qu'elle venait de confisquer. Un sourire narquois se dessina sur son visage en lisant le début du message qui avait tapé. Elle annula son écriture puis alla dans la boite de réception.


    - C'est très intéressant tout ceci, constata Aizawa. Vous avez envoyé seize messages à un dénommé Shin. Le premier commence à 10h56 et le dernier à 11h03.


    Seiichi ne dit rien. Il ne bougea même pas un seul des membres de son corps. A quoi bon ? En lisant tous les messages, elle découvrirait le pot aux roses.


    - Sur le premier, vous traduisez les hiraganas en langue des signes puis dans les autres, vous résumez les points à dire du sujet que j'ai demandé à Satsuma.


    Depuis le commencement de la scène, les autres élèves avaient tourné la tête pour la suivre. Quant à Rentarou et Shintarou, ils faisaient pareil mais certainement pas pour assouvir leur curiosité.


    - Satsuma, retournez à votre place ! ordonna t-elle. Évidemment cela vous fera un zéro. Il y avait si longtemps que cela ne vous étiez pas arrivé.


    Rentarou ne répondit pas. Par contre, il eut l'impression que son professeur jubilait de lui attribuer enfin la mauvaise note suprême.


    - Ah oui ! Prenez le portable de Fujita en passant !


    Lentement, l'adolescent remonta l'allée. Il échangea un regard douloureux avec son ami quand celui-ci lui confia son bien en arborant une sombre grimace. Cependant le lycéen géant n'eut pas l'intention de le remettre à Aizawa. Il fourra l'objet dans une poche arrière de son pantalon et détacha un autre téléphone de sa ceinture.


    En arrivant près de sa place, il s'avança vers l'enseignante qui attendait, peu patiente, et tendit l'appareil. Elle s'en empara vivement et consulta rapidement les messages contenus dessus. Son visage pâlit alors de plus en plus.


    - Il a effacé les messages prouvant sa culpabilité !


    - Il reste des messages dessus, Aizawa-sensei ? demanda Rentarou candidement.


    Seiichi tourna la tête en percevant l'étrange voix de son camarade. Rentarou ne s'adressait jamais comme un enfant. Il donnait toujours l'impression d'être un adulte dans ses actes et paroles.


    - Au moins une vingtaine, rétorqua Aizawa peu aimable. Il a effacé les derniers pendant que je parlais avec son complice !


    - Mais ce n'est pas possible, objecta Rentarou en conservant toujours une voix d'innocence. Je me suis servi une journée du portable de Shintarou quand le mien était cassé. Il n'efface pas un seul message. Il faut tous les supprimer.


    - Si ce que tu dis est vrai, cela signifie qu'aucun message n'a été supprimé avec ?


    Immédiatement, l'enseignante se hâta d'essayer d'effacer un message mais n'y parvint pas. Elle sélectionna alors l'ensemble avant de confirmer leur suppression.


    - Alors il n'a reçu aucun message depuis hier soir ….


    - Vous voyez, j'ai appris tout seul ma leçon et je l'ai récité tout seul, s'exclama t-il.


    En son for intérieur, Rentarou trouva encore plus agréable de démonter les arguments du professeur qu'il détestait le plus que de réussir seulement son interrogation orale.


    - Pour moi, vous êtes coupables même si je ne peux pas le prouver !


    - Dans ce cas, nous irons voir Hashimoto-sensei. Il sera très intéressé.


    Cette fois, son ton était redevenu aussi grave qu'à l'accoutumée et plus sévère. La mention du nom de son collège ennuya Aizawa. En temps ordinaire, celui-ci ne la gênait pas mais s'il devait apprendre qu'elle accusait de tricherie des élèves sans la moindre preuve concrète, son confrère deviendrait un adversaire implacable.


    - Soit ! Dans ce cas, je vous punis tous trois d'une semaine de retenue pour avoir causé du chahut dans ma classe et dérangé le cours !


