• Chapitre 49

    Chapitre 49


    Pour célébrer la victoire de leur club en demie-finale du tournoi national, la bande s'était réunie juste après dans le fastfood le plus proche. En chemin, Tyro avait appelé les deux derniers membres de la bande qui n'étaient pas encore présents sur les lieux afin de les y convier. Ils s'étaient gavés tous d'hamburgers, de frites et de milshakes et avaient raconté toutes sortes d'histoires en mangeant, dont le sujet n'avait souvent, presque toujours, aucun rapport avec l'objet de leur petite célébration.


    Peu à l'aise dans ce genre d'ambiance, Raphael avait essayé de s'échapper mais Shintarou était intervenu à chaque tentative pour lui demander de rester en sa compagnie. Il avait tellement agi comme un petit enfant qui argumentait avec ses parents que cela eut raison de la longue patience du jeune français. Très vite fatigué, celui-ci s'engagea à rester jusqu'au bout. Seul Tyro fronça les sourcils en entendant cette décision mais eut la politesse de ne pas faire de scandale et accepta le choix de son ami à la masse abondante de cheveux roux.


    Quand ils quittèrent le restaurant, Kou proposa de poursuivre les festivités dans un karaoké. Bien que Rentarou détesta l'idée, il n'émit aucun avis négatif. De toute manière, celui-ci n'aurait guère compté. Dans l'esprit de la démocratie, une voix contre six revenait à perdre. Ils payèrent trois heures pour réserver une salle pour eux et allèrent s'installer dans les confortables canapés et fauteuils mis à disposition des clients dans cette salle. Tyro, Takaishi, Shintarou et Kou furent les premiers pour commencer à chanter. Tous les quatre ne cessèrent de se passer le micro sans fin.


    - Ce n'est pas très rigolo, dit Kou subitement. Nos amis ne font que regarder.


    - Ah oui ! Eh bien, la prochaine, c'est pour Rentarou, proposa Tyro. Je vais en mettre une facile !
    Sans attendre l'accord ou la réaction de son meilleur ami, l'adolescent enregistra la sélection de la chanson dans le lecteur et retourna s'asseoir.


    - Je passe, refusa Rentarou énergiquement.


    - Très bien. Alors on décide d'un gage, décida Takaishi. Il faut en trouver un chouette !


    - J'y vais !


    Rentarou se leva d'un seul bond. Il n'avait pas changé d'avis pourtant. Il n'aimait pas chanter, ou plutôt détestait serait un terme plus correct. Cependant dans l'assistance il se trouvait une insupportable personne connaissant la moindre de ses failles et qui s'arrangerait pour lui trouver le gage qui l'humilierait et le rebuterait le plus. Le jeune homme s'avança vers l'écran en face du micro et lut le titre de la chanson choisie par Tyro. Nanatsu no Ko. Celle que connaissait tous les écoliers du pays. Il prit le micro en se disant que ce n'était qu'un court et désagréable moment à passer.


    - Maman Corbeau, pourquoi est ce que tu cries ? Parce que là-haut sur la montagne, j'ai sept enfants mignons !


    L'adolescent débuta à peine de chanter les deux premières phrases que tout le monde se boucha les oreilles. Sa voix grave au chant produisait une sorte de larsen. En résumé, il chantait complètement faux. Le lycéen géant acheva à peine la troisième ligne que Seiichi lui arracha le micro de mains.


    En allant se rasseoir, Rentarou écouta, comme ses amis, son meilleur ami chanter à sa place. Le timbre de Seiichi le surprenait énormément. De sa bouche sortait la plus belle et la plus douce mélodie que ses oreilles n'avaient jamais entendu. Sa voix féminine devenait si légère et semblait le transporter dans un autre univers. Cela rappela les berceuses de sa mère mais en mieux, infiniment mieux. Si les anges existaient réellement, pensait-il, ceux-ci devaient s'exprimer avec cette même voix gracieuse et enchanteuse.


    - Génial ! s'écria Shintarou en applaudissant.


    Le teint du jeune ninja rosit des compliments de ses amis. La soirée se poursuivit aussi joyeusement mais plus personne n'eut de nouveau l'idée saugrenue de demander à Rentarou de répéter son tour de chant.


    Dimanche s'annonça beaucoup moins festif. En raison des examens du second trimestre se déroulant approximativement dans trois semaines, ils consacrèrent leur jour de congé à réviser.
    Tyro réussit l'exploit de passer la journée complète dans sa chambre à étudier ses cours de Littérature et de Japonais sans toucher une seule fois à sa console.

     

    Au lycée, Rentarou et Seiichi restèrent ensemble dans la chambre de l'un ou de l'autre et s'interrogèrent mutuellement pour vérifier l'étendue de leurs connaissances et quels domaines réviser. Shintarou travailla à la bibliothèque avec une montagne impressionnantes d'ouvrages et documents sur sa table. D'ailleurs, il était impossible de s'asseoir à ses côtés ou face à lui. Le rouquin occupait tout l'espace. Takaishi révisa en compagnie de Kou qui l'hébergeait temporairement. La sœur du jeune homme avait invité des amies pour la journée et ces demoiselles empêchaient l'adolescent de se concentrer sur son travail.


    Le Lundi matin arriva bien vite dans ses conditions. Rentarou se leva comme à l'accoutumée en saluant la photographie de sa mère, il sortit en prenant son uniforme et alla rejoindre son meilleur ami dans la salle de bain. Après s'être lavés, avoir déjeuné et accomplis tous les rituels du matin, les deux adolescents traversèrent la cour gagner le bâtiment des cours. Ils allèrent prendre leurs affaires dans leur casier et montèrent au second étage.


