• Chapitre 61

    Chapitre 61


    Puisque cette semaine, il était dispensé en raison de sa convalescence et qu'il avait réussi à rattraper tout son retard, Rentarou paressait dans son lit jusqu'à huit ou neuf heures le matin. Dans trois jours, le lycéen géant reprendrait un rythme scolaire normal.


    Se trouvant entre la limite du sommeil et de la somnolence, le jeune homme vivait les sensations de son corps comme celles d'un rêve. Il sentait de douces et agréables caresses sur son visage. Son esprit lui faisait revivre parallèlement celles que lui donnaient sa mère. Quand il était petit, le garçon dormait toujours contre elle, blottie contre son étreinte, humant son parfum et appréciant d'être serré très fort dans ses bras. Ces émotions étaient les meilleures.


    En ouvrant les yeux, Rentarou eut alors la surprise de croiser le regard vert foncé de Yoko.


    - Tu es réveillé ? lui demanda t-elle en parlant à mi-voix.


    Encore l'esprit embrumé par ses rêves et souvenirs, l'adolescent émergea lentement. Il sentit en même temps la main de la jeune fille lui toucher la joue gauche. De l'autre, elle utilisa un doigt pour caresser légèrement l'autre partie de son partie. Bien que cela le surprit beaucoup, le jeune homme ne trouva pas le geste désagréable. Au contraire, il savoura avec délice ce tendre moment.


    - Est ce que je rêve encore ?


    - Non, rit Yoko. Je suis parfaitement réelle.


    Baissant rapidement la tête, elle se concentra nerveusement sur les caresses données à son petit ami. La jeune fille hésita encore. Elle détourna son regard avant de prendre la parole.
    - Tu m'as beaucoup manqué le mois dernier, avoua t-elle. Je ne pensais pas que je tenais autant à toi. J'ai eu très peur de te perdre.


    Rentarou écouta la complainte de sa petite amie et se désola de l'avoir forcé à connaître des sentiments aussi douloureux. Toutefois, il y avait dedans quelque chose qui le réjouissait. Dans cet aveu, cela signifiait qu'elle l'aimait. Tout au moins qu'il comptait beaucoup pour elle.


    - Je suis là à présent. Je vais éviter de te faire des frayeurs comme ça maintenant.


    Yoko sourit timidement en le regardant à nouveau dans les yeux. Ce désir se fit encore ressentir. La jeune fille ne se retint plus. Elle se coucha sur le puissant torse du jeune homme. Seules ses jambes dépassèrent du lit. Les mains posées sur son large cou, l'adolescente pencha doucement sa tête. Ses lèvres se posèrent délicatement sur les siennes. Elle commença à l'embrasser très doucement.


    Ce baiser enflamma tous les sens de Rentarou. D'abord surpris, il se laissa griser rapidement par les délicieuses sensations qu'il lui procura. Il répondit très vite et ouvrit lentement sa bouche. Le lycéen géant plaça instinctivement un bras autour de la taille de la jeune fille. De sa main libre, ses doigts jouèrent avec les cheveux de celle-ci, les glissant dedans et enroulant ses mèches de son index ou de son majeur.


    Ils restèrent un long moment à s'enlacer de cette manière et à s'embrasser. Soudain Yoko arrêta pour reprendre son souffle et blottit sa tête contre la poitrine de l'adolescent. Celui-ci, déjà insatiable de ce plaisant échange entre eux, déposa un court baiser sur le haut du crâne de sa petite amie. Il passa ensuite ses mains sous la veste de son uniforme et caressa tendrement son dos par dessus son chemisier.


    Mais il existait dans l'existence, une règle immuable. Tout commençait avec un début et se terminait par une fin. Et malheureusement pour les deux amoureux, la fin de ce câlin arriva bien vite, beaucoup trop vite pour eux.


    - Il va être bientôt neuf heures !


    S'étant légèrement tournée, les yeux de la jeune fille s'étaient alors dirigés vers le cadran du réveil de Rentarou. Celui-ci affichait qu'il serait prochainement neuf heures dans moins de quinze minutes. Autrement dit, il lui fallait filer très rapidement en cours.


    Immédiatement, elle se défit de l'étreinte du géant et s'affaira à défroisser ses vêtements. Yoko n'éprouvait aucune honte d'avoir partagé ce tendre moment avec son petit ami. Cependant l'adolescente ne voulait pas propager une rumeur disant qu'elle était une fille facile à cause de sa tenue toute chiffonnée indiquant clairement que la vice-présidente du conseil des étudiants, toujours si obstinée avec le règlement, s'était retrouvée dans les bras d'un garçon.


    Elle porta ensuite machinalement sa main à ses cheveux et réalisa que ceux-ci étaient détachés.


    - Tu as détaché toutes mes tresses !


    - Ben oui. Tu es beaucoup plus belle comme ça, avoua Rentarou. En plus, j'ai toujours eu envie de glisser mes doigts dedans.


    - Mais je n'aurais jamais le temps de les refaire, soupira t-elle. Comment je vais faire ?


    - C'est quoi le problème ? Tu es magnifique comme ça.


    - Ma mère m'a toujours recommandé de sortir coiffée avec mes tresses, dit Yoko d'un ton sévère.


    Rentarou aurait bien aimé lui dire que sa petite amie n'était pas obligé d'obéir à toutes les demandes de sa mère, surtout si elle était loin d'elle. Cependant il connaissait l'histoire de la jeune fille. Ile lycéen géant devinait que sa compagne devait être prête à tout accepter pour ne pas déplaire à la femme qui l'avait mise au monde.


    - Je vais devoir me contenter d'une queue de cheval, se résigna t-elle. Mais toi, tu n'as plus intérêt à détacher mes cheveux comme ça.


    - Ne compte pas là dessus. J'ai bien l'intention de remettre mes doigts dans tes doux cheveux aussi souvent que j'en aurais envie, répliqua Rentarou d'un espiègle sourire.