    Au moment où elle délivra son verdict, la sonnerie indiquant la fin du cours retentit. Celle-ci était encore si perturbée et énervée qu'elle en oublia de donner un devoir à ses élèves. Naturellement, personne ne se chargea de le lui rappeler.


    Le cours de Mathématiques se déroula le plus normalement qui soit. Hashimoto s'occupa de tracer plusieurs courbes aux tableaux et expliqua à ses élèves la différences entres selon les types de fonctions auxquelles elles appartenaient. Ceux-ci suivirent attentivement en prenant des notes.


    A la fin du cours, Rentarou, Seiichi et Shintarou quittèrent la classe pour aller déjeuner et commentèrent leur mésaventure survenue en Anglais. En fait, ils voulaient surtout savoir comment Rentarou s'était débrouillé pour effacer les preuves.


    - Je n'ai effacé aucun message.


    - La prof ne les a pas vu ! Tu les as forcément effacé après avoir pris mon portable !


    Rentarou sourit. Il s'arrêta de marcher. Sa main passa derrière son dos et prit le téléphone situé dans sa poche arrière avant de le donner à Shintarou.


    - C'est bien le tien ?


    Sans rien dire, le rouquin ouvrit le claquet de l'appareil et consulta rapidement sa messagerie.


    - C'est dingue ! Ils sont tous là !


    - Cette fois, explique-nous, Rentarou !


    Le sourire du lycéen géant s'accentua davantage. Il releva le bas de sa veste pour dévoiler sa ceinture. A celle-ci était attachée quatre téléphones cellulaires.


    - Tu possèdes plusieurs téléphones ? s'étonna Seiichi.


    - C'est plus pratique comme ça pour savoir qui m'appelle. Le violet, c'est les filles qui me demandent mon numéro pour pouvoir sortir avec toi. Alors s'il sonne, je ne réponds pas.


    - Et il me le prête à moi, grimaça le jeune ninja.


    - Le bleu, c'est pour les copains, le vert pour le club de tennis et enfin le rouge, ça ne concerne que notre bande.


    - Tu sais, on peut aussi différencier ses contacts avec des sonneries différentes, fit Shintarou.


    - J'ai horreur de télécharger des sonneries, répliqua Rentarou. Ca bouffe tout ton crédit.


    A ce moment, Seiichi interrompit la discussion d'un léger éclat de rire.


    - Tu ressembles à un vrai ado maintenant, Rentarou !


    L'adolescent sourit timidement à ce commentaire. Il se sentit heureux aussi d'avoir réussi à apprendre à se conduire comme n'importe quel jeune de son âge. Moins de six mois plus tôt, l'idée lui paraissait impossible.


    - Et si tu poursuivais ton récit ?


    - Alors j'ai donné mon portable bleu à la prof. Il contient plein de messages. De plus, au contraire du rouge et du vert, ils ne peuvent pas s'effacer un par un.


    - Pourquoi ça ? s'étonna Shintarou


    - Parce le rouge et le vert contiennent des messages plus précieux, sourit Rentarou en lui faisant un clin d'œil derrière ses lunettes noires.


    - Je vois ! Tu as ainsi attrapé Aizawa-sensei, comprit Seiichi. C'est très intelligent.


    - N'empêche on va quand même se taper une semaine de retenue, bougonna le rouquin.


    - Je préfère cette punition légère par rapport à celle que nous aurions subi si elle avait obtenu la preuve de notre malfaisance.


    - On verra ça la semaine prochaine si tu dis toujours ça, Shiromiya !


    - C'est vrai que tu as été déjà plusieurs fois collé par Aizawa-sensei, se souvint le lycéen géant.


    - Tous les professeurs l'ont au moins mis une fois en retenue, répliqua narquoisement l'adolescent aux cheveux ébènes.


    - Tout faux ! claironna Shintarou triomphant. Masami-sensei, Hoshino-sensei et Tsukiyo-sensei ne m'ont jamais donné une seule retenue !


    - Évidemment ! Ceux sont des matières qui te plaisent et où tu peux bouger.