    Les cours de la matinée se passèrent plus ou moins normalement. En Japonais, Noda apporta aujourd'hui une petite innovation pour l'heure de ce jour. Elle décida d'interroger quelques uns de ses élèves sur les ouvrages qu'ils avaient lu et fourni un compte-rendu dessus. Elle choisit elle-même lesquels interroger. Naturellement, fidèle à sa réputation de paratonnerre à poisse, Rentarou fut le premier à être appelé. L'enseignante lui demanda de lui parler du roman Yukiguni écrit par Kawabata Yasunari. N'ayant jamais lu une ligne de cet ouvrage, il aurait pu être très embêté dans une telle situation. Cependant le lycéen géant avait l'inestimable chance de disposer d'une mémoire très performante enregistrant une information dès qu'il la lisait ou l'écrivait. Il raconta donc assez facilement avec ses propres mots l'histoire et les relations entre les personnages et s'en sortit très bien. En comparaison, ses trois condisciples qui le suivirent eurent beaucoup de mal à rassembler leurs souvenirs. Ils oubliaient beaucoup de choses importantes de l'intrigue et confondaient les noms de certains personnages.


    Pendant l'heure suivante, l'ensemble de la classe planchait à réfléchir sur les inéquations que leur donnait leur professeur titulaire. Pour chaque résolution, Hashimoto appelait un de ses élèves au tableau. Seiichi surprit tout le monde encore une fois. Il termina d'écrire ses calculs, entoura le résultat d'une craie rouge et demeura immobile, les bras le long du corps, la tête baissée vers le sol.
    Étrangement, l'enseignant ne dit absolument rien.


    - J'ai faux, Hashimoto-sensei, n'est ce pas ? dit-il finalement d'une voix monocorde.


    - En fait, c'est parfaitement juste, répondit-il en souriant.


    Relevant la tête vers le tableau, Seiichi avait du mal à le croire. Au moins, cela changeait plutôt que d'entendre ses professeurs se désespérer ou lui crier qu'il était nul. Le jeune ninja espéra pouvoir regagner sa place mais Hashimoto ne le lâcha pas ainsi et le fit participer encore jusqu'à la fin du cours au grand désarroi de l'adolescent. Il lui fallait entre dix à quinze minutes pour résoudre une inéquation. D'abord pour comprendre comment le faire et ensuite détailler les calculs sans commettre d'erreurs.


    De sa place, Rentarou éprouvait beaucoup de fierté et de joie pour son meilleur ami. Il avait travaillé très dur pour parvenir à ce résultat. Son niveau demeurait très bas et manquait toujours de logique dans ses raisonnements et ses calculs. Cependant au vu des heures passées à ses côtés et aux énormes erreurs accumulés, le lycéen géant se sentait assez fier d'avoir réussi à lui inculquer un peu de son savoir.


    A la fin du cours, Rentarou se sépara de Seiichi pour rejoindre la salle d'Economie non loin de là avec Shintarou. Il s'ennuya toute l'heure à écouter son professeur leur expliquer les complexes mécanismes du marché financier et surtout à en prendre des notes.


    Avant d'entrer au lycée, Rentarou avait pensé qu'étudier un tas d'options serait le mieux. Cela lui permettait d'être vu comme un étudiant sérieux et cela rapportait des points supplémentaires à ses résultats. De plus, chacune de celles choisies l'intéressait beaucoup ou au moins l'amusait. C'était surtout le cas pour la Chimie où il pouvait parler avec ses amis. Mais l'Economie … Il n'aurait jamais cru qu'il pouvait exister pire matière que l'Anglais.


    Certes, ses résultats atteignaient les 98% en cette matière alors qu'il dépassait très difficilement les 50% avec celle de la langue de Shakespeare. C'était un point positif. Cependant le lycéen géant n'avait pas envie de s'endormir en Anglais. Il ne fallait mieux pas. Aizawa n'aurait jamais apprécié de découvrir un élève dormant pendant un de ses cours. Or, en Économie, surtout lors du cours du Vendredi en première heure de la matinée, le jeune homme luttait souvent pour ne pas s'allonger sur sa table et roupiller jusqu'à ce que la sonnerie retendisse.


    Après avoir quitté le professeur le plus soporifique du lycée, Rentarou descendit au second étage en compagnie de quelques autres élèves de sa classe. Ils rejoignirent la salle d'Anglais où leurs camarades étaient déjà installés. Sans surprise, Aizawa interrogea le lycéen géant une quinzaine de minutes avant la fin de son cours pour lui demander de parler du texte abordé en début de mois. Par chance, il avait révisé hier soir ses fiches sur lesquelles il avait rédigé un petit résumé des textes étudiés en Anglais. Il réussit à ressortir quelques phrases sur le sujet. Toutefois, le jeune homme hésita avant de prononcer chacune d'entre elles et vérifia mentalement si la structure grammaticale était correcte. Son intonation était affreusement lente et dépourvu du moindre accent anglais.
    Au début de la pause accordée pour le déjeuner, Shintarou quitta ses deux amis très pressé.


    - Je vous rejoins tout de suite ! Un truc à faire ! avait-il dit en partant.


    - Il va voler de la nourriture aux cuisines, prédit Seiichi en avançant vers l'escalier.


