• Chapitre 45

    Chapitre 45


    Le lendemain, Rentarou se réveilla de très bonne heure malgré le fait que c'était Dimanche. C'était aujourd'hui le jour de l'ouverture officielle du tournoi national. Il se doucha seul. Tous ses autres condisciples internes dormaient encore. L'adolescent revêtit sa tenue de titulaire. Comme aucun match n'était prévu et que la cérémonie l'obligerait à rester probablement debout sans bouger un long moment, il opta pour mettre le pantalon de toile et non le short fabriqué quelques mois plus tôt à l'aide d'une paire de ciseaux, le polo aux manches courtes et la veste fermée.


    En passant le seuil du réfectoire à sept heures et demie, Rentarou s'étonna de ne trouver personne avant de se souvenir qu'aucun étudiant ne descendrait avant neuf heures minimum. Il prit donc tranquillement son petit-déjeuner en savourant le plaisir de ne pas avoir fait la queue.


    Vers neuf heures, le lycéen géant quitta le lycée seul en regrettant que ses amis n'aient pas les moyens de se payer les billets d'entrée pour assister la cérémonie. En même temps, cela ne changeait pas grand chose. Il n'aurait pas été avec eux. De plus, aucun n'avait paru déçu de ne pas pouvoir venir.


    En retrouvant en face du Tokyo Dome ses équipiers, sans prêter attention aux lieux autour de lui, Rentarou les salua poliment. Ceux-ci firent de même. Nagai se distingua en courant vers lui et en le serrant dans ses bras. Du moins, le garçon enlaça ses cuisses en raison de la petite taille du jeune homme et de l'imposante carrure du lycéen géant. Kurata fit cesser rapidement ces effusions et donna l'ordre d'entrer.


    Entouré par un immense océan d'immeubles et de gratte-ciel, le bâtiment avait une forme ovoïde. D'ailleurs, le lieu était surnommé très fréquemment par le terme de Big Egg. Cela signifiait litéralement Grand Oeuf. Depuis le ciel, on percevait le large toit blanc rappelant les contours d'un œuf. Dans l'environnement proche, on trouvait un parc très boisé. Un couple de promeneurs y entra justement. Près de là s'élèvait un parc d'attractions d'où s'entendait les cris de joie et d'exclamations des visiteurs.


    En atteignant l'entrée, le lycéen géant remarqua que le toit de la structure était soutenue par de hautes colonnes. Néanmoins, celui-ci trouva que ce lieu présentait davantage de ressemblances avec une soucoupe volante, telle que les réalisateurs les montraient dans les dramas ou films de science-fiction, plutôt qu'un œuf.


    Comme n'importe quel japonais de son âge, Rentarou avait entendu parler du Tokyo Dome. Il s'agissait de la plus vaste et célèbre salle de concert de Tokyo. De nombreux groupes et musiciens y jouaient fréquemment. Certains très célèbres dans le monde entier s'y étaient produits mais l'adolescent ne connaissait aucun noms d'artistes venus ici. C'était là le domaine de prédilection de Seiichi. Son meilleur ami semblait s'être fixé comme objectif de retenir le nom de chaque musicien et chanteur qui avait existé depuis la nuit des temps.
    Néanmoins, l'endroit servait aussi à la tenue d'autres événements. Comme le sport ou des courses de truck. Une équipe de base-ball possédait même son terrain ici mais encore une fois, le sujet n'était pas connu de Rentarou.


    C'était donc à l'intérieur qu'avait été convoqué les huit équipes qualifiées pour représenter chacune une des huit régions du Japon. Elles se dressaient sur la scène, chaque membre parfaitement alignés l'un derrière l'autre à la file indienne. L'ordre consistait au buchou à se mettre en tête, suivi du fukubuchou, puis le reste du groupe se plaçait comme leur buchou leur demandait.


    En ce qui concernait l'équipe du Kanto, Kurata était donc devant et arborait une pancarte avec le nom de leur établissement scolaire et de son blason. Derrière suivaient Uegami puis Ogawa. Ensuite le jeune homme aux lunettes rondes avait laissé à ses équipiers la possibilité de choisir eux-même leur place. Cependant il n'y avait guère eu de choix. En raison de leur taille, Raphael et Rentarou étaient obligés de se mettre en bout. Comme l'adolescent aux lunettes sombres mesurait deux centimètres de plus que le français, c'était à lui que revenait le devoir d'être le dernier.


    Rentarou fournit de considérables efforts afin de rester le plus sérieux et de se tenir très droit, les bras les long du corps. Il se retint aussi de plonger ses mains dans ses poches. Néanmoins, le lycéen géant s'ennuyait comme un rat mort.