    Rentarou soupira. Il se décida à jouer une nouvelle fois l'arbitre pour stopper les hostilités.


    - Shintarou, explique-nous pourquoi la retenue d'Aizawa-sensei sera dure.


    S'apprêtant à lancer une autre réplique à son rival, le rouquin avait ouvert la bouche puis la referma. Il réfléchit un instant et ouvrit à nouveau sa bouche.


    - Elle va nous donner un tas de travail à faire dans son bureau …


    - De l'anglais ? s'effraya Rentarou.


    - Non, elle fait nettoyer son bureau, classer des documents … Le seul truc qu'elle ne te laisse pas faire, c'est corriger les copies.


    - Quel dommage pour Rentarou !


    Plongeant les mains dans les poches de son pantalon, le concerné ne dit rien de la moquerie de son meilleur ami. Tout en parlant, le trio avait presque atteint la salle où la petite bande se réunissait le midi lorsqu'ils croisèrent Kurata.


    - Ah, Satsuma ! Je te cherchais, s'exclama celui-ci, agréablement surpris.


    - Vraiment ? Que me veux-tu, buchou ?


    - J'ai prévu une réunion pour les titulaires ce soir, l'informa Kurata. Je souhaiterais la commencer vers seize heures. Tu finis quand tes cours cet après-midi ?


    - J'ai seulement une heure de Japonais.


    - Parfait ! se réjouit Kurata en passant sa main dans ses cheveux pour les replacer en arrière. Alors tu n'oublies pas venir !


    - Mais buchou, je suis toujours un première année …


    - Et alors ? fit le buchou en fixant l'adolescent devant lui sans comprendre son hésitation.


    - Tu as dit que même si j'étais titulaire, je possédais toujours les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres premières années. Cela voulait dire que je ne devais pas assister aux réunions.


    Kurata parut un instant embarrassé par ce souvenir puis reprit plus décontracté :


    - Ah oui … Je suis très formel sur les règles. Cependant tu nous as beaucoup aidé, non ? Sans toi, nous n'aurions probablement pas remporté le tournoi préfectoral alors cela paraît tout à fait mérité que tu participes à nos réunions.


    En entendant les explications de Kurata, le visage de Rentarou rayonna de plaisir et de satisfaction.


    - Vraiment ? C'est génial !


    - Eh bien, ne sois pas en retard, recommanda Kurata pour clore leur conversation.


    Rentarou approuva d'un signe de tête puis s'inclina très respectueusement pour remercier son buchou de sa sollicitude à son égard. Toutefois, son dos se pencha si fort qu'il manqua presque de perdre l'équilibre et de s'étaler sur le carrelage froid. Cela ne manqua pas d'amuser ses deux camarades derrière lui.


    Dans la salle de Droit, leurs amis attendaient depuis une dizaine de minutes. Peu patient, Tyro avait essayé de commencer à manger mais Takaishi l'en avait empêché. Après avoir vidé son sac, il avait placé toutes les denrées alimentaires dedans et le conservait précieusement contre sa poitrine. Le dernier du trio eut à peine refermé la porte que le tennisman réclama tout de suite de passer à table. Ils s'assirent en cercle au centre de la pièce et partagèrent la nourriture.

     

    - Ah ! Fa fait fu fien ! s'écria Tyro en parlant en même temps qu'il croquait une boulette de riz.


    Habitués à cet incompréhensible dialecte et aux postillons alimentaires, ses amis ne lui répliquèrent rien. Même pas Seiichi. Il ne le tapa pas derrière le crâne comme chaque fois que Tyro disait ou faisait une bêtise, soit entre trois et dix fois par jour. Son habitude ne s'était pas du tout perdue. En fait, il ne voulait pas se lever. Tyro choisissait toujours de s'asseoir entre Takaishi et Shintarou. Tout le monde connaissaisait les raisons de ce choix. Le jeune homme espèrait ainsi échapper aux corrections de Seiichi.