    - Je ne pense pas, réfuta Rentarou. Pour aller aux cuisines, il faut passer par l'escalier qui est sous les pieds des cantinières au réfectoire. Il y a trop monde en ce moment pour y aller.


    - Shin est un malin. Je suis certain qu'il sait se faufiler sans être vu malgré la foule.


    Seiichi avait tort. Le petit singe à poil roux n'avait pas du tout pris la direction pour se rendre au réfectoire. Il était resté au second étage,près des escaliers, où se situait les différentes classes de langues. Le rouquin s'arrêta au devant celle de Français. La porte était fermée ce qui était inhabituel à l'heure du midi. Normalement, les étudiants japonais laissaient la porte de la salle en mangeant tous ensemble à l'intérieur. Shintarou l'ouvrit et aperçut seulement Raphael assis à sa table en train d'avaler un sandwich. Il s'approcha de lui.


    - Shintarou ? fit-il en posant son sandwich sur sa table.


    - Raphael, viens manger avec nous !


    - Ce n'est pas une bonne idée. Même si tes amis n'ont rien dit la dernière fois, ils ne m'apprécient. Je ne veux pas te causer d'ennuis par ma faute.


    - Il y en a peut-être qui ne t'aiment pas parmi mes amis, reprit Shintarou en devenant sérieux, mais si tu viens avec moi, ils ne te diront rien parce que nous sommes amis justement !


    - Je ne te suis pas, Shintarou, avoua Raphael troublé.


    - Dans notre bande, il y a des moments où nous avons des désaccords. Cependant nous nous respectons malgré ça et acceptons nos différences et nos avis différents. Il peut y avoir une personne que nous n'aimons pas. On ne dit rien ou presque car celle ci est l'ami d'un ami. Je peux bien parler de ça. Au début, Seiichi et moi, on se détestait. On passait notre temps soit à s'ignorer soit à se lancer des piques. Également, il y avait Rentarou qui s'entendait mal avec Kou même si lui ne montrait pas son hostilité. A présent, tous les six sommes devenus tous amis et nous entendons bien.

    Peu habitué au concept de l'amitié, Raphael resta encore très gêné.


    - Je ne veux pas vous déranger, murmura t-il.


    - Tu ne nous dérangeras pas. Allez, viens ! S'il te plaît ! S'il te plaît !


    L'adolescent perdit toute trace de sérieux et de maturité sur son visage. Il se comporta à nouveau en un petit garçon terriblement excité et suppliant. Raphael finit par céder. Shintarou sourit. Son ami ne savait pas lui refuser grand chose. Le rouquin le guida jusqu'à la salle de Droit du troisième étage, une partie que le français ne connaissait pas. Le jeune homme se rendait à cet étage seulement pour assister aux cours de Mathématiques, n'étudiant aucune matière optionelle scientifique.


    En passant le seuil de la porte, Seiichi fut le premier à leur adresser la parole :


    - Ah ! Te voilà enfin, Shin ! Comme tu tardais, j'ai pris ta part. C'était délicieux. Un vrai régal !


    Levant ses yeux en direction du plafond, le rouquin savait très bien que son camarade blaguait. Aucun membre de leur groupe ne toucherait à une part réservée à l'un des leurs. Il s'avança dans l'intention de frapper la tête de son détracteur mais n'eut pas le temps de le faire. Sa main s'approcha à peine de sa nuque que l'adolescent aux cheveux ébènes la saisit vivement et le fit passer au-dessus des têtes de leurs amis avant de s'écraser au sol.


    - Quand comprendriez-vous qu'il est impossible de m'avoir par surprise ? déplora le jeune ninja.


    - C'est vraiment impressionnant, songea Takaishi, même après l'avoir vu plusieurs fois.


    - Et encore ! Le mieux, c'est quand il a envoyé à terre Rentarou un jour où il voulait prendre Seiichi par surprise pendant que je jouais contre lui à un jeu vidéo, s'esclaffa Tyro.

     

    Rentarou, qui n'avait nullement l'envie d'entendre à nouveau cette histoire et encore moins qu'elle soit connue de ses amis, jeta un regard de travers à son meilleur ami et se concentra sur l'ingestion de sa part de riz.


    - C'est très vivant ici.


    Resté sur le seuil de la porte encore ouverte, Raphael avait observé la scène entière s'étant déroulée sous ses yeux en silence. Aucun jugement ne lui vint à l'esprit. Il s'agissait juste d'événements parfaitement normaux pour lui. Le jeune homme avait déjà assisté à plusieurs reprises à des discussions de la petite bande, toujours de loin évidemment, et elles ressemblaient à chaque fois à ce qui se passait actuellement à l'intérieur de cette salle.


    - Qu'est-ce que tu fais là, toi ? s'écria Tyro qui avait tourné la tête en entendant Raphael parler.


    - Tu viens seulement de remarquer Raphael-sempai? Il est entré en même temps que Shin mais est resté à la porte sans la fermer.


    - Comment tu sais ça ? s'étrangla presque Rentarou. Tu es le seul qui tourne parfaitement le dos à la porte et tu n'adresses aucun regard quand quelqu'un entre !


    Sans se départir de son approche impassible, Seiichi exposa ses déductions.