    Pour tromper l'ennui, il observa discrètement autour et devant lui. Dans la salle, il remarqua une foule assez nombreuse composée pour la plupart d'officiels. Des membres du gouvernement, des membres de la Diète, des gouverneurs et des préfets des différentes régions, des enseignants venus probablement des écoles à laquelle les équipes réunies en ce lieu appartenaient. A cela s'ajoutaient quelques badauds, des journalistes et des photographes.


    Il sembla au jeune homme que les officiels apprécièrent de faire durer l'événement. Chaque fois qu'un d'entre eux parlait, il monopolisait au moins une heure le micro. D'après l'approximation que s'en faisait l'adolescent. En réalité, chaque intervention ne dura pas plus de quinze minutes.


    En regardant toujours autour de lui, il tenta de se souvenir d'où venait les différentes équipes. Après tout, toutes ces personnes proches de lui seraient bientôt ses futurs adversaires. Il pourrait peut-être imaginer une stratégie en obtenant des informations sur eux.

     

    Chacune était classée selon l'ordre géographique du Nord vers le Sud. D'abord venait la région d'Hokkaido représenté par un club de la ville de Sapporo. La région de Tohoku avec un club d'Akito. La région de Chuubu avec Fukui. La meilleure, pensa t-il avec un bref sourire en pensant à l'équipe du Kanto. Celle du Kansai venait ensuite avec un club de la ville d'Osaka. La région de Chuugoku avec Tottori. La région de Shikkoku avec Kouchi. Enfin la région de Kyuushu avec Kumamoto.


    Les huit meilleures équipes du Japon …


    Rentarou avait vraiment hâte de se confronter à elles.


    Après les multiples discours des officiels vantant les mérites du sport et les efforts de la jeunesse, le moment que Rentarou attendit le plus arriva finalement. Il s'agit du tirage permettant de déterminer les matches à jouer pour accéder aux demies-finales du tournoi.
    Avant le tirage, l'organisateur du tournoi, qui était aussi le ministre des sports, expliqua le détail. Au cours de la semaine suivante, il fallait affronter deux des clubs. Toutefois, pour accéder à la phase finale du tournoi, la défaite était interdite. En perdant une seule fois, on perdait le tournoi automatiquement. Également tous les matches devaient être joués même si le premier se soldait par une défaite. Enfin ceux-ci se dérouleraient dans les enceintes des différents lycées et non sur un terrain mis à disposition par les pouvoirs publics.


    Après ces quelques explications, chaque buchou s'avança vers deux grandes urnes. D'abord, il plongeait sa main dans la première et retirait un papier avec le nom d'un des clubs et faisait pareil avec la seconde. Quand ce fut au tour de Kurata, le jeune homme aux cheveux de corbeau tira les noms des équipes de Kouchi et de Kumamoto.


    La cérémonie se clotûra par un rapide mot d'encouragement du préfet de Tokyo. Lorsqu'ils furent enfin libérés, les titulaires de Ryoko Gakuen se séparèrent et rentrèrent.


    Le rythme de la semaine qui suivit s'avéra très rapide. A la fin de la journée de Lundi, les titulaires prirent le train pour se rendre à Kouchi où leur premier match se déroulerait le lendemain. Le lycée de leurs futurs opposants les accueillit cordialement. Ils leur donnèrent des chambres dans l'internat. Rentarou regretta le luxe de sa propre école. Ici, les élèves devaient se partager la chambre à quatre et ne disposaient que pour tout confort que d'un seul lit si dur que le matelas lui semblait être une simple planche en bois, une grande table et une seule armoire.


    Alors que Kurata et ses deux meilleurs amis, Uegami et Ogawa, en prirent une pour eux trois, le reste du groupe se partagea la seconde. La nuit fut très longue. Entre les ronflements de Motoguchi qui lui rappelaient le bruit de la chaudière de son école élémentaire et Nagai qui ne cessait de s'agiter et de parler dans son sommeil, Rentarou éprouva l'envie de la terminer sur le plancher du couloir. Également il n'apprécia pas du tout les repas. On servait tous les jours aux élèves du poisson et la moitié d'un bol de riz. Il ne mangea évidemment que le riz.