    - On devrait mettre Shintarou et Tyro au fond de la pièce, songea Kou avec lassitude.


    Rentarou regarda à sa droite où mangeait le petit rouquin. Assis sur ses jambes, celui-ci penchait son buste pour prendre la nourriture avec ses mains et l'avalait bruyamment.


    - Ce n'est pas faux, reconnut Seiichi. Après tout, les animaux n'ont pas à manger avec les humains.


    - Je ne suis pas un animal ! s'énerva Tyro.


    - Je me demande si on pourrait avoir un repas tranquille un jour, soupira Rentarou en prenant des baguettes pour avaler sa portion de riz.


    - Eh bien, vas au réfectoire, lui répliqua gentiment Shintarou en relevant la tête.


    Le déjeuner se poursuivit dans une humeur aussi gaie et détendue qu'il avait commencé. Lorsqu'il ne resta plus rien des provisions que chacun avait apporté, à part quelques miettes tombées au sol, ils nettoyèrent la salle, jetèrent les emballages dans la corbeille et balayèrent pour enlever les miettes. Enfin Kou et Tyro rangèrent leurs boites désormais vides dans leur sac.


    - Quelle heure est-il ? demanda Kou quand ils se rassirent.


    - Treize heures et une minute, répondit immédiatement Seiichi après avoir consulté sa montre.


    Brusquement, le corps de Rentarou s'agita de frissons.


    - Il fait vraiment froid, se plaignit-il. Quand ils se décident à mettre du chauffage ?


    - Les écoles mettent généralement le chauffage vers Octobre, voir début Novembre.


    - Pas possible ! Ils veulent nous tuer !


    - Arrête de te plaindre, Rentarou, soupira Seiichi. Tu ressembles à Tyro.


    Naturellement, l'adolescent aux cheveux ébènes eut le droit à un regard noir de ce dernier.


    - Et puis il ne fait pas froid du tout, objecta Shintarou. C'est un climat tempéré en ce moment.


    - Tempéré ? Ce n'est pas tempéré du tout ! C'est super froid !


    - Viens avec moi sur Hokkaido un jour, répliqua Shintarou. Là-bas, il fait froid. Enfin je suppose. Je ne ressens plus le froid là-bas. Je passe toute l'année en tee-shirt et short quand je suis là-bas !


    Rentarou savait que le climat de la région la plus septentrionale du Japon était extrêmement froide. L'hiver, elle était toujours recouverte par neige et les températures restaient très basses.
    En se souvenant de ces connaissances, il frissonna par réflexe machinal à imaginer son ami vêtu d'un simple tee-shirt et d'un short au milieu d'une large étendue de neige.


    - Je n'irais jamais sur Hokkaido ! résolut-il boudeur.


    Le reste du groupe rit de cette déclaration puis le temps passa bien vite. Il fut l'heure de se séparer pour retourner en classe. Le professeur Noda reprit là où elle était restée lors de son cours précédent d'hier matin et continua d'expliquer différents extraits passages tirés Buke mono, écrit par Ihara Saikaku, un ouvrage racontant de nombreux récits guerriers de l'ancien Japon.


    Adorant réellement cette époque, Rentarou se promit d'étudier ce livre-là et d'écrire lui-même son résumé. En attendant, il se contenta d'écouter ses condisciples lire à voix haute les extraits demandés par l'enseignante et d'imaginer leurs représentations dans son esprit.


    - C'était un cours génial ! s'exclama le lycéen géant quand ils furent sortis.


    - Normalement, tu t'ennuies en cours de Japonais et tu finis par me demander mes notes.


    - Sauf que c'était trop passionnant pour s'ennuyer, Seiichi. Ca me rappelle en Histoire quand Tanaka-sensei nous parle des samouraïs ! C'est cool !


    - Les ninjas sont beaucoup plus cools que les samouraïs, réfuta Seiichi impassiblement.


    - Les samouraïs se battent pour l'honneur et la justice. Les ninjas agissent juste pour eux et leur famille. Il n'y a rien d'autre qui les motive que le gain.