    - Il y avait deux bruits de chaussures. Le premier, il s'agissait des baskets de Shin à cause des cailloux toujours coincés sous les rainures de sa semelle. La seconde, d'une paire de chaussures sans le moindre défaut, donc très bien entretenue, probablement même cirée tous les jours. Enfin il n'est pas dur de savoir qui a ramené Shin. Il fallait que ce soit un ami dont il soit très proche et cela ne pouvait être que Raphael-sempai.


    L'adolescent aux cheveux ébènes but un peu d'eau après avoir fini l'exposition de ces faits laissant ses amis pantois.


    - En passant, Raphael-sempai, pourrais-tu fermer cette porte ? Je suis sujet aux refroidissements et je sens l'air venir sur moi.


    Muet lui aussi de cette talentueuse démonstration de raisonnement, Raphael s'excusa brièvement et referma la porte. Entretemps, Shintarou retrouva son naturel assez vite et le rejoignit pour l'introduire auprès de ses amis. Ceux-ci l'acceptèrent de le convier à leur repas, comme l'avait prédit le rouquin, puisqu'il était un précieux ami de Shintarou. Toutefois, pour ne pas provoquer de tension inutile, Raphael s'assit à côté droit de Rentarou et non à gauche de Tyro.


    Très vite, la conversation reprit naturellement.


    - Tu sais, Seiichi-kun, tu es très étonnant, s'exclama Takaishi. Posséder un sens de l'ouïe si développé est prodigieux !


    - Ce n'est pas prodigieux du tout, réfuta-t-il en cachant son amertume. N'importe qui ayant suivi un entrainement de ninja en ferait autant.


    - Ca n'ait pas donné à tout le monde quand même, fit Kou.


    - Quand tu vas au cirque, tu admires des animaux qui font des choses extraordinaires, n'est ce pas ? Pourquoi le font-elles d'après toi ?


    - Parce qu'il y a de mauvais humains forcent les animaux à faire des choses qu'ils n'ont pas besoin de faire !


    La réponse avait fusé immédiatement du cœur de Shintarou.


    - Mais c'est amusant à voir et impressionnant, dit Tyro. En plus, il y a des services vétérinaires qui existent, non ? Ils doivent prendre soin que les animaux ne soient pas maltraités je crois.


    - Ils sont parqués dans cages et montrés pour le seul plaisir des humains cupides ! Leur vraie place est dans la nature à l'état sauvage !


    Seiichi sourit avec malice en écoutant la complainte du rouquin. Il ne s'était pas attendu à une réaction aussi vive de sa part et ne l'avait pas espéré. D'ailleurs, le jeune homme comptait répondre sincèrement aux interrogations de Kou et Takaishi.


    L'adolescent aux cheveux ébènes avait seulement posé cette question sur les animaux pour se comparer à eux. Tel un petit chien dressé pour monter la garde ou faire des tours, il avait été dompté pour être un ninja. Ce raisonnement constituait l'essence même de sa réponse à quoi consistait l'éducation. Élever un enfant était lui transmettre les valeurs que l'on glorifiait et celles que l'on honnissait. Il s'agissait d'un constant bourrage de crâne que subissait sans cesse le jeune être en formation. A son terme, celui-ci finissait par ressembler à ce que ses parents voulaient ce que leur rejeton soit.


    Cependant l'intervention de Shintarou venait de changer totalement le sujet de la conversation. Il ne s'en plaignit pas et avala un autre morceau de poulet en écoutant ses amis avec le sourire.


    - Quand j'étais petit, j'ai visité un zoo et les animaux avaient l'air bien, songea Rentarou.


    - Mais ils ne l'étaient pas !


    Révolté, Shintarou ne compta pas s'arrêter là. Cependant quelqu'un ne lui laissa pas ce choix. Raphael posa sa main sur le haut de son crâne roux.


    - Suffit. Calme-toi maintenant.


    - Ouais … , marmonna le rouquin encore un peu ronchon.


    L'ensemble du groupe adressa un regard de remerciement à l'égard de Raphael pour avoir su calmer si facilement et rapidement Shintarou. Tyro siffla même d'admiration devant cet exploit. Il décida ensuite de poursuivre la conversation en l'orientant vers un thème sur lequel le tennisman était intarissable.


    - L'équipe d'Osaka que Ryogaku va affronter en finale, comment est-elle bonne ?


    - Excellente. Une grande partie des joueurs de ligue Senior du Kansai que j'ai côtoyé au collège sont entrés dans le lycée auquel appartient le club que notre équipe va rencontrer bientôt. D'après ce que j'ai entendu, leur établissement favorise grandement le tennis.


    Immédiatement, toutes les têtes pivotèrent en direction de Seiichi.


    - Le niveau doit vraiment être très élevé, s'exclama Takaishi. Pour entrer en ligue Senior, un collégien doit avoir un niveau qui dépasse celui des enfants de son âge !
    - Ryogaku a une chance de gagner contre de tels adversaires ? demanda Shintarou soucieux. Notre équipe reste des amateurs, après tout !


    Il se tourna vers Raphael en même temps.


    - Qu'en penses-tu ?


    - Je ferais de mon mieux pour remporter mon match. Le reste, c'est aux autres membres de faire pareil pour espérer gagner la finale.


    - Si Seiichi et moi pouvions jouer, on aurait une vraie chance de victoire, se vanta Tyro.


    - Ou alors nous pourrions te voir repartir la queue entre les jambes, s'amusa Seiichi.


    Tyro jeta un regard de travers à son meilleur ami et lança une orange qui traina devant lui en sa direction. Cependant ses réflexes lui permirent de la rattraper très habilement et commença à la peler calmement en remerciant Tyro de sa sollicitude ce qui le fit enrager davantage.