    Yoko rassembla énergiquement ses cheveux et les attacha au moyen d'un élastique bleu ciel. Sa queue de cheval tomba de sa nuque jusqu'au bas de ses omoplates. Elle dit au revoir ensuite à Rentarou, sans s'approcher pour autant. La jeune fille craignit, sans doute à raison, que celui-ci n'essaye de s'amuser avec elle en la retenant un peu plus de temps en sa compagnie.


    Restant tout seul après son départ, Rentarou avait contemplé longuement le plafond au-dessus de son lit avec un air béat. Il avait repensé à ce tendre instant. Un doigt posé sur sa lèvre inférieure, son esprit s'était remémoré de la sensation du baiser. Le lycéen géant avait aussi tâté longuement son torse à l'endroit où la tête de Yoko s'était appuyée.


    Quand il interrompit ses douces rêveries, l'adolescent se leva enfin. Il alla se doucher, s'habilla et descendit prendre son petit-déjeuner.


    En remontant dans sa chambre, il s'assit directement à son bureau et prit du papier et un stylo. Le buchou du club de tennid commença à former des combinaisons avec les membres du club de tennis. Ayant appris qu'il ne restait plus de titulaires, excepté Raphael et lui, Rentarou avait décidé d'organiser des sélections pour former une nouvelle équipe. Le temps pressait. Dans moins deux semaines, ils devaient affronter l'équipe d'Osaka qui s'était qualifiée, comme eux, pour la finale du tournoi national. Le lycéen géant essayait de répartir trente-huit joueurs aux niveaux très différents en composant des groupes hétérogènes. Par exemple, il s'arrangea pour éviter de mettre Tyro et Shintarou ou Raphael et Seiichi ensemble. Certes, de pareils matches seraient géniaux, tennistiquement parlant, mais cela n'apporterait rien au club. Au contraire, cela le priverait de la possibilité de faire appel aux éléments les plus forts. Il lui fallait donc bien évaluer le potentiel de chacun, se servant des rapports que Seiichi avait récemment instaurés, pour créer des groupes mélangeant forts et faibles.


    Lorsqu'il eut terminé sa tâche, midi allait bientôt sonner. Rentarou se hâta de quitter l'internat et se rendit au bâtiment administratif. Comme le jeune homme aux cheveux de jais connaissait mal l'endroit, n'y venant que très rarement, il lut le nom des plaques sur les portes. Le garçon passa en premier devant le bureau de la comptabilité. D'après Yoko, c'était l'unique tâche qui n'était pas assurée par un élève. Il continua en avançant devant ceux de Kawamura, un des condisciples de sa classe, et d'un autre étudiant dont il n'avait jamais entendu parler. L'adolescent poursuivit son chemin devant la salle de réunion et se retrouva finalement au bout du couloir. Sur sa gauche se trouvait la pièce aux téléphones mais elle ne l'intéressait pas aujourd'hui.


    Son intérêt était stimulé par la porte en face. Épaisse et solide, elle paraissait beaucoup plus difficile à casser que toutes celles se trouvant dans le lycée.


    L'adolescent n'avait toujours pas oublié la fois où il s'était retrouvé avec la porte de la salle de Japonais dans les mains. Depuis le jeune homme faisait très attention à la manière dont il les ouvrait et les fermait. Souvent, Rentarou veillait à laisser cette tâche à ses amis quand il n'était pas seul.
    Mais cette porte, même en faisant appel à toute sa force, il n'aurait pas été capable de l'enfoncer.
    Sur la petite plaque dorée, qui était apposée sur le haut, était écrit en grosses lettres d'imprimerie : Taniguchi Bunichiro et en dessous, en plus petit, proviseur.


    Sans hésiter, le jeune homme aux cheveux de jais frappa.


    Une fois inviter à pénétrer derrière cette porte, l'adolescent l'ouvrit et la referma à la suite de son passage. En contemplant le lieu dans lequel il venait de pénétrer, Rentarou fut stupéfait. Il n'avait encore jamais vu une telle pièce. Elle était complètement sphérique. Ses murs étaient garnis de rayonnages emplis de livres sans interruption du sol jusqu'au plafond sur plusieurs mètres de hauteur. Les seuls espaces vides avaient été aménagés pour l'unique fenêtre de la salle et la porte.
    En son for intérieur, le lycéen géant songea avec amusement à son meilleur ami. Seiichi aurait adoré être ici. Il aurait regardé partout autour de lui, se serait précipité vers les étagères, aurait examiné attentivement chaque livre avant d'en prendre finalement un.


    Le reste de la pièce lui parut beaucoup plus réduit. Derrière la fenêtre à battant se dressait le bureau du proviseur. Il nota que celui-ci était dépourvu de la présence d'un ordinateur.


    Au milieu de la salle était installé deux canapés blancs, sur un épais tapis aux couleurs chatoyantes, pouvant permettre à deux ou trois personnes de s'y asseoir, placés dans une parfaite symétrie. Ils étaient séparés par la présence d'une table basse.


    En apercevant son étudiant, Taniguchi se leva de son fauteuil et alla à sa rencontre. Après s'être salué, il lui proposa de s'asseoir dans un de ces confortables sièges. Rentarou accepta. Le proviseur s'installa en face de son interlocuteur.


    - A présent, que puis-je faire pour toi, Rentarou-kun ?


    - Comme vous le savez évidemment, il ne reste plus un seul troisième année au club de tennis.


    - Oui, c'est moi qui ait pris cette décision. Puisque la majorité des troisièmes années s'est montrée aussi servile et manipulable, j'ai exclu tous ceux qui avaient accepté d'aider Kurata ou qui avaient eu connaissance de ses manigances. C'est très triste et dommageable mais je ne peux pas pardonner un tel comportement. Je tolère de très nombreuses choses, que beaucoup d'autres proviseurs ne font pas l'occurrence, mais je ne saurais jamais excuser la lâcheté ou l'ignorance.


    - Je comprends. Je ne suis pas certain de partager complètement votre point de vue mais il s'agit de votre établissement. Je n'ai donc pas à me prononcer sur sa gestion.