    En entendant ces paroles, le visage de Seiichi afficha un petit sourire narquois.


    - Les samouraïs sont-ils capables de courir si vite qu'ils disparaissent de la vue des autres ? Voici la raison qui rend les ninjas supérieurs.


    - C'est parce que les ninjas sont lâches. Ils préfèrent fuir devant le danger plutôt de l'affronter. Les samouraïs n'ont pas peur, eux, et affrontent courageusement n'importe quel danger.


    - Les samouraïs sont inconscients. Au contraire, les ninjas sont beaucoup plus réfléchis et s'adaptent à la situation. Si un combat peut être évité, pourquoi ne pas le faire ?


    Marchant derrière ses deux amis qui se chamaillaient, Shintarou se demanda un court instant si Seiichi et lui se montraient aussi ridicules quand ils s'envoyaient mutuellement des piques. Il se décida à les calmer rapidement.


    - En parlant de samouraïs, Tanaka-sensei nous a donné une dissert sur le sujet. On doit décrire la naissance de leur caste, leur développement et leur déclin.


    Rentarou se retourna immédiatemment en souriant :


    - C'est vrai ? Enfin un devoir intéressant !


    - Tu es vraiment un enfant, soupira Seiichi en dissimulant son amusement.


    Le trio rejoignit vite la bibliothèque et s'installa à une table au milieu de la pièce. Ils commencèrent par faire des recherches pour ce fameux devoir que Shintarou venait de mentionner. En seconde étape, les lycéens entreprirent de sélectionner leurs documents en vue de n'avoir que le travail de rédaction à faire. Le trio adopta cette même démarche pour traiter leur dissertation en Géographie sur les différents problèmes du continent africain et leurs possibles solutions.


    Lorsque Seiichi proposa d'effectuer leurs recherches sur les différents types d'environnement dans le département de Kyuushu, Rentarou réalisa qu'il devait partir ou serait en retard à sa réunion. Il salua ses amis et monta dans sa chambre pour revêtir sa tenue de titulaire.


    En sortant dehors, le lycéen géant regretta d'avoir coupé son pantalon. La pluie qui dégoulinait le long de ses jambes nues le trempait jusqu'aux os et le glaçait. Il se mit à courir pour traverser tout le campus et gagner le club de tennis.


    Parvenu sur place, Rentarou longea les vestiaires et les bâtiments à côtés dans lesquels s'entrainaient les membres du club et passa la dizaine de courts avant d'atteindre un préfabriqué isolé. Il poussa la porte avec précipitation et entra.

     

    A l'intérieur se tenait ses équipiers. Nagai et Motoguchi étaient assis tous deux sur un banc contre le mur. Il nota que le second avait beaucoup maigri au cours des vacances et s'en réjouit pour lui. Ils se levèrent pour l'accueillir et le saluèrent chaleureusement. Dans un coin de la pièce s'était réfugié Raphael sur un tabouret. Uegami et Ogawa s'étaient chacun installés d'un côté de Kurata qui trônait au bout de table dans un large fauteuil rouge.


    - Tu es enfin là, Satsuma, dit Kurata. Parfait ! Commençons !


    - Mais Katsuo-sempai …


    Rentarou s'apprêta à signaler que Matsuda n'était pas encore arrivé mais Uegami l'empêcha d'achever sa phrase.


    - Matsuda ne vient pas donc il ne sert à rien de l'attendre. Assis-toi.


    - Mais Katsuo-sempai est aussi un titulaire, ajouta Rentarou en s'asseyant sur un tabouret.


    - Matsuda est parti, révéla Kurata d'un ton sans appel. Commençons !


    Rentarou n'ajouta rien. Il resta silencieux durant toute la réunion écoutant à peine son buchou leur parler. Son esprit ne cessa de penser à la révélation qu'Uegami venait de lui délivrer et ne parvint pas à croire que son ami d'enfance avait pu partir. Comme son père travaillait dans une entreprise avec des filiales ouvertes dans tout le Japon, il pensa que celui-ci avait été muté ailleurs. Cependant cette pensée le désola. Pourquoi ne l'avait-il pas appelé ? Rentarou aurait compris et accepté.