    Pendant ces gamineries, Kou demeura silencieux. Son attention demeura fixée sur Rentarou. Celui-ci n'avait pas prononcé une seule parole depuis le changement de sujet et se contentait de terminer son dernier morceau de poulet. Il se doutait qu'intérieurement, son camarade s'inquiétait. C'était la nature de son ami d'enfance. Le lycéen géant conservait tout en lui, le bon comme le mauvais, faisant mijoter l'ensemble jusqu'au jour où le récipient où il les entassait explosait à force de bouillir sans arrêt sur le feu.


    - Rentarou, qu'en penses-tu de ces infos ? Es-tu inquiet ? demanda Kou.


    Relevant sa tête de son os de poulet, l'adolescent aux lunettes sombres haussa les épaules, le visage marqué d'une forte indifférence.


    - Je dois en penser quelque chose ?


    - Tu n'as pas d'appréhension d'affronter des adversaires si forts ? s'étonna Takaishi.


    - Tu parles ! Il doit juste être super excité par cette perspective !


    Rentarou sourit très légèrement. Ses deux meilleurs amis connaissaient véritablement ce qui se trouvait à l'intérieur de la carapace qu'il s'était forgée au fil des ans. Ils déchiffraient ses sentiments sans avoir besoin de les exprimer. Cependant il n'avait pas envie de les exposer à ses simples amis de la bande.


    - C'est juste du tennis. Gagner ou perdre est la seule alternative.


    - Exactement, approuva la voix ferme de Raphael.


    Poussant un gros soupir, Tyro se laissa choir sur le carrelage, la tête tombant sur le sac de Kou renversant en même temps les affaires qu'il contenait.


    - Je veux être titulaire !


    - Allons, Tyro ! Tu n'as plus beaucoup à patienter, dit Shintarou. Dans trois mois, nos sempai de troisièmes années seront tous diplômes. Ca va en faire de la place au club !


    - Je veux être titulaire … , répéta t-il avec mélancolie et envie.


    - L'année prochaine, on sait déjà qui sera dans l'équipe, intervint Takaishi. Il restera seulement Rentarou-kun et Raphael-sempai. Cependant c'est évident que Seiichi-kun, Tyro et Shintarou seront nommés titulaires.


    - Il n'en manquera deux, déduisit ainsi Kou.


    Ayant posé son plat désormais vide devant lui, Raphael écoutait ses compagnons. Il se sentit très mal d'entendre leurs paroles emplies d'espoir pour l'avenir et finit par ne plus le supporter. Le jeune homme se leva vivement et marcha vers la fenêtre dans le fond de la salle et observa avec tristesse les arbres nus plantés dans le petit parc à côté du lycée.


    - Raphael ? Ca ne va pas ? s'inquiéta Shintarou.


    Les mains plongées dans les poches de son pantalon, le jeune français se demanda s'il possédait le droit de briser leurs rêves. Cela lui sembla cruel. Cependant … Cependant les laisser dans une totale ignorance et leur laisser découvrir la nouvelle au moment prévu lui paraissait encore pire.


    - Vous ne serez jamais titulaires l'année prochaine.


    Raphael avait prononcé ces durs mots sans prendre soin d'utiliser un ton compatissant. Il les avait dit froidement comme si cela n'était pas si important au fond.


    - Comment ça ? L'année prochaine, Kurata-buchou et les autres dégagent donc c'est à nous de prendre leur place !


    Ayant retrouvé toute sa vitalité, Tyro s'était redressé et criait bien fort sa révolte.


    - Il est même possible que Satsuma et moi n'en fassions plus partie, continua Raphael.


    - Est-il possible de nous développer cela avec davantage de détails ? s'enquit Seiichi.


    Se retournant vers la bande, Raphael s'adossa au mur pour expliquer la situation.


    - Je ne sais pas si vous le savez mais le père de Kurata-buchou dirige la Kurata Zaibazu. C'est …


    - Je la connais ! s'écria Tyro en lui coupant la parole. C'est la firme qui a crée le casque qui permet de s'intégrer dans son jeu vidéo et retransmets nos mouvements ! Si je pouvais en avoir un …


    Il s'interrompit en remarquant les regards désapprobateurs que ses camarades braquaient sur lui pour lui signaler son impolitesse.


    - Désolé, murmura t-il.


    - C'est une importante société donc, reprit Raphael en jetant un dernier regard de travers à Tyro. Il se sert du pouvoir de son père pour faire pression sur les gens dont il a besoin.


    - Ca, on le savait déjà !


    - Tyro, tu ouvres encore une fois la bouche et je te bâillonne avec mon mouchoir !


    Le jeune homme au sang bouillant sentit la réelle menace derrière cette phrase. Il lisait une exaspération accrue dans les yeux de Seiichi et le connaissait assez pour savoir que son camarade accomplissait toujours ce qu'il décidait. Peu enclin à lui servir de victime, Tyro s'abstint à faire de nouveaux commentaires et laissa enfin Raphael s'exprimer librement.


    - Cependant le père de Kurata-buchou a un point de vue très strict sur l'éducation de ses enfants. Il veut que ceux ci étudient dans une des brillantes universités qu'il a choisi pour eux.


    - Je crois que je commence à comprendre, dit Kou. L'entrée à l'université au Japon se fait par concours. Plus elle est réputée, plus celui-ci est dur. Si c'est bien ce que je pense, ça veut dire que Kurata-buchou serait sans fac à la rentrée prochaine ?