    Taniguchi porta sa main à son menton, dissimulé dans sa barbe drue, et cacha le sourire qui se dessinait sur son visage. Il appréciait beaucoup les passionnantes et riches conversations avec des personnes à l'avis éclairé.


    - Cependant l'objet de ma visite n'est pas là, reprit Rentarou. Cette semaine, j'ai décidé de reformer donc une nouvelle équipe en vue de la finale contre Osaka. Je vais organiser en début de semaine prochaine une sélection pour choisir les sept meilleurs joueurs du club.


    - Et en quoi as-tu besoin de moi ? Les buchou font ce qu'ils veulent pour désigner ceux qu'ils veulent dans leur équipe.


    - Je sais. Cependant il y a autre chose qui m'ennuie. La semaine prochaine, nous avons des examens de Mercredi à Vendredi.


    - Je t'avais pourtant proposé de t'en dispenser si je me rappelle bien, se moqua le proviseur sans esquisser le moindre sourire.


    - Je le sais. Je ne le demande pas pour moi, monsieur. Je voudrais, s'il vous plait, que vous accordiez à ceux qui seront désignés comme titulaires Mardi soir une dispense exceptionnelle pour ne pas passer les examens de ce trimestre.


    En formulant sa demande, il se courba le plus possible et se plaqua la tête contre ses jambes.


    - Également, monsieur, reprit-il en se redressant, pensez au prestige de notre lycée. Cela fait vingt-six que nous n'avons pas gagné les Nationales. Si nous la remportons cette année, malgré tous les ennuis que nous avons traversé, ce serait génial. Je suis sûr que ça encourageait plein de futurs élèves à s'inscrire ici et à rejoindre le club.


    - Je vois que tu as préparé d'excellents arguments, constata Taniguchi. Tu serais un bon avocat.


    Raté, pensa Rentarou. Je veux faire l'inverse.


    - Et en y réfléchissant, je ne vois aucun faille dans ceux-ci, ajouta le vieil homme barbu. J'accède donc à ta requête. Quand tu auras les noms de ceux que tu as choisi, transmets-les moi.


    Rentarou remercia très poliment son proviseur en s'inclinant du buste. Il prit ensuite congé après l'avoir salué respectueusement.

     

    Le week-end s'écoula tranquillement. Les Sanonis le passèrent ensemble à la maison de Tyro. Cependant en raison des examens prévus pour la semaine prochaine, ils ne purent pas s'amuser beaucoup. Tyro et Seiichi passèrent la quasi totalité de leur temps à feuilleter un livre, à relire des notes ou à refaire un exercice.


    Dans un pur souci de justice et d'équité envers ses équipiers du club de tennis, Rentarou ne leur avait pas parlé de l'accord conclu avec le proviseur. Il ne comptait le dire qu'une fois les sélections passées. Le lycéen géant souhaitait avoir des joueurs motivés par la seule idée de jouer des matches de tennis et de les gagner plutôt que par la promesse d'une dispense d'examens. En plus, cela ne faisait de mal à personne d'étudier. Les fruits d'un dur travail ne se perdait jamais.


    Pour ne pas éveiller les soupçons de ses deux meilleurs amis, il prétendait avoir étudié toute la semaine et en avoir assez d'avoir le nez plongé dans les cours. D'ailleurs, ce n'était pas un mensonge. Il passait son temps à jouer avec sa Gameboy allongé ou accroupi sur le lit de Tyro. Quand il commençait à s'ennuyer de ses jeux, Rentarou descendait voir les autres enfants de la famille.


    Dans le salon, Kenichi faisait une fois de plus la morale à la plus grande de ses deux sœurs, assise à côté de lui sur le canapé. Elle n'écoutait visiblement pas et préférait reporter son attention sur la série diffusée actuellement par la télévision. Assise en seiza, la jeune Ai jouait avec sa poupée préférée pendant que Susumu lisait un manga dans l'un des fauteuils.


    - Ainsi Junko, je pense qu'il serait bien que tu décides à murir davantage et à prendre conscience de ta situation. Tu vas avoir vingt ans. Tu es majeure depuis trois semaines déjà. Tu dois comprendre qu'il est temps de réfléchir à ton avenir.


    - Keniichan use toujours sa salive pour rien, dit Susumu à Rentarou en relevant la tête de son livre.


    - Laisse-moi tranquille, Keniichan, soupira Junko agacée. Je cherche du travail si tu te souviens. Ce n'est pas ma faute si je ne trouve rien.


    - J'ai entendu dire par kaasan que tu n'allais jamais aux rendez-vous que Keniichan te trouve. J'ai aussi entendu dire que quand tu avais en entretien, tu n'y allais pas, rapporta Ai.


    Bien qu'il désapprouvait la conduite peu responsable de Junko, Rentarou décida de lui donner un coup de main. Il n'appréciait pas beaucoup d'assister à une lutte inégale. Son intuition devinait que Susumu risquait bientôt de mêler son grain de sel à la conversation.


    - Dites, vous n'avez pas des examens à réviser vous aussi ? demanda t-il de son air très poli.


    - Pas cette année, répondit Kenichi. Ce sera pour l'année prochaine.


    - Et l'année prochaine, il sortira de l'école de police, clama fièrement Ai en se levant et en battant des mains. Notre grand frère sera devenu un vrai policier !


    - Ca veut dire qu'il pourra te mettre en prison si tu fais une bêtise, s'esclaffa Susumu.


    - Si je devais mettre un de vous en prison, ce serait Takahiro ou toi, plaisanta Kenichi.


    - Sinon moi, j'ai terminé mes examens la semaine dernière, Rentarou-niichan. Et ma maitresse me les a rendu ce Vendredi-ci ! Et tu sais quoi ? J'ai tout réussi ! J'ai obtenu l'appréciation «excellent travail» partout !


    - C'est génial, Ai-chan, la félicita Rentarou.


    Jaloux, Susumu se rappela à leur bon souvenir.


    - Eh bien, j'ai passé mes examens mi-Janvier moi ! J'ai eu aussi mes résultats la semaine dernière. Ma moyenne générale est de 85% mais j'ai réussi à obtenir un 95% en Maths et en Chimie !


    - Tu travailles très bien aussi, Susumu-kun.


    - Mais il me semble que tu as aussi des examens, Rentarou-kun, intervint Kenichi. Pourquoi ne révises-tu pas avec Takahiro et Seiichi-kun ?


    - J'ai étudié toute la semaine sur mes cours alors j'en ai marre. Je n'ai pas envie de travailler ce week-end. De toute manière, j'ai déjà tout retenu.


    - Rentarou-niichan est vraiment impressionnant, s'exclama Ai radieuse.


    - Ouais. C'est pas comme comme une certaine fille de notre connaissance qui a raté sa troisième année de lycée deux fois et qui ne fout plus rien de ses journées depuis, rétorqua Susumu.


    Kenichi s'apprêta à faire la leçon à son jeune frère mais n'eut pas le temps.


    - C'est très incorrect que tu dis là, Susumu-kun, dit Rentarou d'un lourd ton de reproche. Il ne faut jamais rappeler les échecs et leurs faiblesses aux gens car cela leur cause beaucoup de mal. Dis-moi, ça te plairait si un tes frères racontait un jour un des matches de basket que tu as perdu ?


    Le jeune garçon baissa la tête.


    - Non. Je me sentirais vraiment embarrassé.


    - Si tu ne veux pas qu'on fasse ce que tu ne veux pas alors ne le fais pas aux autres. Compris ?
    Le dernier fils de la famille Sakumai hocha timidement de la tête afin de donner une réponse affirmative.


    - A présent, vas t'excuser auprès de ta sœur.


    Susumu s'avança vers son aînée et s'inclina légèrement et murmura un vague mot d'excuse. Celle-ci le fit languir un moment avant de les accepter.


    - Tu es génial, Rentarou-niichan, dit Ai épatée. On dirait Keniichan !


    - Ce n'est rien, assura dit-il en rougissant un peu. C'est probablement parce que je suis un grand frère moi aussi.


    Surpris, l'ainé de la famille arqua un sourcil.


    - Tu as des frères et sœurs ?


    En pensant à ce sujet épineux, le cœur de Rentarou se serra. Il ne dit rien et s'avança vers la porte-fenêtre du salon qui donnait sur la rue.


    - Une petite sœur. Elle a onze ans demain.


    - Super ! Je parie que tu vas lui offrir un cadeau génial pour elle !


    - Je ne peux pas malheureusement, soupira t-il. Nous ne vivons plus ensemble depuis longtemps et je ne sais pas où elle se trouve en ce moment. Je pourrais la croiser dans la rue tous les jours, je ne la reconnaitrai pas.


    Ai baissa la tête. Elle se sentait terriblement triste pour le meilleur ami de son frère. Elle décida de le réjouir. La fillette tira sur la jambe de son pantalon pour attirer son attention. Il se retourna.


    - Tout ira bien, Rentarou-niichan. Tu sais, même si tu ne sais pas où ta petite sœur se trouve ni ce qu'elle fait, je suis sûre qu'elle t'aime toujours très fort et pense à toi. Parce que les frères et sœurs, ça ne peut pas se détester. Jamais.


    Touché par la sollicitude de cette enfant, Rentarou lui sourit et la remercia en lui caressant ses cheveux roux.


    Lors de sa reprise des cours, Rentarou se leva vers six heures et rejoignit Seiichi et Shintarou à la douche. Conformément à leurs habitudes, ceux-ci avaient repris leurs jeux d'eau consistant à s'arroser l'un et l'autre avec le pommeau de leur douche. Le lycéen géant ne dit rien et se lava comme si cela semblait normal, ce qui était le cas pour eux.


    En sortant de la salle de bain, ils descendirent au rez-de-chaussée. Rentarou et Seiichi s'arrêtèrent à l'infirmerie. A présent, il devait suivre le même protocole que son meilleur ami le matin. Désormais, Haruko ne lui faisait plus confiance pour gérer sa santé. Elle examina ses deux patients et posa plusieurs questions au jeune colosse, notamment sur ses heures de sommeil.

     

    Ils allèrent finalement prendre leur petit-déjeuner. Shintarou les attendait à une table libre et avait déjà terminé son repas. Rentarou n'avala qu'un bol de riz et une omelette roulée contrairement à Seiichi qui mangea au moins pour trois personnes.


    - La dernière fois que j'ai vu quelqu'un manger autant, persifla Rentarou, c'était kaasan quand elle attendait ma petite sœur.


    - Je ne grossis pas, rappela l'adolescent aux cheveux ébènes en ingérant un croissant.


    - Il paraît que certaines femmes ne prennent pas de poids avant le troisième ou quatrième mois, parfois même au cinquième seulement. D'ailleurs, je me souviens que kaasan n'avait pas pris beaucoup de poids.


    Shintarou manqua de s'étrangler tellement il riait des suggestions de son ami aux lunettes sombres. Le jeune ninja demeura imperturbable et ne dit rien pour se défendre de ces insinuations.


    Après le petit-déjeuner, les trois amis se rendirent directement à la salle des casiers. Ils prirent leurs affaires en attendant le reste de la bande, discutèrent un moment ensemble puis se décidèrent à aller en cours.

     

    Lorsque Rentarou passa le seuil de la classe de Japonais où débutait son premier cours de la matinée, ses camarades lui firent un excellent accueil. D'abord, ils le félicitèrent pour avoir réussi à vaincre Kurata dans un match et avoir eu le courage de l'affronter. Tout le monde voulut aussi savoir pourquoi il avait passé autant de temps avec la police et ce qu'il pouvait leur dire à ce sujet.


    Incapable de mentir, Rentarou avait raconté l'entière vérité. Il leur dit qu'il s'agissait d'un mensonge pour ne pas créer de panique supplémentaire et inutile dans le lycée. Le jeune homme aux cheveux de jais expliqua qu'il était resté dans le coma trois semaines, cita le dévouement de ses amis à être venu souvent le voir et rester avec lui. Il mentionna aussi le courage et la volonté de Seiichi pour avoir remis sur pied le club de tennis dans ces dures conditions. Cependant l'intéressé se réfugia dans un de ses livres et prétendit n'avoir rien fait d'autre que son devoir.


    - Tu veux toujours avoir l'air cool, Shiromiya, lança Sawamura.


    - Puis-je savoir ce qui se passe ici ? demanda soudainement une voix forte et sévère.


    Les lycéens se retournèrent. C'était le professeur Noda qui venait d'entrer à l'instant. Elle n'était visiblement pas contente de trouver ses élèves aussi agités. D'ordinaire, l'enseignante préférait arriver dans une classe calme et studieuse, prête à se mettre au travail.


    - Satsuma-kun est enfin revenu, Noda-sensei, intervint Osakawa en s'avançant. Nous étions heureux de le revoir et …


    - Et vous avez décidé de vous comporter comme des écoliers ! N'avez-vous pas compris que vous étiez au lycée désormais ? Il est terminé le temps des jeux et des rires !


    Le silence s'abattit rapidement sur la classe. Elle s'avança parmi ses étudiants et s'arrêta devant Rentarou. L'adolescent ne pouvait s'empêcher de trouver amusant les moments où les professeurs s'approcher de lui. Ils étaient toujours plus petits ce qui diminuait la crainte que l'on pouvait ressentir. Le professeur Noda n'échappait pas à cette règle.


    Très petite, l'enseignante ne dépassait Shintarou que de deux centimètres. Elle nouait ses cheveux gris pour réaliser un chignon qui renforçait la sévérité de son expression. L'adulte portait en permanence des lunettes aux verres carrées sur ses étroits yeux gris. Son visage avait presque la forme de celui du tortue et elle semblait n'avoir pas de cou. D'ailleurs, entre eux, ses élèves la surnommaient Kame Nonin en référence à l'un des célèbres personnages personnages de Dragonball. Cette femme d'un certain âge portait toujours un tailleur vert foncé très stylé.


    - Je suis ravie de vous revoir, Satsuma-kun, dit-elle avec froideur. J'espère que vous ne trouverez plus le moyen de vous faire remarquer.


    Rentarou poussa un grognement qu'il étouffa à moitié et serra ses poings. Ce n'était vraiment pas le jour à choisir pour l'énerver ou lui taper sur les nerfs.


    - Si vous aviez fait votre travail, ce ne serait jamais arrivé, répliqua t-il d'un ton aussi froid que le sien.


    - Je vous demande pardon ?


    L'enseignante parut si scandalisée par cette attitude qu'elle donna l'impression de s'étouffer.


    - Kurata était un élève sous votre responsabilité, Noda-sensei. Vous l'avez eu trois ans. Je pense que vous auriez dû mieux vous occuper de votre classe. Cela aurait peut-être éviter les ennuis que notre lycée traverse aujourd'hui. Il faut mieux gérer les problèmes en amont plutôt de les laisser et de devoir ensuite réfléchir à un moyen de réparer les dégâts causés.


    - Ma pédagogie en tant que professeur titulaire ne vous regarde pas, riposta t-elle. Cependant je tiens à signaler, pour votre gouverne, que vous êtes au lycée. Vous êtes sensés vous assumer et gérer vos problèmes seuls. Vos professeurs n'ont pas s'immiscer avec vous.


    - Hashimoto-sensei le fait, intervint Abe, une rare fille de la classe, connue pour sa timidité maladive. Il nous écoute, il nous observe et s'inquiète s'il voit qu'un de nous ne va bien.


    Noda écouta la complainte de la jeune fille en se tournant légèrement vers elle et toussota en portant sa main gauche à sa bouche.


    - J'ai beaucoup d'admiration et de respect pour Hashimoto-sensei. Il est une personne très compétente dans la matière qu'il enseigne. Malheureusement, il se montre très faible avec les élèves dont il s'occupe et …


    - Ce n'est pas vrai, s'écria Rentarou. Hashimoto-sensei est le meilleur prof que je n'ai jamais eu !


    - Eh bien, c'est que vous contentez de bien peu, Satsuma-kun.


    Rentarou reprit sa respiration et se calma un minimum. Il posa ensuite la question suivante :


    - Noda-sensei, lorsqu'une canalisation fuit et crée une inondation, c'est très grave, non ?


    - Je ne vois pas le rapport avec notre discussion.


    - Pour éviter qu'il y ait des fuites, on vérifie toujours les canalisations pour éviter les fuites. Sinon ça inonde tout un bâtiment rapidement et crée une immense panique. Sans parler des dégâts ensuite. Pourquoi la pédagogie et l'éducation ne peuvent pas être pareilles ? Ne pensez-vous pas que c'est mieux de régler un problème avant qu'il ne grossisse plutôt qu'il ne crée une immense panique ?


    Coincée par l'argumentaire de son élève, le professeur Noda ne voyait pas comment lui répondre sans perdre sa dignité. Elle fit donc ce que tout professeur avait autorité à faire.


    - Ca suffit maintenant, ordonna t-elle d'une voix ferme. Nous perdons du temps précieux. A vos places, tous ! Et aussi sortez une feuille ! Interrogation !


    Les lycéens regagnèrent en vitesse leurs sièges respectifs, peu motivés à la perspective d'une interrogation surprise. L'enseignante avait justement choisi l'un des premiers textes étudiés en début d'année comme thème. Rentarou s'en sortit très facilement en faisant appel à sa mémoire mais il culpabilisa pour ses camarades.


    Quand ils eurent quitté ce cours et se rendaient à celui de leur professeur titulaire, Rentarou s'excusa auprès d'eux.


    - Je suis désolé tout le monde. Je me suis un peu énervé après Noda-sensei. Je ne voulais pas vous causer de torts.


    - Ne t'en fais pas pour ça ! Avec les révisions de nos examens, ce n'était pas vraiment une vrai interro surprise, le rassura Tachibana.


    - Je me demande seulement ce qui t'a pris, dit Seiichi soucieux. C'est la première fois que tu réponds à un professeur. Tu ne te défends jamais normalement, pas même avec Aizawa-sensei.


    - Et pourtant, il serait en droit de le faire, approuva le petit Miura.


    - Ce n'est pas important, éluda Rentarou. Allez, dépêchons ! On va être en retard !


    En arrivant dans la salle de Mathématiques ils trouvèrent celle-ci déserte. Ils s'installèrent rapidement et attendirent leur professeur. Hashimoto arriva quelques instants après eux, arborant un air de découragement sur le visage.


    - Bon, soupira t-il. Qu'avez-vous fait encore ?


    - De quoi parlez-vous, Hashimoto-sensei ? demanda Arai, un élève couvert de boutons, au premier rang.


    - Je viens d'avoir Noda-sensei au téléphone. Elle souhaite m'entretenir à votre sujet à la pause de midi. Puis-je avoir un aperçu auparavant ?


    Osakawa Masako, la jeune fille assise devant Seiichi, se leva et fit un récit clair et concis de la scène telle qu'elle s'était déroulée. Elle n'effectua aucun commentaire ni jugement. A sa conclusion, Hashimoto lui permit de se rasseoir et s'avança vers le quatrième rang, et plus précisément vers la table de Rentarou.


    - Tu reviens à peine et tu crées déjà des ennuis, Satsuma-kun. Ce n'est très correct.


    - Je suis désolé, Hashimoto-sensei. Je n'ai pas su me retenir.


    - Satsuma n'a rien dit de mal, protesta Sawamura. Il est resté toujours correct et calme.


    - N'empêche qu'il avait raison quand il disait qu'Hashimoto-sensei, c'est le meilleur prof qu'on puisse avoir, intervint Hayashi, un élève situé au second rang.


    Les joues de Rentarou rosirent quelque peu. Il s'était senti soulagé en constant qu'Osakawa n'avait pas rapporté ce détail à leur professeur. Le lycéen géant se sentit très mal à l'aise et baissa les yeux pour ne pas croiser ceux d'Hashimoto.


    En entendant la réflexion spontanée de son élève et l'approbation générale de sa classe, le regard de l'enseignant se voila. Il courba la tête et leva la main pour ramener le silence.


    - Vous avez tort, murmura t-il. Si j'étais un si bon professeur que vous le pensez, j'aurais dû voir et comprendre mieux mes élèves. J'aurais dû voir que les élèves que je suis depuis trois ans étaient victimes de Kurata. J'aurais dû comprendre la véritable personnalité de celui-ci.


    Le ton morose de son professeur aida Rentarou à sortir de sa réserve.


    - Ce n'est pas vrai. C'est parce que vous ressentez ces sentiments pour vos élèves que vous êtes un bon prof, Hashimoto-sensei. Vous nous dites souvent que c'est normal de faire des erreurs, d'échouer ou de ne pas comprendre. Vous répétez constamment que le principal est de continuer à essayer. Vous ne croyiez pas que ça s'adapte à votre enseignement ? Vous avez peut-être commis des erreurs en ce qui concerne Kurata mais il y a sûrement des tas de choses à en apprendre.


    Hashimoto sourit en écoutant l'exposé de son étudiant. L'enseignant avait rarement eu l'occasion des éloges sortant de la bouche de ses élèves, surtout qu'il n'avait pas encore dix ans de carrière. D'ordinaire, ils critiquaient, avec raison ou non, leurs professeurs. Cela lui procurait un plaisir incommensurable et lui donnait la sensation de servir réellement à quelque chose.


    - Il me semble que nous commençons à nous attarder, dit-il subitement en posant son index sur ses lunettes pour les remonter. Si nous faisions quelques exercices sur nos chers vecteurs ?


    Le reste de la matinée se passa beaucoup plus tranquillement. Durant le cours d'Economie, Rentarou ne s'embêta pas à prendre des notes. Comme il savait qu'il ne passerait pas l'examen et qu'il abandonnerait cette matière l'année prochaine, le lycéen géant n'en voyait pas l'intérêt. Il se concentra donc à réaliser les devoirs qu'Hashimoto leur avait donné pour le lendemain. En Anglais, il s'était aplati sur sa table pendant toute la durée du cours lui permettant de ne pas être vu par Aizawa. Elle partait toujours dans son bureau lors des intercours ce qui l'empêchait de voir ses élèves entrer dans sa salle. Celle-ci avait donc interrogé, comme elle le faisait depuis un mois maintenant, le petit Miura dont le niveau dans cette langue se rapprochait de celui de Rentarou.
    Lors de la pause du déjeuner, la petite bande avait enfin pu manger comme elle le faisait auparavant depuis le second trimestre. La salle de Droit avait résonné toute l'heure de rires et de cris.


    Après les cours de l'après-midi, Rentarou et ses amis se rendirent au club. La majorité de leurs membres étaient déjà présents en train de se changer. En sortant des vestiaires, vêtu de sa tenue de titulaire, Rentarou interrompit Seiichi qui s'apprêtait à choisir son groupe. Il se tourna ensuite à la masse agglutinée et correctement alignée face à lui.


    - Aujourd'hui, nous n'aurons pas d'entrainement, annonça t-il en allant droit au but. Comme vous le savez, Dimanche, nous allons affronter Osaka. Nous avons donc besoin d'une équipe pour prendre part à ce match. Je doute fortement que Raphael-san et moi puissent le faire seuls.


    - On peut toujours essayer, dit Raphael qui était adossé avec nonchalance contre le murs des vestiaires, les bras ballants dans le dos.


    - Pour remédier à cela, j'ai décidé d'organiser une sélection qui aura lieu normalement sur deux jours, c'est à dire aujourd'hui et demain, reprit Rentarou. Tout le monde peut participer et peut devenir un titulaire s'il remplit les conditions de cette sélection.


    - Vraiment tout le monde ? Même les premières années ? fit Namikawa.


    - A partir de maintenant, seule compte la force pour être titulaire.


    - La force ? Ca veut dire qu'il va organiser un combat de boxe pour déterminer qui est le plus costaud ? railla Tyro. Mais on le sait déjà : c'est Rentarou !


    Le petit plaisantin reçut immédiatement une claque derrière la tête donnée par Seiichi avant de pouvoir rire de sa blague.


    - Cette sélection, que j'appelle le tournoi interne, repose sur sept groupes. C'est le nombre de titulaires qu'il nous faut. Vous serez chacun dans un groupe et vous affronterez normalement tous les membres qui le composent. Pour avoir la chance d'être titulaire, il faut remporter trois matches. Par contre, si vous en perdez un seul, vous serez disqualifié.


    - C'est un moyen très juste de désigner des titulaires, songea Shintarou. Si on ne fait pas partie de l'équipe, on n'a qu'à s'en prendre à nous-même.


    - Cependant il se peut que les titulaires puissent changer très souvent, reprit Rentarou d'un petit sourire mystérieux. Le tournoi interne aurait lieu à chaque fin de mois. A chaque fois, les titulaires actuels remettront en jeu leur poste et ceux qui ne le sont pas auront l'occasion de prendre la place qu'ils rêvent. Des questions ?


    - C'est aussi un bon moyen d'entrainement, dit Seiichi. En mettant comme enjeu chaque mois la possibilité de devenir titulaire, cela les motive.


    - Et cela motivera aussi les titulaires, ajouta Takaishi. En connaissant cette règles, ils seront incités à s'entrainer et à progresser pour garder leur place.


    - En résumé, grâce à cette méthode, notre équipe va devenir très forte, conclut Kou.

     

    - Puisque vous n'avez pas de questions, commençons, décida Rentarou après avoir attendu quelques instants. Veuillez consulter les feuilles que je vais faire passer pour savoir dans quel groupe vous êtes.


    En raison du nombre réduit des courts de tennis de leur club, Rentarou avait décidé de n'autoriser que deux groupes seulement de participer en même temps. Cela permettait aussi aux autres d'observer les matches et d'apprendre.


    Les différents matches du groupe A se déroulèrent très vite. En fait, Seiichi se trouvait dedans. Il avait terminé chacun de ses matches en moins d'un quart d'heure. Ceux du groupe B se passèrent plus normalement et avec un peu plus de suspense. Lorsque le dernier match du groupe A se termina, le fukubuchou fut naturellement désigné pour être le premier titulaire. Aussitôt Rentarou fit enchainer la suite en donnant le signal au groupe C de commencer. Les groupes B et C jouèrent à peu près au même rythme l'un que l'autre. Ils terminèrent ensemble, à quelques minutes d'intervalle. Ce fut Takaishi et Shintarou qui en sortirent vainqueurs.


    Rentarou inspecta l'heure avant de se décider à poursuivre. Étant donné que Kurata n'avait jamais fait changer les ampoules des lampes situées au-dessus de chaque court et qui permettaient de jouer dans l'obscurité, il ne fallait pas risquer d'être surpris par la nuit. Le lycéen géant ne s'imaginait pas demander à tout le monde d'éclairer à la torche électrique les courts. Cependant il jugea qu'il était encore possible pour deux groupes de prendre leur tour.


    Les groupes D et E n'offrirent guère de long spectacle. Raphael et Tyro étaient chacun dans l'un d'eux et leurs adversaires ne représentaient pas un défi pour leur niveau. Ils remportèrent chacun leur qualification facilement.


    A la suite de ces deux rencontre, le nouveau buchou annonça la fin temporaire du tournoi interne et suggéra à ses équipiers de venir demain le plus tôt possible pour la suite. Il demanda ensuite de remettre le club en ordre et de ramasser les balles.


    Le lendemain matin, tout se déroula comme cela devait se produire jusqu'à la fin des cours. A la sortie du laboratoire de Chimie, Seiichi était venu attendre ses condisciples pour les informer que leur professeur d'Anglais était absente ce matin au grand plaisir de Rentarou. Ils se rendirent ensemble à la salle de leur professeur titulaire où il devait avoir cours plus tard.


    En s'installant à sa table, Rentarou remarqua trois cartons sous la table à sa droite.


    - Seiichi, c'est quoi ces cartons ?


    - Tu devrais le savoir, répondit-il très tranquillement, toujours debout. Tu en as un.


    - Ne me dis pas que ceux sont des filles qui t'ont donné tout ça !


    En clamant son étonnement, Sawamura s'était approché et agenouillé pour regarder sous la table de l'adolescent aux cheveux ébènes. Il découvrit des plaquettes et des bonbons en chocolat dans les deux premiers et la moitié du troisième.


    - C'est l'objectif de la Saint-Valentin, non ? fit Seiichi d'un air faussement blasé. J'adore cette journée.


    Il se pencha et examina l'intérieur du carton au pied de la table de Rentarou.


    - Tu as besoin d'un carton pour en transporter si peu ? rit-il.


    - C'est parce qu'il en a distribué à toute la classe au fur et à mesure, expliqua Shintarou narquois. Autrement, je suis sûr qu'il aurait moins rempli tout ce carton.


    - Cela ne se fait vraiment pas, Rentarou, le réprimanda Seiichi.


    - Pourquoi ? Je ne mange pas de sucreries. Ca fait grossir, ca donne des caries et ça endommage à terme ton corps. Je préfère les donner à des gens qui en profitent vraiment.


    - Rentarou, Rentarou, Rentarou, soupira le jeune ninja. Tu ne comprends rien au caractère sacré des chocolats de la Saint-Valentin !


    - Tu n'as pas l'impression d'en faire un peu trop ? fit Tachibana en riant.


    - Absolument pas. La Saint-Valentin est un jour important dans la vie d'un homme.


    - Et c'est quoi au juste la Saint-Valentin ? demanda Rentarou qui s'était assis entretemps et cherchait un moyen pour faire taire son meilleur ami.


    - C'est le jour où les filles offrent du chocolat au garçon dont elle est amoureuse. Également, elles en donnent pour remercier un garçon ou une fille pour un service rendu, expliqua Shintarou.


    - Alors pas étonnant que Seiichi reçoit tant de chocolats, dit Rentarou d'un ton las. Toutes les filles du lycée sont sous son charme.


    - Eh oui, s'exclama Seiichi très enjoué. J'ai toujours adoré cette journée. Toutes les filles qui viennent à ma rencontre pour donner du chocolat. C'est vraiment la plus belle fête de l'année.


    - Finalement, c'est peut-être pas plus mal quand il ne parle pas et donne l'impression de faire la tête toute la journée, songea Sawamura en se tenant le front du plat de la main.


    Le peu de cours qui resta se déroula normalement. L'après-midi, la petite bande se rendit au club de tennis à la fin des cours. Ils se changèrent tout en discutant de leur journée.


    - J'ai eu des chocolats de Yoko-chan, annonça soudainement Rentarou avec fierté en retirant en même temps son pantalon.


    - C'est vrai ? Moi aussi, dit Tyro. Ils sont drôlement bons, hein ?


    - Quoi ? Tu ne peux pas avoir ! C'est moi qui sort avec elle !


    - Ne te fâche pas, tempéra Shintarou. J'en ai eu moi aussi et je suis sur que le reste de la bande en a eu aussi. Lors de la Saint-Valentin, les filles en offrent au garçon qu'elle aime mais aussi à leurs amis, garçons ou filles, dont elles sont proches ou apprécient.


    Kou, Takaishi et Raphael confirmèrent avoir reçu des chocolats de la part de la vice-présidente du conseil des étudiants.


    - Si c'est ça, ça va, accepta Rentarou en détournant la tête, jaloux ne pas être le seul à recevoir des chocolat préparés des mains de sa petite amie.


    - Attendez ! Moi, je n'en ai pas eu, se plaignit Seiichi.


    - En fait, elle m'a dit qu'elle ne voulait pas t'en donner à toi, avoua Tyro gêné.


    - Mais j'ai toujours été son ami. Je l'ai écouté tout le temps depuis le début de l'année, je l'ai conseillé et soutenu. Pourquoi ?


    - Parce qu'elle désapprouve ta vie sentimentale. Selon elle, c'est une pratique injuste de changer de filles comme de chemise. Comme elle savait que tu recevrais des tas de chocolats de toutes les filles du lycée, elle ne voulait pas te soutenir dans tes idées de conquêtes. Désolé. Ceux sont ses propres termes.


    Quand Tyro eut terminé l'explication, Rentarou et Shintarou partirent dans un grand fou rire. Pour eux qui avaient dû supporter, comme tout leur classe, le discours de leur ami pendant une heure, cela sonnait comme une douce et agréable revanche à leurs oreilles.


    - La vie est tellement injuste, soupira l'adolescent aux cheveux ébènes.


    En disant cette réplique, il réfléchit rapidement à des vers pour traduire les émotions de ce moment et les récita à ses amis avec lyrisme.

    Ô rage ! Ô désespoir !
    Comme le temps se montre être un ennemi cruel et implacable.
    Ce matin, je croyais être si admirable
    Mais je me découvre si détestable au soir.


    - Pitié avec la poésie ! râla Rentarou en se redressant. On en bave assez avec Noda-sensei !


    - Moi, je trouve ça beau, dit Kou.


    - Ne l'encourage pas, s'il te plaît, supplia Takaishi. Quand il est en inspiration, il est capable de réciter des vers pendant des heures. Ou alors tu le prends chez toi cette nuit !


    - Bon à présent, ça suffit les bêtises, tonna la voix de Rentarou. Il est temps de sortir !


    Lorsqu'ils sortirent finalement des vestiaires, le buchou du club annonça à ses membres la reprise du tournoi interne. Comme il ne resta plus que deux groupes, il choisit de laisser tout le monde regarder les matches qui se jouaient. Le groupe F était composé d'individus au niveau moyen et Rentarou se demanda sérieusement qui serait qualifié. A sa grande surprise, et celle de tout le monde également, ce fut Kou.


    Le dernier groupe n'apporta aucun étonnement ni suspense puisque c'était celui dans lequel s'était placé Rentarou. Il remporta rapidement chacun de ses matches et confirma sa place de titulaire.
    Pour une rare fois, la séance fut levée avant dix-sept heures. Avant cela, le buchou réunit l'ensemble des membres de son club et les félicita pour les matches que chacun avait pu jouer pendant ce tournoi et les encouragea à s'entrainer davantage pour progresser s'ils rêvaient toujours de devenir titulaires.


    La bande sortit du lycée et se rendit dans café non loin de là pour fêter l'événement.


    - Ce n'est pas génial ça ? Nous sommes tous titulaires, s'écria vivement Tyro en levant le plus haut qu'il put son grand verre de coca.


    - Je suis sûr qu'il y a eu une certaine triche, dit Seiichi moqueur en toisant Rentarou.


    - Je n'ai triché en rien du tout, protesta t-il. Il aurait été idiot de ma part de mettre des gens forts, comme toi, Tyro ou Raphael-san dans un même groupe.


    - C'est vrai, approuva Shintarou. Il fallait un gagnant par groupe.


    - Merci, Shin, soupira le lycéen géant. Par contre, je suis agréablement surpris que Kou-kun et Taka-chan ait réussi eux aussi.


    - Je suis très étonné moi aussi, avoua Kou.


    - En tous les cas, je vais travailler très dur pour le mériter et faire honneur au club, ajouta Takaishi.


    - Il y a aussi autre chose que je dois vous dire, annonça Rentarou. Le proviseur et moi avons décidé pour permettre à l'équipe de s'entrainer de dispenser d'examens à ce trimestre les titulaires.


    - Tu veux dire qu'on n'a pas d'examens ? s'extasia Tyro. Mega super trop génial !


    - Oh non ! J'ai terminé mon programme de révisions moi, se lamenta Shintarou.


    Seiichi écouta en souriant les réactions de ses compagnons en buvant sa tasse de thé. Il la reposa ensuite calmement.


    - Dans ce cas, il ne nous reste plus qu'à remporter les Nationales désormais, conclut-il.

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