    Pendant qu'il était plongé dans ces sombres réflexions, Kurata annonça que le tournoi régional du Kanto aurait lieu la première semaine d'Octobre. Les trois premiers jours, toutes les équipes s'affrontaient pendant deux jours. Le lendemain, les sportifs se reposaient. Le quatrième jour, celles qui avaient obtenu les plus mauvais scores jouaient l'une contre l'autre pour ne déterminer qu'un seul vainqueur. Celui-ci obtenait ainsi le droit de participer aux quart de finale du lendemain. Le Samedi se déroulait les demie-finales et le Dimanche la finale.


    A la conclusion de cet ultime match, l'équipe lauréate recevait le droit de participer au tournoi national.


    Pour terminer son discours, Kurata encouragea ses équipiers à s'entrainer et à ne pas faire honte à leur lycée aux yeux de la nation japonaise. Il finalisa la réunion sur ce dernier point.
    La séance se termina à peine que Rentarou ne laissa aucun de ses équipiers lui parler et sprinta jusqu'au bâtiment administratif. Il entra précipitamment et ouvrit la porte du bureau sans frapper ni faire attention s'il mettait de l'eau ou de la boue partout.


    - D'après ce que tu as déjà dit sur toi, je croyais que ta mère t'avait mieux éduqué, fit Yoko qui n'appréciait pas du tout une telle interruption.


    - Je suis désolé ! Je dois absolument savoir quelque chose !


    En temps normal, la jeune fille aurait déjà explosé et renvoyé celui qui l'importunait plus vite qu'il n'était entré. Toutefois, elle s'en s'abstint. Sur le visage de Rentarou se lisait un véritable chamboulement de ses sentiments. Il semblait terriblement désemparé.
    - Qu'est qu'il y a ? demanda t-elle en s'adoucissant.


    - Katsuo-sempai … Il est parti ?


    - Satsuma-kun … , soupira t-elle. Tu dois me donner un nom complet si tu veux espérer un renseignement de ma part.


    - Matsuda Katsuo en 2B.


    Yoko hocha légèrement la tête en entendant ce nom. Elle venait justement de traiter un dossier concernant cet élève. En se souvenant de sa conclusion, la jeune fille commença à comprendre pourquoi son ami était si bouleversé.


    - Tu veux savoir pourquoi il est parti ? fit Yoko gentiment.


    Incapable de répondre vocalement, l'adolescent hocha faiblement de la tête.


    - Son père est venu un jour après la rentrée pour dire que son fils était désormais à un lycée sur Kyuushu. Je m'apprêtais à leur transmettre son dossier scolaire.


    - Il a donné une raison ?


    - Il a juste dit qu'il faisait ça pour le bien de son fils.


    - Il est déjà parti bien sur …


    - En fait, non. D'après les renseignements que j'ai pris, il a passé l'examen d'entrée de leur lycée fin Août et le conseil des étudiants devait ensuite se décider pour son entrée. Sa rentrée était donc prévue Lundi prochain.


    En entendant cette nouvelle, Rentarou sentit son cœur s'alléger.


    - Alors il doit être encore là ! J'y vais, Yoko-chan ! Merci !


    Sans attendre après une réaction de sa part, Rentarou ressortit aussi vite qu'il était entré et courut sous la pluie froide et humide. Il traversa ainsi de nombreux quartiers, plusieurs arrondissements même, avant de parvenir à l'immeuble où habitait la famille Matsuda. Le jeune homme aux cheveux de jais se précipita par les escaliers, sans voir les cabines d'ascenseurs, à l'étage de leur appartement et appuya sur la sonnette.


    - Que voulez-vous, monsieur ? demanda la mère de son camarade en ouvrant.