    Cependant en ce qui concerna le tennis, tout se passa comme il l'avait espéré. La rencontre entre leur club et celui de ce lycée se fit dans le début de la matinée dirigée par un arbitre officiel. Ils débutèrent par les doubles. Le premier match opposa Nagai et Motoguchi à la première paire locale. Ceux-ci perdirent. Dans le second, Uegami et Ogawa réussirent sans laisser une chance à leurs adversaires. Le fukubuchou analysait le jeu adverse et donnait ses ordres pour marquer des points. Au troisième match, ce fut à Rentarou de jouer. Celui-ci se risqua à utiliser son Invisible Server dès le second jeu qui passa très facilement. Son adversaire, déstabilisé par la prodigieuse rapidité du service, se déconcentra et rata plusieurs fois des coups plutôt simples. Rentarou s'ingénia aussi à le faire courir de tous les côtés. Il réussit à gagner sans avoir perdu lui-même un seul point.


    Raphael conclut la rencontre. Il laissa son opposant marquer le premier jeu puis revint dans la course. Le jeune français para toutes les balles adverses, pourtant très rapides, et les envoya derrière son adversaire. La victoire lui fut acquise par un score de 5-1.


    Après avoir remercié leurs adversaires de cette rencontre et de leur hospitalité, ils assistèrent à une petite fête avec les membres du club de tennis de cette école avant de reprendre la route. Dans le train, Rentarou bailla à maintes reprises. Le peu d'heures de sommeil de cette nuit et les efforts déployés durant son match se faisaient cruellement ressentir.


    En rentrant à son lycée dans la soirée, Rentarou monta rapidement dans sa chambre où l'attendait de pied ferme Seiichi, Shintarou et Takaishi, impatients d'avoir de ses nouvelles.


    - Ca va devenir une habitude de retrouver du monde dans ma chambre, commenta t-il.


    - Rentarou, raconte-nous ! S'il te plaît, raconte-nous !


    Affalé sur le sol de la pièce à réviser ses cours de Biologie, le rouquin se redressa vivement en le voyant entrer et s'adressa à lui à la manière d'un enfant réclamant son histoire avant d'aller coucher. Contrairement à lui, ni Seiichi ni Takaishi ne bougèrent ou ne relevèrent la tête. Le premier était installé au bureau et le second lisait un ouvrage adossé contre le lit.


    - Shin est impatient d'entendre ce que tu as dire, l'informa Seiichi sans lâcher son crayon.


    - Mais toi aussi, Seiichi, riposta Takaishi. Tu as dit cet après-midi que tu avais hâte que Rentarou-kun revienne pour savoir à quoi ressemble Kouchi !


    L'adolescent aux cheveux ébènes ne répondit rien à ce commentaire victorieux. Il reporta sa concentration sur son travail scolaire. Rentarou sourit, toujours aussi amusé par les moments où son meilleur ami se faisait coincer. Tout en se changeant et en mettant son pyjama, le lycéen géant raconta son périple. Shintarou ponctua continuellement le récit par de petits cris étonnés.


    Le lendemain commença comme n'importe quel Mercredi depuis le jour de la rentrée scolaire : l'Education Physique avec les habituels exercices de gymnastique tant honnis par Rentarou. Après deux heures à être tombé et étalé sur le bois du plancher du gymnase, il dut suivre un double cours de Japonais. Le lycéen géant devait redoubler d'attention car Noda pouvait interroger à tout moment un élève pour être certaine que se classe était attentive.

     

    Heureusement, l'après-midi lui offrit un rayon de soleil. A la fin de l'après-midi, c'était la semaine de son cours de Droit. Rentarou n'éprouvait jamais plus de plaisir à étudier une autre matière.


    A la fin de ses cours, le jeune homme aux cheveux de jais sécha l'entrainement de tennis pour aujourd'hui. Il se devait de rattraper le retard accumulé suite à son absence de la veille. Dans la bibliothèque, le lycéen géant recopia les notes prises par Shintarou. Malgré sa confiance totale en son meilleur ami, sauf évidemment dans les matières scientifiques, le rouquin écrivait tout ce que disait un professeur. Dans le cas où celui-ci donnait une quantité infinies de détails tel que Monsieur Tanaka, il fallait bien compter vingt feuilles recto-verso utilisées en une heure.


    Lorsque l'adolescent termina sa recopie, le trio entreprit de réviser le programme d'Histoire depuis le début de l'année en vue des examens jusqu'à l'heure du diner.


    Le jour d'après, Rentarou se réveilla de très bonne heure. Ce Jeudi, l'équipe de Ryoko Gakuen devait livrer son second et ultime match de qualification. En remportant une première victoire deux jours plus tôt, ils avaient parcouru la moitié du chemin et il ne fallait pas se relâcher.