    - Ta déduction est parfaitement correcte.


    - C'est quoi le lien entre le club de tennis et que Kurata-buchou n'ira pas en fac ? Il n'avait qu'à travailler au lieu de nous pourrir la vie, tempêta Takaishi.


    - Oui, il n'aura plus de lien avec nous, ajouta Kou. Il ne lui restera qu'à s'inscrire à une école de classe préparatoire pour l'aider à réussir son concours.


    - Tu as l'air très renseigné sur ce qui se passe après le lycée, s'étonna Seiichi.


    - Ma mère travaille comme secrétaire à l'université Meiji. Elle m'a déjà expliqué le système universitaire pour m'aider à décider quoi étudier.


    - Si vous arrêtiez d'interrompre tout le temps Raphael, il pourrait peut-être répondre aux questions que vous vous posez, rappela Shintarou, une main posée contre sa tempe droite.


    - Merci, Shintarou, fit celui-ci en reprenant la parole. En fait, le père de Kurata-buchou ne veut pas que son fils fasse de prépa. C'est la fac ou le lycée. Rien d'autre.


    - Mais il finit le lycée cette année, protesta Takaishi.


    - Je comprends le problème, dit Seiichi. Son père va l'obliger à rester au lycée tant que Kurata-buchou n'aura pas réussi à entrer à l'université qu'il désire pour le mieux.


    - Mais le redoublement est interdit au Japon, sauf cas exceptinnel, rappela Kou. Il ne peut pas rester !


    - Ce lycée est privé. Autrement dit, il fonctionne grâce à l'argent que les familles versent lors de l'inscription et de subventions faites par de généreux donateurs.


    - Que sous-entends-tu, Seiichi-kun ? demanda Kou qui ne suivait pas la logique de son ami.


    - Le père de Kurata-buchou va certainement verser une grosse somme au proviseur pour que celui-ci accepte de garder son fils.


    - Et c'est légal ? s'enquit Takaishi.


    - Les proviseurs d'un établissement privé le gèrent comme ils l'entendent. Ils sont leur propre chef. De plus, il n'y a rien d'immoral à un tel marché.


    - Génial, lâcha le jeune fan de baseball qui avait perdu son si bel enthousiasme.


    La tête baissée, Shintarou se montrait terriblement abattu par cette nouvelle mais pour raison différente que celle de ses amis.


    - Je suis triste pour Kurata-buchou.


    - Tu as de la peine pour un type comme lui ? s'indigna Tyro.


    - Je n'aime pas plus Kurata-buchou que toi, se défendit-il. Cependant son histoire me fait pitié. Il est obligé de suivre les directives de son père sans rien dire. A cause de lui, il va devoir refaire sa troisième année, peut-être plusieurs années, et se retrouvera avec des gens plus jeunes que lui qu'il aura du mal à comprendre. Alors j'éprouve de la peine pour lui.


    - Il n'a que ce qu'il mérite, bougonna Takaishi. Il pourrit la vie de tout le monde au club !


    - Ce n'est pas une raison de se réjouir de ses malheurs, riposta Shintarou avec sagesse.


    Si ses amis n'aimèrent pas cette leçon de morale, ils s'en moquèrent en fait, Seiichi l'apprécia à sa juste valeur. Il réalisa quel degré de maturité avait atteint le petit rouquin sous ses apparences de petit garçon insouciant.


    Pour calmer les esprits échaudés de ses camarades, l'adolescent aux cheveux ébènes intervint.
    - Si Kurata-buchou reste au lycée, il reste à la tête du club. Par conséquent, il nous bloquera encore et toujours dans nos actions.


    - Depuis que j'ai appris ces informations, j'ai réfléchi aux différentes conjectures et possibilités qui pouvaient se produire, annonça Raphael.


    - Il y a un moyen de l'empêcher de nous nuire à nouveau ? l'interrogea Kou.


    - Je n'ai pas réfléchi jusque là. J'ai d'abord imaginé ce qu'il prévoyait de faire.


    - Dis-nous ta théorie, réclama Shintarou.


    - Eh bien, je pense qu'aux yeux de Kurata-buchou, vous êtes une menace.


    - En quoi représentons-nous une menace ? s'étonna Takaishi.


    - Laissez-moi m'expliquer. Comme vous le savez, le club se constitue des premières, secondes et troisièmes années. Actuellement, il y a dix-huit troisièmes années, douze secondes années et vingt-six premières années.


    - Attends ! Nous sommes vachement nombreux, s'exclama Tyro impressionné.


    - En Avril, il ne restera plus que treize troisièmes années pour vingt-six en seconde années. Vous six en faite partie. Vous formez un groupe uni et très soudé. De plus, vous possédez un talent incontesté pour le tennis qui est respecté par tout le monde.


    - Je comprends ton raisonnement, enchaina spontanément Seiichi. Ton hypothèse est que les autres membres du club nous reconnaissent. De plus, ils préféreront sans nul doute des personnes qui se sont amusés et ont travaillé avec eux l'année précédente plutôt que de reconduire un despote.


    - Exactement, Shiromiya, confirma Raphael.

     

    - Et alors ? Il n'a pas le droit de nous virer du club, répliqua Tyro. Un membre peut quitter le club s'il le souhaite en démissionnant. Cependant personne n'a le droit de le démettre, même pas le proviseur ou un professeur, à part dans le cadre d'un renvoi du lycée.