    - Non, je suis seulement un camarade d'étude de Katsuo-sempai, la détrompa Rentarou. Pourrais-je le voir, s'il vous plait, okusan ?


    La femme répondit positivement puis lui demanda d'attendre un instant. Quelques minutes s'écoulèrent durant lesquels il ne sut pas bouger et Matsuda apparut sur le seuil de la porte. En découvrant l'identité de son visiteur, celui-ci voulut refermer rapidement. Rentarou fut plus rapide : son pied bloqua la fermeture de la porte et de ses puissants bras, il la contraignit à rester ouverte.


    - Katsuo-sempai, je veux savoir !


    - Je n'appartiens plus au lycée de Ryoko Gakuen alors je ne suis plus ton sempai. Par conséquent, je n'ai plus rien à te dire, dit Matsuda d'une voix froide.


    - Pourquoi ? Explique-moi pourquoi tu pars !


    - Ce médiocre lycée ne remplit plus mes critères de satisfaction pour mon développement personnel. Pour progresser, il est vital pour moi de changer.


    - Mais notre école a une excellence réputation. Nos cours sont très bons, émit Rentarou.


    - Je me moque des cours ! s'énerva Matsuda. Je ne vais pas au lycée pour ça !


    Sur le seuil de la porte, l'adolescent serrait ses poings et son regard fusillait son interlocuteur.


    - Depuis que je suis petit, je vise à devenir joueur pro de tennis ! Je m'entraîne dur pour ça ! J'ai donc besoin d'un environnement qui me permette de développer mes capacités.


    - Nous avons été vainqueurs du tournoi préfectoral, rappela Rentarou. Le mois prochain, on va participer aux Régionales dans le but d'aller aux Nationales.


    - J'en ai rien à battre de ces histoires, rétorqua t-il. Même si un club connait des victoires, comment un joueur peut s'épanouir dans une ambiance pareille ? C'est la guerre !


    - Il est vrai qu'au début, je trouvais le club étrange. Sans parler des relations entre titulaires. Mais ca s'est dégelé. Nagai-sempai et Motoguchi-sempai sont devenus très proches de nous et même Raphael-sempai accepte de nous parler maintenant.


    - Tu n'es toujours qu'un gosse, Satsuma !


    Cette phrase fit très mal à Rentarou. Ce ne fut pas le contenu qui le blessa. Il avait l'habitude de se faire traiter de gamin. Ses amis le faisaient souvent. Ce qui le choquait … C'était ... Matsuda venait d'utiliser son nom de famille au lieu de son prénom.


    - Les relations dans la vie ne servent à rien. Les autres ne servent qu'à te ralentir. Tu découvriras un jour que tes soi-disant amis te laisseront tomber et tu te retrouveras comme tu es vraiment, comme tout le monde est vraiment : seul.


    Rentarou voulut ajouter quelque chose pour se défendre et protester mais il n'eut pas le temps.


    - Après tout, tu l'as déjà fait aussi ! Quand tu as quitté l'école primaire, tu es parti sans jamais revenir, sans dire au revoir !


    - Ca n'a rien à voir ! En primaire, j'étais malheureux ! Kou-kun me maltraitait et j'étais le bouc émissaire des autres ! J'étais plus heureux sans venir ! Pourquoi tu ne comprends pas ?


    - Et moi ? Je ne méritais pas un au revoir ?


    Rentarou se tut. Il n'avait jamais pensé à son ami à l'époque et se souciait seulement de rapporter de l'argent pour aider sa mère. En y réfléchissant, il s'était montré égoïste.


    - Je suis désolé … , murmura t-il faiblement.


    Amusé de cette réaction, Matsuda pouffa.


    - Tu es vraiment un gamin.


    - J'essaie de m'excuser pour la peine que je t'ai faite, dit timidement Rentarou.


    - Mais tu n'en as pas besoin. Tout le monde sait qu'un enfant est irréfléchi. C'était naturel pour toi d'aider ta mère sans penser aux autres. Tu es un gamin pour t'excuser comme ça. Seuls les enfants s'excusent pour le moindre pas de travers qu'ils croient avoir commis.