    Cette fois, l'équipe prit l'avion pour se rendre à Kumamoto sur l'ile de Kyuushu. Malgré la mi-Novembre, le climat se révéla très doux et même chaud. Pour des personnes ayant grandi dans la région du Kanto et habitués aux hivers à l'air sec et froid, l'atmosphère était même suffocante. D'ailleurs, ils avaient tous ouverts leurs vestes. La plupart l'avaient retiré et la tenait au bras. D'autres l'avaient noué à la taille ou passé sur leurs épaules. Seuls deux membres du groupes ne ressentaient pas cet effet. D'abord Rentarou qui appréciait toujours les bienfaits du soleil. Plus la température montait, mieux il se sentait. Jouer dans un environnement tropical lui paraissait un cadre idéal. Quant à Raphael, le garçon était coutumier depuis longtemps aux climats tropicaux, à la chaleur et aux différences de température.


    Pour rejoindre le lycée censé les accueillir pour cette rencontre sportive, ils marchèrent dans les rues de la ville. Alors que Kurata et Uegami se repérèrent grâce à une carte, Rentarou regarda autour de lui. Toutefois, son attention se porta plusieurs fois sur le magnifique château fortifié qui surplombait la ville depuis la colline où la bâtisse se dressait. Il se sentait particulièrement attiré par lui.


    - C'est vraiment une ville géniale ! s'écria t-il.


    - Ouais ! Pour fondre comme une glace au four, pesta Nagai en sueur.


    En parvenant au lieu de leur destination, ils furent accueillis par le buchou du club de tennis, quelques membres et un bon nombre d'élèves curieux. Tous allèrent déjeuner. Le repas se passa à l'extérieur sous l'ombre des arbres du parc où ils dégustèrent des ramens. A la suite du repas, il fut décidé de se reposer une heure pour digérer correctement avant de débuter les matches.


    Quand cette fameuse heure fut passée, ils se dirigèrent vers les courts de tennis. Les deux premiers matches se passèrent comme à l'accoutumée. Nagai et Motoguchi perdirent et Uegami et Ogawa gagnèrent. Cependant quelque chose d'intéressant se produisit ensuite.
    Alors que Rentarou avait pénétré sur son terrain et terminait de s'échauffer, son adversaire se révéla. Il s'approcha lentement du filet et dit narquoisement :


    - Ca va aller, Rentarou-kun ?


    En relevant la tête, l'adolescent aux lunettes sombres éprouva un bref moment de surprise qui le figea sur place. Il se ressaisit vite, attrapa sa raquette et serra fort son grip puis se releva. Le lycéen géant s'avança à son tour vers le filet.


    - Cette fois ci, c'est moi qui gagnerait, Katsuo-sempai !


    Matsuda le toisa en souriant toujours narquoisement. Derrière le grillage, les équipiers de Rentarou étaient devenus défaitistes.


    - Il ne gagnera jamais ! Matsuda est trop fort pour lui ! s'exclama Nagai.


    - En plus, on a vu la limite de son potentiel en Septembre, ajouta Ogawa, les bras croisés contre sa poitrine. Il n'a jamais pu surmonter ses défauts en si peu de temps.


    - Raphael et Kurata-buchou vont devoir rattraper ça, fit Motoguchi.


    Mais c'était là mal connaître Rentarou. L'adolescent n'avait pas du tout l'intention de perdre. Il comptait montrer à son ancien mentor tout le potentiel qui existait à l'intérieur de son être et voulait aussi lui prouver ne pas être faible.


    Commençant le premier, il utilisa dès le premier service son Invisible Server. Rentarou jeta sa balle haut dans les airs et la frappa très fort.


    - Trop facile, lâcha Matsuda. Tu n'apprends donc jamais ?


    Le rival leva sa raquette et s'apprêta à intercepter la balle rapide. Il réussit à la frapper mais contre toute attente, elle tourna et retomba au sol.


    - Si, j'apprends de mes erreurs, répondit Rentarou avec un insolent sourire aux lèvres. La preuve, j'ai appris à donner de l'effet à mes balles en moins d'un mois !


    Se remettant en position, Matsuda attendit la prochaine salve. Son adversaire utilisa toujours l'Invisible Server mais changea l'effet utilisé à chacun. Parfois, la balle se contenta de perdre de la vitesse après le coup donné par Matsuda dedans et chuta immédiatement au sol. D'autres fois, elle sembla partir correctement mais s'arrêta net à l'approche du filet et tomba.


    - Comment fais-tu ça ? demanda Matsuda énervé quand il eu perdu le premier jeu.


    - J'ai le don d'imaginer dans l'espace les trajectoires que mes balles et celles de mon adversaire peuvent prendre. Il suffit de me servir de cette capacité pour savoir où envoyer ma balle et avec quel effet.


    En son for intérieur, Rentarou félicita et remercia Shintarou. Grâce à ses entrainements, il avait découvert cette capacité latente en lui et avait appris à l'exploiter à son maximum.


    Lors du second jeu, Matsuda tenta de marquer mais son jeune rival réussit à s'emparer de chacune de ses balles. Il essaya de les lancer le plus loin possible de lui mais celui-ci courut, sauta et plongea pour les obtenir. De plus, l'échange ne dura jamais longtemps. Au moment de frapper, Rentarou plaça sa raquette sous elle à l'horizontale, tapa dedans pour la maintenir dans une trajectoire verticale et utilisa ensuite un puissant smash de toute sa force. Matsuda ne se risqua pas à faire face en raison de la puissance extraordinaire de son adversaire.


    Dans une telle dynamique de jeu, Rentarou réussit à remporter les six jeux d'affillé. Matsuda tomba alors à genoux, lâchant sa raquette.


    - J'ai perdu … contre lui …

    Déposant sa raquette sur le sol, Rentarou alla vers lui. Il enjamba le filet et lui tendit la main.


    - Ce n'était pas un match génial ? fit-il sans la moindre agressivité dans la voix.


    - Je ne veux pas en parler !


    - Moi, j'ai adoré ce match. Pas seulement car j'ai dominé et gagné. Simplement parce que c'était du tennis. Du tennis intensif où on voulait tous deux le point. Ca me rappelait ces jours-là. Les jours tu m'apprenais le tennis et où seul jouer comptait pour toi.


    En se souvenant effectivement de ce moment de son enfance, Matsuda ne dit rien et garda la tête baissée.


    - Moi, je joue au tennis car j'adore le tennis. Bien sur, gagner est important. Je n'aime pas perdre. Cependant j'aime surtout les matches où je peux utiliser mon potentiel, me dépasser et voir jusqu'où je suis capable d'aller. En vérité, si je joue au tennis, c'est parce que c'est amusant.


    Cette dernière phrase chamboula totalement Matsuda. Celui-ci confirma mentalement la véracité de l'affirmation. Oui, le tennis était vraiment amusant. Mais il avait oublié de s'amuser en prenant la décision de s'entrainer dur pour intégrer le monde professionnel de ce sport et n'avait plus vu que les moyens les plus rapides pour atteindre son but.


    - C'est chouette de devenir pro ! C'est chouette d'être amateur. Cependant je pense qu'importe où on se situe entre les deux, le principal est de conserver la passion en son cœur.


    En redressant la tête, Matsuda croisa le regard de son ami d'enfance. Il pesta intérieurement et trouva humiliant de recevoir une leçon de morale de quelqu'un ayant deux ans de moins que soi. Toutefois, il accepta de prendre cette main tendue.


    - Merci, murmura t-il en se relevant.


    Sur ce, il se retira immédiatement. Rentarou quitta en silence le court après avoir récupéré sa raquette. Ses équipiers le félicitèrent de sa magnifique et impressionnante victoire. Raphael joua son match à son tour et gagna lui aussi mais à la suite d'un Tie-Break serré.


    La rencontre s'acheva dans la conviviabilité. Les deux équipes se saluèrent et se remercièrent. Les lycéens locaux invitèrent ceux de Ryoko Gakuen à passer la nuit chez eux. Ils firent alors la fête ensemble toute la soirée et durant la moitié de la nuit. Rentarou ne prit pas part aux festivités. Il s'éloigna pour parler avec son ami d'enfance. Tous deux conversèrent durant la totalité de la nuit.


    Le lendemain, les représentants de Tokyo reprirent l'avion et revinrent au lycée vers onze heures. Rentarou sécha le cours de Chimie de l'après-midi pour rejoindre Seiichi à la bibliothèque et recopier les cours manqués laissés à son intention par le singe à poil roux. Pendant sa retranscription, il raconta son aventure à son meilleur ami qui avait cessé de s'intéresser aux fleurs du Japon pour l'écouter.


    Pendant le week-end, rien d'inhabituel ne se produisit. Les Sanonis le passèrent ensemble à la maison de Tyro. Entre quelques parties de jeux vidéos et des matches de tennis, ils révisèrent. Seul le moins érudit du trio s'en plaignit mais ses deux amis savaient parfaitement ignorer ses lamentations sans fin.


    En début de matinée à la suite de ces deux jours de congés, Rentarou et Seiichi agirent comme à l'accoutumée. Après le déjeuner, ils s'apprêtèrent à gagner le bâtiment des cours quand l'adolescent aux cheveux de jais s'immobilisa.


    - Seiichi, tu as oublié d'y aller.


    - Où ? répondit son meilleur ami en feignant de ne pas comprendre.


    - A l'infirmerie. Normalement, tu y vas le matin avant de manger pendant que j'attends à la cantine pour avoir notre part !


    - J'irais plus tard.


    - Seiichi ! Haruko-sensei veut te voir chaque jour ! rappela t-il sévèrement.


    - Je n'en ai pas besoin, tu le sais bien, répliqua le jeune ninja avec ennui.


    - Je sais. Mais tu es obligé. Alors fais-le.


    Ne supportant pas de ne pas avoir le dernier mot dans une discussion, surtout dans le cadre d'un désaccord, Seiichi n'entendit pas en rester là.


    - Soit. Pendant ce temps, tu n'auras qu'à réviser ton Anglais. Après tout, il y a un contrôle ce matin et Aizawa-sensei a laissé sous-entendre qu'il serait oral.


    Comme il s'y attendait, Rentarou devint tout de suite beaucoup moins véhément et se décomposa.


    - Oh non ! Ca va être encore moi qui vais être interrogé !


    - D'après ce que j'ai compris de ses insinuations, elle va utiliser le texte de la page 55 du manuel.


    - C'est vrai ? Eh bien, je file tout de suite réviser en t'attendant à la salle des casiers !


    Rentarou laissa aussitôt son ami sur place et partit en courant. Seiichi le regarda détaler comme un lapin. Un sourire narquois se dessina sur son visage. Ce petit tour l'amusa beaucoup. En réalité, ce contrôle était écrit. Rentarou se débrouillait à comprendre et à rédiger un texte en anglais même si son niveau restait celui d'un collégien.


    Satisfait par cette amusante farce, Seiichi se rendit à l'infirmerie. Il poussa la porte et trouva Haruko qui semblait l'attendre.


    - Je croyais que tu essayais encore de m'éviter, dit-elle en posant un regard suspicieux sur le garçon s'approchant d'elle.


    - Moi ? Jamais, Haruko-sensei !


    L'infirmière se retint de lever ses yeux vers le plafond et de soupirer suite à cette affirmation ô combien fausse. En début d'année, quand elle lui avait imposé de venir la voir chaque matin, celui-ci avait refusé. D'ailleurs, il ne venait pas. Elle avait dû parler avec son professeur titulaire pour que le jeune ninja accepte l'idée de se soumettre à cet examen médical quotidien.


    - Je vais bien maintenant, Haruko-sensei. Je pèse cinquante-deux kilos. Je suis malade une semaine par mois, voir deux, depuis Septembre, mais à part cela, tout est normal.


    - Tu me caches quelque chose, Seiichi-kun, et je le sais, riposta t-elle. C'est pourquoi je veux t'examiner chaque jour pour détecter ce que c'est et m'assurer que tu es en bonne santé.


    - Mon corps fonctionne normalement.


    Haruko se fâcha en entendant cet argument et lui cria :


    - Seiichi-kun ! Tu étais anémié quand tu es arrivé ici ! Ca n'arrive pas sans raison !


    - C'est normal quand on ne mange pas pendant deux semaines.


    Seiichi n'avait pas fait attention en prononçant ces paroles. Il en avait parlé naturellement si Tyro ou Rentarou lui avait posé une question sur un sujet qu'ils cherchaient à comprendre.


    - Qu'est-ce que tu as dit ? s'enquit Haruko.


    Blême, la jeune femme avait diminué le son de sa voix. Cela permit à l'adolescent de réaliser ce le sens de ses propos. Cela le surprit mais ne l'inquièta pas. Plus maintenant. Il aimait beaucoup Haruko et il avait souvent eu envie de lui avouer la vérité.


    - Mon père me prive de nourriture quand je fais une bêtise.


    En réalisant que son protégé se confiait à elle, Haruko se maîtrisa et le laissa parler.


    - Il me bat aussi.


    D'un ton de parfaite neutralité, comme s'il narrait les événements d'un des nombreux romans lus par l'adolescent et non sa propre existence, Seiichi lui conta sa terrible enfance. Il décrivit ses entrainements intensifs, ses conditions de vie spartiates pour obtenir le respect et la reconnaissance de son père, les punitions infligées et pour quelles bêtises elles correspondaient. Le jeune homme raconta le déclic l'amenant à comprendre que son père n'était pas une personne à adorer mais à haïr et lui parla même de son grand-père.


    - C'est horrible tout cela, Seiichi-kun, murmura t-elle.


    S'étant approchée de lui, Haruko caressa doucement la joue du jeune homme. Celui-ci ne lui dit rien et ne la repoussa. Il trouva le contact agréable. C'était la première fois de toute sa vie que le jeune homme recevait une marque d'affection.


    - Seiichi-kun, il y a des gens qui peuvent intervenir dans ce genre de situations.


    - S'il vous plaît, ne faites pas, réclama t-il en fronçant les yeux avec austérité.


    - Seiichi-kun, tu n'as pas à avoir peur.


    - Je n'ai plus peur du tout, répliqua Seiichi sèchement. Je veux être comme Rentarou !


    - Qu'est-ce que Rentarou-kun à voir là dedans ? s'étonna l'infirmière.


    - Rentarou dit qu'il veut voir ses limites jusqu'à quand il sortira du lycée. Moi aussi, je veux connaître mes limites. Je veux savoir jusqu'où je suis capable d'aller seulement par moi-même.


    - Seiichi-kun ! Qu'as-tu l'intention de faire ? exigea t-elle de savoir.


    - Je compte travailler le week-end et lors de mes vacances pour gagner de l'argent. Je veux aller l'université et étudier la littérature et la psychologie.


    Il marqua une légère pause et reprit de suite :


    - J'ai toujours vécu sous les ordres de ma famille. Ensuite je laissais mes amis décider pour n'importe quel choix sans m'investir réellement. A partir de maintenant, je veux prendre ma vie en main et avoir le contrôle sur elle !


    A travers le regard pétillant de vie de l'adolescent, Haruko comprit que son jeune protégé était réellement déterminé à poursuivre sur cette voie. Elle s'inquiéta de cette décision très longtemps mais se résolut à le laisser vivre selon ses propres choix.
    A partir de là, plus aucun événement sortant du cadre habituel ne fut à retenir jusqu'à la fin de semaine. Lors d'une réunion entre titulaires, Rentarou apprit enfin quand il jouerait à nouveau.


    A présent que la phase des préliminaires s'était achevée Vendredi dernier, les organisateurs avaient examiné les résultats et déterminé qui accéderaient à la phase finale. Parmi toutes les équipes en lice, trois seulement étaient parvenus à se qualifier en respectant le principe de la défaite interdite. Il s'agissait du club représentant Osaka, de celui de Sapporo et celui de Ryoko Gakuen.


    Comme il manquait une quatrième équipe pour jouer deux-finales, le tirage au sort détermina le nom de l'équipe qui obtiendrait le droit de sauter le prochain match et d'accèder directement à la finale.


    Osaka fut choisie pour bénéficier de ce privilège. Il ne restaou donc plus aux titulaires de Ryoko Gakuen à affronter leurs homologues de Sapporo dans deux jours pour rejoindre eux aussi les élus en Février.


    En rentrant dans la soirée dans sa chambre, la première chose qu'avait faite Rentarou était de prendre son ordinateur sur sa commode et le poser sur son bureau. Il le démarra, se connecta rapidement à Internet et fit quelques recherches sur ses futurs adversaires. L'adolescent lut le profil de chaque joueur lorsque son attention fut retenue par l'un d'eux et relut en détail sa fiche. Le lycéen géant remonta la page au niveau des écoles fréquentées, fit un copier/coller de l'un des noms et accomplit une autre recherche.


    Une fois ses soupçons confirmés, un sourire illumina son visage. Il se déconnecta ensuite et ferma l'ordinateur avant de le remettre à sa place puis s'attaqua à la recopie de ses dissertations en Économie et en Histoire à rendre pour le lendemain. A la fin de cette tâche, le jeune homme se coucha.


    Lors de la soirée suivante, Rentarou quitta sa chambre la mine basse, traversa tout le couloir du premier étage de l'internat et frappa à la porte de Shintarou de sa main gauche. Son geste relèvait d'une pure politesse et d'un réflexe montrant sa bonne éducation. Son ami roux était si absorbé par ses jeux, mangas et DVDs le soir que celui-ci n'entendit pas le bruit. Il ouvrit donc la porte sans attendre la réponse.


    En pénétrant dans la pièce obscure éclairée uniquement par la lueur de la télévision, l'adolescent s'avança vers son camarade. Ce soir, celui-ci s'occupait avec un jeu vidéo de plate-forme. Il jeta un regard à la grosse boite carrée posée au sol. La distance entre celle-ci et la télévision était équivalente à celle entre la boite et l'adolescent, assis en tailleur sur le sol. Cette boite était en faite une console sortie une dizaine d'années plus tôt se nommant GameStation. Elle permettait de lire un jeu et de le retransmettre sans utiliser un seul fil. Même la manette utilisée par le joueur en était dépourvue. Il savait que cette console se déclinait en quatre versions mais ne possédait pas beaucoup de connaissances dans ce domaine.


    Par ailleurs, il avait uniquement reconnu l'engin car une réplique similaire trônait toujours dans le salon des Sakumai et occasionnait des disputes perpétuelles entres les différents membres de la fratrie. Même Kenichi. A chaque fois qu'il se retrouvait confronté à cette nouvelle forme de pugilat, Rentarou n'intervenait pas. Il allait s'asseoir sur le canapé et un fauteuil, prenait un livre ou un magazine qui trainait, et attendait que cela passe.


    - Shin ! cria Rentarou suffisamment pour couvrir la musique forte du jeu.


    - Deux minutes ! Faut que je trouve une sauvegarde !


    Croisant les bras contre sa poitrine et battant la mesure avec son pied gauche, l'adolescent du se retenir de ne pas arracher la prise de la télévision. Au terme d'une dizaine de minutes, le petit rouquin sauvegarda enfin sa progression et mit son jeu sur pause.


    - Rentarou ! C'est toi ? s'exclama t-il en se retournant.


    L'adolescent aux cheveux de jais avait beau savoir que son ami ne prêtait attention à rien quand il était plongé dans son monde intérieur, cela l'étonnait toujours. De plus, il pensait être suffisamment reconnaissable. Très peu de gens pouvaient prétendre posséder une voix comme la sienne.


    - Non, c'est le Pape.


    - Qui ça ?


    - Laisse tomber, soupira t-il. Shin, j'ai un service à te demander.


    - Un service ? Que moi je dois te rendre ?


    - Tu n'es pas obligé d'accepter. Tu es libre, tu sais.


    - Mais moi je suis prêt à t'aider, Rentarou, si tu en as besoin ! Qu'est-ce que c'est ?


    Le jeune homme à lunettes sombres demeura silencieux plusieurs minutes. Utilisant sa main gauche, il toucha son épaule droite puis prit ensuite la parole en cherchant ses mots.


    - Je me suis blessé ce soir à l'entrainement.


    - Quoi ? Mais tu as un match demain !


    - Je le sais très bien. Il me faut un remplaçant.


    - Demande à Seiichi ou Tyro. Ils seront ravis de jouer un match officiel. Surtout Tyro !


    - J'y avais pensé, reconnut Rentarou. Cependant buchou ne voudra jamais. Il me faut quelqu'un de très fort mais dont il ignore la puissance. Quelqu'un dont il ne se méfie pas.


    Le visage de Shintarou se voilà et son échine se courba en entendant ces paroles.


    - Et tu as pensé à moi.


    - S'il te plaît, Shin, tu es le seul à pouvoir le faire ! Tu es plus fort que Seiichi !


    L'argument fit mouche et titila l'égo du rouquin. Celui-ci redressa la tête.


    - Après tout, ce n'est qu'un match de tennis. D'accord. Je vais jouer à ta place.


    Le visage de Rentarou s'illumina de cette réponse positive.


    - Super ! Alors on se retrouve à la cantine à huit heures. D'accord ?


    Son camarade approuva d'un signe de tête. Rentarou le salua et lui souhaita une bonne nuit avant de le laisser revenir à sa partie. Il retourna rapidement à sa chambre et s'assit sur le bord du lit.


    - Cela a fonctionné ? demanda Seiichi assis sur la chaise.


    - Oui, le poisson a mordu à l'hameçon.


    Les deux meilleurs amis partagèrent un sourire de connivence lorsque que Rentarou fit une grimace de douleur.


    - Enlève-moi ce truc, Seiichi ! Ca fait mal !


    Son meilleur ami s'approcha de lui pendant que Rentarou déboutonna sa chemise et la retira. L'adolescent aux cheveux ébènes enleva une petite brosse avec des piques au bout qu'il avait lui-même installé pour rappeler à son camarade de ne pas bouger son bras droit et simuler ainsi une blessure.


    - Il faut être très motivé pour endurer un tel supplice. .


    - Il faut surtout aider les jeunes pousses à mûrir et à s'épanouir, corrigea Rentarou. Shin a besoin qu'on l'aide pour surmonter son traumatisme.


    - Nous influerons aussi sur une seconde pousse, ajouta Seiichi. Quand celui auquel je pense découvrira notre ruse, il réagira certainement. Cela devrait le faire évoluer lui aussi.


    - J'ai hâte d'être à demain, s'exclama Rentarou avec impatience.

     

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