    - Comment tu sais tout ça ?


    Le jeune ninja avait le souffle coupé d'entendre si bien son meilleur ami répéter un point d'un règlement que lui-même ne connaissait pas. Pourtant Tyro mettait un point d'honneur et ne pas retenir les règles et surtout à les enfreindre.


    - J'ai lu attentivement le règlement du club quand je me suis inscrit ! Je ne voulais pas me faire exclure car je ne le respectais pas ! claironna le jeune tennisman.


    Seiichi se sentit rassuré. C'était la nature même de Tyro. Il se montrait négligent sur tous les points du quotidien mais incroyablement minutieux dès que cela concernait le tennis.


    - Je ne sais pas ce que Kurata-buchou a en tête mais je n'aime pas ça, reprit Raphael. Il va certainement préparer quelque chose avant la fin de l'année scolaire.


    - Il peut essayer de me faire chanter, je ne céderais pas, s'écria Tyro. De plus, il n'a pas le moindre moyen de pression sur moi puisque je ne vais dans aucune université après le lycée !


    - Kurata-buchou ne peut plus faire pression sur nos ambitions, révéla gravement Raphael.


    - Tu peux répéter ça, s'il te plait ? s'étrangla Takaishi en recrachant l'eau du verre qu'il buvait dans la figure de Rentarou en face de lui.


    - C'est une nouvelle géniale, ça ! s'enthousiasma Kou.


    Seiichi, Tyro et Shintarou ne partagèrent pas la liesse de leurs deux camarades. Ils remarquèrent le visage sombre et grave de Raphael et se doutèrent que le jeune français avait encore une mauvaise nouvelle à leur annoncer.


    - Raconte-nous ça en détail, demanda Shintarou.


    - Cela s'est passé il y a environ trois semaines. J'avais suivi, comme toujours, mes parents pour une invitation à souper. C'était chez les parents de Kurata-buchou. Mon père traite beaucoup avec lui pour favoriser des échanges commerciaux entre nos deux pays. Enfin je ne m'intéresse pas à ces trucs là. Moi, je m'ennuyais comme un rat mort dans ce genre de soirées. Comme toujours. Je vagabondais dans le manoir des Kurata pour passer le temps lorsque j'ai entendu le bruit d'une gifle. Je suis allé voir. Ca venait de la bibliothèque. J'ai aperçu Kurata-buchou avec son père. Celui-ci lui reprochait ses échecs pour lui entrer à l'université et lui a dit de la décision qu'il a prise dont je vous ait parlé tout à l'heure. Il lui a aussi dit qu'il ne lui accorderait plus aucune faveur à partir de maintenant tant qu'il resterait au lycée.


    - C'est une nouvelle géniale, s'exclama Tyro qui avait perdu son inquiétude au long du récit.


    - Je pense que Kurata-buchou est plus dangereux encore maintenant, dit sombrement Raphael.


    Lentement, l'adolescent s'écarta du mur. Il déboutonna, retira sa veste et la laissa tomba à terre. Le jeune homme fit pareil avec son blazer en tweed et sa chemise et enleva son sous-pullover noir dont le col masquait le cou pour faire apparaître son torse complètement nu.


    - Tu es très musclé, reconnut Tyro. Cependant pour faire un strip-tease, tu devrais attendre qu'il y ait davantage des filles dans une salle !


    - Tu as des marques dans le cou, nota Shintarou après un examen attentif du corps de son ami.


    Le français porta sa main sur le côté gauche de son cou sur lequel était imprimés trois petites traces commençant à cicatriser.


    - Kurata-buchou m'a fait ça quand il m'a vu et a compris que j'avais entendu la conversation avec son père.


    - Tu veux dire qu'il a essayé de te tuer ? s'alarma Kou. Il est fou !


    - C'était seulement de l'intimidation, se défendit Raphael qui semblait ne pas se soucier de son sort.
    - Il faut prévenir la police, renchérit Takaishi.


    - Que leur dirons-nous ? Raphael-sempai s'est lavé depuis l'agression. Toutes les traces pouvant incriminer Kurata-buchou ont disparu. Ce sera parole contre parole. Les policiers ne s'intéresseront pas à ce qu'ils appelleront une simple histoire de lycéens si nous n'avons pas des preuves tangibles de la culpabilité de Kurata-buchou.


    - Tu es sérieux, Seiichi ? demanda Tyro. Parce que c'est drôlement injuste ce que tu dis !


    - Qui a dit que nous vivions dans un monde juste ? soupira l'adolescent aux cheveux ébènes.


    Le silence se mit à régner dans la pièce. De telles nouvelles provoquaient toujours beaucoup de remous intérieurs. Raphael se rhabilla sans rien dire non plus.


    Jusqu'à présent, un seul du groupe n'avait pas ouvert la bouche et n'avait pas réagi aux différents propos qui s'étaient tenus. Cependant il n'avait cessé jamais d'écouter et de penser à leur situation. Ce fut lui qui rompit ce pesant silence.


    - Je protégerais tout le monde.


    - Rentarou ?


    - Depuis que j'ai découvert ce que faisait réellement Kurata, je me suis senti indigné, outré. Je ne peux plus retenir. Je vais le défier et l'empêcher de nuire une fois pour toutes.


    - Tu comptes utiliser le plan dont tu m'as parlé Samedi ? demanda Raphael.


    - Exactement ! Et je n'attends plus ! J'y vais dès ce soir !


    - Mais tu as dit que tu voulais attendre d'être plus fort pour le défier, rappela Tyro.


    - Je sais. Mais si j'attends encore, je prends le risque de vous exposer à un danger dont nous n'avons aucune idée de sa consistance. Je refuse que vous y soyez exposé si je peux l'en empêcher.


    - Et que feras-tu si tu perds ? insista Raphael. Tu seras exclu du club.


    - Je retenterais ma chance encore et encore jusqu'à battre enfin Kurata !


    - Il ne sera pas seul, ajouta Seiichi. Si Rentarou échoue, je défierais immédiatement Kurata-buchou à mon tour !


    - Et si Seiichi échoue aussi, ce sera moi ensuite, enchaina immédiatement Tyro.


    Stimulé par l'énergie des Sanonis, Shintarou intervint aussi :


    - Et si Tyro perd lui aussi, ce sera moi qui donnerait sa leçon à Kurata-buchou !


    - Moi aussi je veux participer, dit bravement Takaishi.


    - Et moi aussi, ajouta Kou.


    Raphael rit de l'excitation dans laquelle s'était enflammé les six adolescents. Cela ne le surprenait guère. Tous les six formaient une bande solidaire s'aidant mutuellement pour surmonter n'importe quelle difficulté.


    - Si je joue un match moi aussi contre Kurata-buchou, puis-je vous convaincre de d'attendre encore un peu pour le défier ?


    - Tu es prêt à être exclu toi aussi du club ? s'étonna Shintarou en se retournant vers son ami.


    - Je n'ai pas vraiment besoin du club pour m'entrainer moi.


    Il parla avec indifférence. Le jeune homme aurait pu donner à n'importe qui l'impression qu'il se fichait de ce qui pouvait arriver. Pas à Shintarou. Le rouquin le connaissait maintenant. Pour que son ami soit décidé à s'impliquer, cela signifiait que le français s'était attaché à leur groupe.


    - Et tu veux nous proposer quoi ? demanda Shintarou.


    - J'analyse toujours les stratégies et les techniques des nombreux tennismen que je vois et rencontre. Par conséquent, j'ai longuement étudié le cas de Kurata-buchou. Je peux vous aider à vous préparer pour ce match.


    - Si c'est pour cette raison, j'accepte de repousser mon défi, annonça Rentarou satisfait de la proposition du jeune français.


    - Mais ce ne serait pas dangereux de s'entrainer au lycée ? s'inquiéta Kou.


    - C'est vrai. Il vaut mieux que Kurata-buchou ne sache pas nos intentions, approuva Tyro.


    - Vous n'avez qu'à venir chez moi, les invita Raphael. Je possède plusieurs courts en extérieur et intérieur et pas mal d'accessoires pour l'amélioration physique.


    - Tu possèdes plusieurs courts de tennis ? répéta Tyro halluciné.


    - Oui, quand ma mère me demande ce qui me ferait plaisir.


    - Je n'arrive même à imaginer l'argent que ça représente, soupira Tyro.


    - S'ils le souhaitaient, mes parents pourraient recouvrir tout le pays de courts.


    - On vous a demandé un examen de vos richesses ? maugréa Tyro, légèrement envieux. Non ! Alors parlons de ce qui nous intéresse !


    - Oui. Combien de temps nous faudra t-il pour apprendre des techniques pouvant parer celles de Kurata-buchou ? ajouta Takaishi.


    - Un mois, dit Rentarou d'un ton ferme et tranchant.


    - C'est un peu tôt, jugea Kou.


    - Sauf que Rentarou apprend super vite, s'exclama Shintarou. Le peu de leçons que je lui ait donné sur les effets des balles, il les a compris et les a appliqué très vite.


    - Mais avec les vacances d'hiver qui tombent le 23 Décembre et les révisions pour les examens, on aura pas beaucoup de temps de s'entrainer.


    - Je reste pour les vacances au lycée et Raphael-sempai vit sur Tokyo. Nous pouvons nous voir chaque jour pour nous entrainer, le contredit Rentarou.


    - C'est pas juste, déplora Shintarou. Ils vont tous s'amuser à jouer au tennis et je vais être coincé dans cette foutue région enneigée !


    - Arrête de jouer les martyrs. Tu l'adores cette région, rétorqua Raphael en administrant une petite claque derrière la nuque de son ami.


    - Qui sera disponible pour s'entrainer aux vacances d'hiver ? interrogea Tyro. Moi, c'est évident puisque je vis sur Tokyo !


    - Je reste aussi au lycée pour les vacances, ajouta Seiichi.


    - Je vis aussi sur Tokyo alors je viendrais aussi, continua Kou.


    - Quel dommage, se lamenta Takaishi. Même si je ne vis qu'à Yokohama, mes parents n'accepteront pas que je parte tous les jours sur Tokyo.


    - Ca ne dérangera pas de t'occuper de nous quatre alors pendant les vacances ? s'enquit Rentarou en se tournant vers Raphael.


    - C'est moi qui l'ait proposé. De plus, il serait mieux que vous veniez avant, quelques heures pendant les week-ends. Plus on aura de temps pour s'exercer, mieux ce sera.


    - Super ! Je vais pouvoir participer moi aussi, se réjouit Takaishi.


    - Et à la rentrée, il n'y aura plus rien qui s'opposerait au fait que j'affronte Kurata, s'exclama Rentarou en serrant ses deux poings.

     

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