    En baissant la tête, Rentarou contempla le sol sous lui et n'osa pas soutenir le regard de son interlocuteur.


    - Et seul un enfant baisse la tête comme ça. Quand on devient adulte, on lève tout le temps la tête et on ne s'excuse pas.


    - Devenir adulte ne veut pas dire devenir malpoli, réussit à formuler Rentarou.


    - Tais-toi ! Au fait, tu sais pourquoi tu es un titulaire ?


    Intrigué par une telle question, Rentarou releva la tête.


    - Toujours aussi curieux. Comme un gamin, répliqua Matsuda. C'est moi qui ait proposé ton nom à Kurata. Je t'ai reconnu bien avant de voir la photo de ta mère. Dès que je t'ai vu avec ces lunettes et entendu ton nom, j'ai compris. J'ai confirmé mon hypothèse et je me suis dit que tu étais parfait.


    - En quoi j'étais parfait ?


    - Tu étais parfait pour me mettre en valeur. Comme Laurel et Hardy perdaient toujours leur match et le second double le gagnait, il fallait quelqu'un au troisième simple pour gagner le second match puis moi je clos la rencontre en remportant le troisième match.


    Chancelant, Rentarou n'arriva pas à croire ce que ses oreilles entendaient. Il ne pouvait pas s'imaginer Matsuda aussi machiavélique et retors. L'adolescent se souvenait encore du petit garçon qui veillait sur lui, l'amusait et le protégeait.


    Que se passait-il donc ici ? Il rêvait ! Il faisait un horrible cauchemar ! Rien de cette scène ne pouvait être réel !


    - Évidemment Kurata a accepté. Avec ta personnalité, c'était absolument parfait. Tu possédais des capacités qui te mettaient au même niveau que Sakumai.


    - Buchou sait que Tyro est un excellent joueur ? s'écria Rentarou.


    - Évidemment puisqu'il l'a battu quand il n'était qu'un première année au

    collège. Kurata n'a jamais cessé de suivre sa progression. Cependant Sakumai est une grande gueule contrairement à toi. Il n'aurait pas accepté de faire gentiment ce qu'on lui demandait.


    - Alors vous m'avez choisi pour ma personnalité et non pour mes compétences …


    - Cependant tu es devenu ennuyeux. A cause de ton idée de rendre forte l'équipe, tu as permis à Laurel et Hardy de gagner leurs matches ! A cause de toi, je ne peux plus jouer !


    - Tu m'en veux juste pour ça ?


    - Ce n'est pas juste pour ça ! Pour mon développement, je dois terminer chaque rencontre en gagnant mon match ! Ne sais-tu pas que les sélectionneurs du monde pro regardent avec attention les tournois lycéens ? Je veux être remarqué !


    - Si tu étais venu m'en parler, j'aurai compris, dit Rentarou. J'aurais accepté d'inverser nos places si c'était si important pour toi, Katsuo-sempai.


    - Je ne m'abaisse pas à une telle pratique, résolut-il avec fermeté. A présent, je vais à Kyuushu dans un environnement où la croissance des sportifs est vraiment pris en compte. Si par hasard, nous nous revoyons sur un court de tennis, j'aurais le plaisir de t'écraser !


    - Katsuo-sempai !


    Rentarou essaya d'implorer une nouvelle fois son interlocuteur. Celui-ci rompit brusquement la conversation et referma brutalement la porte. Il resta devant celle-ci de longues minutes, les bras ballants le long de son corps, sans rien dire, avant de repartir.


    Quand Rentarou atteignit le palier, son corps craqua. Il tomba à terre, le dos voûté, et se recroquevilla sur lui-même. Sa respiration sifflante lui donna l'horrible impression d'étouffer et de se noyer. Enfin, il sanglota comme un bébé.

     


    Chapitre précédent        chapitre suivant

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :