• Chapitre 8

     

    Chapitre 8


    Ses larges yeux bleus océan ouverts, Seiichi fixait le plafond blanc de sa chambre, les bras étendus le long de son corps. D'après le degré de luminosité des rayons du soleil traversant les rideaux de sa fenêtre, il estima qu'une petite vingtaine de minutes s'était seulement écoulée depuis son réveil.


    A bien des niveaux, Seiichi s'avérait être un adolescent réellement différent des autres. D'abord, il ne fréquentait jamais les autres jeunes et ne participait à aucune activité commune. Ce garçon n'était nullement timide ou complexé par ses capacités. L'adolescent renvoyait férocement tous ceux se risquant à l'approcher pour lui proposer de se joindre à un groupe. Sa manière de s'exprimer dans un style si soutenu que ses camarades pensaient souvent que celui-ci avait avalé dictionnaire rendait parfois la communication difficile avec ceux de son âge. D'ailleurs, il appréciait énormément utiliser de longues phrases complexes et des mots de plus de trois syllabes.


    Sa voix, douce et légère, le différenciait également de tous les autres garçons. Malgré ses quinze ans, elle n'avait toujours pas mué. il conservait le timbre de l'enfance. Un son féminin dont se moquait ses pairs. Une année et demie avant son entrée au collège, Seiichi avait commencé à travailler sur ses cordes vocales. Désormais, l'adolescent parvenait à gommer son intonation de jeune fille. Cependant cela demandait une vigilance de tous les instants.
    Enfin Seiichi détestait les week-ends, vacances et tout autre congé le privant d'une journée de cours.


    Il fallait bien évidemment préciser aussi que ce garçon avait reçu une éducation si spartiate qu'il était impossible de s'imaginer la dure réalité de celle-ci et de ses conséquences.


    C'était déjà le quatrième week-end passé loin de la résidence familiale et Seiichi ne s'habituait toujours pas à son nouveau rythme de vie. Son corps était programmé depuis sa naissance, ou presque, à se réveiller dès les premiers rayons de l'aube.


    Les jours de la semaine où il avait cours, cela ne présentait guère une gêne. Le jeune homme se rendait rapidement à la salle de bain dans la plus grande discrétion et accomplissait son triste rituel. Vers cinq heures du matin, ses condisciples dormaient tous encore.


    Mais le week-end changeait la donne. Du vendredi soir au Lundi matin, Onita, le surveillant général qui assurait la discipline au sein de l'établissement et le fonctionnement de l'internat, devenait beaucoup plus méfiant à l'égard des jeunes pensionnaires.


    En même temps, ce n'était pas totalement injustifiée au vu de certains énergumènes sévissant ici. Comme ce petit garçon roux aux cheveux emmêlés qui était sorti en pleine nuit dans le couloir en slip sans la moindre gêne. Le savon que lui avait infligé Onita avait été si magistral que tout le monde avait été réveillé par les stridents cris de l'agressif surveillant, y compris les filles qui étaient descendus de l'étage supérieur pour connaître la nature de ce vacarme.


    A cause de cette surveillance accrue, Seiichi ne pouvait pas quitter librement sa chambre au petit matin et se rendre à la salle de bain ou aux toilettes sans être pris. Le premier week-end, il avait failli être attrapé. Le jeune homme s'était cru perdu avant d'expliquer à Onita que le bruit entendu devait probablement être un défaut d'une canalisation et avait ensuite regagné ses pénates rapidement craignant d'être soumis à un de ces redoutables interrogatoires dont l'effrayant adulte avait le secret.


    Brusquement, son beau visage pâle grimaça péniblement. Tandis que ses yeux se fermèrent par simple réflexe dans l'espoir de tenter de fuir cette douleur lancinante, sa main droite se posa, sous les couvertures, sur son estomac. Il subissait une fois de plus ces crampes et ces spasmes qui soulevaient continuellement cet organe. A l'intérieur, quelque chose s'agitait, remuait et remontait. L'adolescent luttait pour conserver ce fluide à l'intérieur de son organisme. Les fluides, tel que l'urine ou le vomi, ne devaient jamais souiller les draps d'un lit ou d'un vêtement. Seul le sang était pur et lavait l'honneur d'une faute quand il se mettait à couler.


    Se rendre dans le secret absolu jusqu'à la pièce sanitaire et effectuer son sombre rituel matinal était l'unique remède dont Seiichi avait réellement besoin. Une fois accompli, il pourrait arborer à nouveau son masque dépourvu de toute émotion et reprendre le fil de sa pathétique existence où le jeune homme l'avait laissé en se couchant la veille au soir.


    Mais les étudiants ne se lèveraient pas avant trois heures minimum. Au milieu de ce troupeau d'adolescents, il était absolument exclus de pratiquer son sombre rite quotidien. Seiichi devait donc patienter trois heures de plus avant d'être capable de descendre prendre son petit-déjeuner.


    Au cours de son enfance, sans cesse, ses père et mère l'intimaient de poursuivre ses études, de s'entrainer à la pratique des arts martiaux, de méditer ou de se consacrer à la prière, même malade et brûlant de fièvre.


    Petit, et encore actuellement, il souffrait sans cesse de diverses maladies, allant d'une bronchite à la pneunomie en passant par une grippe. Cela n'incitait pas ses parents à le laisser se reposer. Bien au contraire.


    A présent qu'il était libre de décider de son propre emploi du temps, Seiichi ne voulait plus se lever malade. Ses crampes lui contractaient tant l'estomac que le jeune homme ne savait se concentrer sur aucun travail et devrait tout recommencer.


    Quand Seiichi se sentit finalement prêt à se lever et que son corps fut à nouveau opérationnel pour débuter sa journée, il était passé dix heures. Le lycéen sortit de la salle de bain et descendit au réfectoire.


    De ce rituel, l'adolescent tirait un certain avantage : ne jamais attendre pour être servi par les dames de services. En semaine, il passait toujours le premier et le dernier le week-end.


    - Tu as encore paressé, Shiromiya-kun, se moqua une des cantinières.


    Le regard ferme et fixe, Seiichi ne dit rien et attendit d'être servi. Comme à chaque petit déjeuner, il prenait tous les plats proposés : le bol de riz, deux parts de pancake, quatre tartines de confiture, un bol de céréales et un fruit. C'était une orange ce matin là.


    - Tu manges tellement, Shiromiya-kun, ajouta t-elle en lorgnant avec envie le lourd plateau. Je me demande comment tu fais pour ne pas grossir ni dormir après avoir avalé tout ça ! Je suis jalouse !


    L'esprit concentré sur les paroles et la mélodie que diffusait son lecteur MPX, le jeune homme ne prêtait nullement attention au propos de cette femme. Certes, il appréciait particulièrement de lire sur les lèvres et de comprendre les intentions de la personne en face de lui mais ce genre de situation l'agaçait. L'adolescent aurait tant aimé que ses plateaux soient normaux et prendre du poids comme n'importe qui !


    Une fois son repas consommé, il quitta la pièce en rapportant préalablement son plateau et se rendit à l'intérieur du bâtiment des cours chercher des affaires dans son casier.


    Shiromiya Seiichi était un garçon sérieux, appliqué et soigneux. Toutes les choses contenues à l'intérieur étaient rangées impeccablement. Tout en bas était posé deux paires de chaussures. Des baskets et des souliers. Au-dessus était plié au carré deux livrées d'uniforme, sa blouse blanche pour le cours de Chimie et sa tenue de sport. Sur les deux étagères supérieures étaient entreposées ses manuels de classe et son matériel scolaire. Enfin quelques livres personnels reposaient sur la dernière.


    En défaisant l'attache qui accrochait serviette à la porte du casier, Seiichi ne put s'empêcher de penser à combien il détestait cet horrible armoire en bois. Celui-ci lui rappelait trop combien son incapacité à retourner dans sa chambre dans la journée. Le jeune homme se détestait pour sa propre faiblesse et sa lâcheté à refuser de combattre ses démons intérieurs.
    Tendant sa main bien haut, Seiichi attrapa le matériel utile pour faire ses devoirs et referma la porte. Il se dirigea en direction de la bibliothèque et s'installa à sa table habituelle, celle au milieu de l'espace de travail.


    Seiichi appréciait le calme et la douceur régnant au sein d'une bibliothèque. Chaque fois qu'il pénétrait en ces lieux saints, le jeune homme ressentait un profond apaisement de son âme. Tout ce qui le faisait cruellement souffrir existait toujours au-délà des portes de ce merveilleux monde. Mais son esprit les oubliait et partait loin grâce aux documents consultés.


    Le frêle adolescent se pencha sur l'écriture de la dissertation à remettre dans le courant de semaine en Histoire. Le sujet traitait de l'ère Edo et demandait en quoi la structure politique de cette époque avait permis de soumettre la société. Par ses connaissances acquises par ses origines, Seiichi n'eut même pas besoin de rechercher des informations et écrivit de mémoire le contenu de son devoir en une vingtaine de pages.


    Quand il eut reposé son stylo noir sur la table, le lycéen relut intégralement sa copie et jugea le résultat satisfaisant. En dehors de ce devoir, l'adolescent devait encore faire des recherches sur le dernier cours de Chimie mais l'aide de son binôme lui serait néccesaire. Si ses compétences littéraires n'étaient plus à prouver, celles du domaine scientifique demeuraient en constante latence. Il rangea donc son devoir dans un parapheur puis remit ses autres affaires dans sa serviette et quitta la bibliothèque.


    Après un passage éclair pour remettre ses possessions à leur place et prendre un de ses livres, il choisit de s'installer à l'ombre d'un chêne, près de l'entrée de l'établissement.
    En temps ordinaire, Seiichi dédaignait tous lieux que fréquentaient ses condisciples et se réfugiait du côté de la pièce d'eau. Mais aujourd'hui le soleil montait déjà haut dans le ciel, comme la température, et donnait sur la partie arrière du campus. L'astre ne tournerait pas vers le portail avant la fin de la journée. Or, l'adolescent aux cheveux ébènes ne supportait pas la chaleur et la luminosité du soleil.


    Plongé dans la lecture des beaux vers de Baudelaire, Seiichi ne perçut presque plus rien du monde extérieur, même si ses sens restaient constamment en éveil. Il le prouva, à l'instant même où un jeune garçon à la chevelure brune, aussi emmêlée qu'une meule de foin fraichement remuée, passa le portail, en redressant vivement la tête et en regardant attentivement le nouveau venu.


    - Tu n'es pas un étudiant de cette école.


    Les yeux posés sur l'enfant, l'adolescent estima sa taille à moins d'un mètre cinquante. Peut-être même moins d'un mètre quatre-cinq.


    Un écolier venu en train voir son grand frère interne ? C'est étrange, pensa Seiichi. Même si les parents accordent de l'autonomie à leur enfant, ils ne le laissent pas quitter leur ville, souvent même leur quartier, tout seul. Ainsi qui peut être ce petit garçon et d'où vient-il ? Mais personne ne serait interne dans un lycée de sa propre ville. Cela serait tout bonnement ridicule.


    En formulant intérieurement ces réflexions, il observa encore plus attentivement l'enfant et remarqua que le sens de l'esthétique ne sembla pas très développé chez la personne qui l'avait habillé. Ce garçon portait un tee-shirt rouge à manches longues dépareillées, une de couleur verte et l'autre jaune, un short kaki très courts et des baskets roses et blanches. Également, un large bandeau jaune fluo tentait de structurer sa masse de cheveux.


    Face à un tel accoutrement si excentrique et peu conventionnel, Seiichi dût faire beaucoup d'effort pour ne pas montrer son étonnement. En son for intérieur, le jeune homme songea qu'il ne s'habillerait jamais de manière aussi ridicule à moins d'être devenu complètement fou.


    - Bonjour, dit le jeune garçon.


    En même temps que sa salutation, l'écolier voulut s'incliner du buste. Cependant il se courba vraiment très bas et bascula en avant tombant dans l'herbe, la tête un mètre à côté des pieds des genoux de Seiichi.


    - Je suis désolé, bredouilla t-il penaud en se recroquevillant sur le sol.


    - Qui es-tu ?


    - Je m'appelle Nobu, répondit-il en redressant juste la tête. Nobu. Oui, c'est Nobu Oota !


    - Normalement, tu es sensé mettre ton nom avant ton prénom, corrigea Seiichi.


    - Je suis désolé, s'exclama Nobu en plaquant sa tête contre le sol.


    - Ce n'est pas si important, affirma Seiichi même si celui-ci était normalement très à cheval sur les règles de politesse. Que viens-tu faire ici ? C'est un lycée et je doute que tu sois un étudiant ici.


    - Non, je suis un collégien, révéla Nobu en relevant la tête. Je viens voir un ami à moi. C'est Rentarou-kun ! Tu le connais ?


    Collégien ? s'étonna mentalement Seiichi. Ce garçon est déjà au collège ? Il semble aussi mâture qu'un écolier de troisième année !


    - Je ne connais pas le prenom de mes condisciples, l'informa Seiichi. Ici, nous nous appelons seulement pas nos noms de famille. Tu connais celui de ton ami ?


    - Je ne m'en souviens plus, avoua Nobu, en baissant la tête, dle visage rouge écarlate.


    - Dans ce cas, décris le moi, suggéra Seiichi. Je pourrais peut-être le reconnaître.


    - D'accord, accepta Nobu en retrouvant le sourire. Alors c'est un type super grand et super fort ! Et il porte toujours des lunettes de soleil ! Ca t'aide ?


    - Grand ? Fort ? Avec des lunettes de soleil ? répéta Seiichi en arquant un sourcil.


    Même en faisant le maximum pour l'éviter, je n'y arrive pas, songea t-il, dépité.


    - Satsuma Rentarou-han, dit Seiichi en poussant un faible soupir.


    - Alors tu le connais ? Tu sais où je peux le voir ? s'écria Nobu très excité.


    - Nous sommes condisciples et non amis, se défendit Seiichi. Je ne passe pas mon temps à rester près lui et à savoir ce qu'il fait.


    - Mais je suis venu voir Rentarou-kun, gémit Nobu en adoptant une expression très triste.


    Refermant son livre, Seiichi se releva, la main droite posée contre le tronc de l'arbre contre lequel il s'était adossé, et fixa attentivement le jeune garçon qui se tenait devant lui.
    Au premier examen de la situation, celle-ci l'ennuyait considérablement. Il ne désirait pas s'embarrasser de cet enfant et l'envie de le rabrouer le démangeait fortement. Mais l'adolescent aux cheveux ébènes s'interdit de procéder d'une telle manière. En aucun cas, son acte ne pourrait être correct ni responsable. Dans cette situation, malgré l'ennui et la répugnance éprouvée, l'honneur dictait de prendre soin de ce petit garçon et de le conduire à sa destination.


    - Je vais essayer de t'amener à Satsuma-kun, annonça Seiichi.


    - Vraiment ? C'est génial, acclama Nobu en battant des mains.


    Fronçant les sourcils, le frêle adolescent aux cheveux ébènes se demanda dans quelle aventure il venait de s'engager. Le jeune homme tenta de trouver un moyen de retrouver son condisciple mais rien ne lui vint à l'esprit. Avant d'entreprendre le début des recherches, Nobu questionna Seiichi.


    - Au fait, comment tu t'appeles ?


    - Mon nom est Shiromiya Seiichi. Je suis en première année classe D.


    - Dis, Seiichi-kun, pourquoi tu parles si bizzarement ?


    - Bizzarement ?


    Comme à chaque fois où il s'étonnait, sa voix redevenait féminine.


    - Bah oui ! Tu as une intonation étrange et différente de celle que je peux entendre sur Tokyo.


    - Ah ? Tu veux parler de mon accent. C'est normal puisque je suis originaire de Kyoto. Je m'exprime en kansai-ben depuis que j'ai appris à parler. Par ailleurs, je n'aime pas du tout l'accent des gens de Tokyo, même s'il est reconnu comme standard. Après tout, autrefois, Kyoto était la capitale du Japon. Par conséquent, le dialecte et l'accent du Kansai devraient être davantage mis à l'honneur que stigmatisé.


    Nobu éclata de rire.


    - Seiichi-kun, tu es vraiment un chauffe à vin !


    L'adolescent arqua un de ses fins sourcils, surpris, mais garda le contrôle de sa voix.


    - Qu'est que tu essaies de me dire ?


    - Ben, je veux dire que tu défends l'endroit où tu es né. Je ne suis pas doué avec le vocabulaire.


    - Je vois. Tu voulais dire chauvin. Mais tu as tort. Je ne suis absolument pas chauvin. Je me base à partir de faits réels et historiques pour établir mes opinions. Je me montre toujours objectif.


    - Tu parles. tu défends quand même ta région natale.


    - Il s'agit d'un hasard que je sois né là-bas.


    - Je suis sûr que si tu étais né à Kyuushu ou Hokaido, tu aurais défendu l'endroit de ta naissance.


    - Tu parles sans savoir, Nobu-kun. A présent, mettons-nous au travail. Ne veux-tu pas retrouver Satsuma-han ?


    Pour réussir cette tâche, Seiichi se résolut à interroger tous les internes restés au sein de l'établissement afin de glaner quelques renseignements. La tournée ne dura que peu de temps. En dehors de lui-même, il ne resta qu'une petite douzaine d'étudiants disséminés sur le campus sur les cent-cinquante qui constituaient l'effectif de l'internat. Toutefois, ce ne fut pas si infructueux que le jeune homme l'eut pensé car une fille se remémora d'un infime détail.


    - Il me semble l'avoir vu, exposa t-elle à Seiichi. C'était le week-end dernier quand mon copain m'a emmené à Odaiba pour aller au parc d'attraction.


    - Mais es-tu certaine que ce soit Satsuma-han ?


    - Il était loin mais lui est vraiment grand, fit la jeune fille en jouant avec une de ses mèches noires. Cependant comme tu le sais, Seiichi-kun, nous sommes dans la même classe alors je connais sa silhouette.


    Écoutant avec une grande attention ces détails, Seiichi opina de la tête puis la remercia poliment de son aide tout en s'excusant de l'avoir ennuyé avec cette histoire. Il réfléchit ensuite à la possibilité que Satsuma puisse réellement se trouver dans le quartier d'Odaiba actuellement. Après tout, son condisciple pouvait y être allé la semaine dernière mais rien ne garantissait qu'il irait aussi aujourd'hui.


    - Seiichi-kun, allons à Otaba ! s'écria jovialement Nobu en tirant si fort sur la chemise de Seiichi qu'il réussit à la dégager de son pantalon.


    - Odaiba, Nobu-kun, corrigea Seiichi de manière automatique. Et nous ne pouvons pas nous rendre là-bas si aléatoirement. Rien ne prouve que Satsuma-han sera là.


    - Mais on n'a pas d'autre piste, objecta Nobu en fronçant son petit nez, alors allons-y ! Allons-y !


    Malgré sa réticence à se rendre dans un endroit où toutes les probabilités indiquaient qu'il perdrait son temps, Seiichi se résolut à accepter la suggestion malgré tout. Par ailleurs, le jeune homme n'eut pas vraiment le choix car son interlocuteur tirait de plus en plus fort sur sa chemise que celle-ci menaçait sérieusement de se déchirer.


    - J'ai compris, lâcha Seiichi résigné. Mais nous explorons le quartier deux heures maximum et si nous ne le trouvons pas, on rentre attendre Satsuma-han ici. As-tu bien compris ?


    - Ouais ! Tu es génial, Seiichi-kun, s'exclama Nobu ravi.


    L'adolescent et l'enfant quittèrent donc le campus et se rendirent à la station la plus proche de métro. Seiichi acheta deux tickets pour leur destination. Tous deux traversèrent la nuée humaine jusqu'au quai pour embarquer dans la bonne rame.


    En arrivant, Nobu sauta le premier du train et courut précipitamment vers la sortie si bien que Seiichi dût jouer des coudes avec ses voisins pour gagner des places. Il remonta péniblement une centaine de mètres pas à pas, donnant sans cesse de petits coups dans le dos des gens, en reçut aussi et atteignit dans un soulagement évident les ascenseurs où il retrouva Nobu.


    L'espace d'un instant, Seiichi éprouva l'envie de lui tordre le cou mais se retint en se remémorant que ce n'était qu'un enfant pourvu de réactions imprévisibles. Pour calmer ses nerfs, il s'imagina faire la leçon à ses parents irresponsables.


    - Nobu-kun ! dit Seiichi d'une voix très froide, les sourcils levés. Tu ne dois en aucun cas t'éloigner de la personne avec laquelle tu es ! Cela est dangereux !


    - Je suis désolé, Seiichi-kun, murmura Nobu en baissant la tête. Je ne pensais pas à mal. J'étais juste très excité d'être enfin arrivé !


    - Ne t'éloigne plus de moi ou nous rentrons directement.


    La menace fit un très fort effet sur le petit garçon qui se calma instantanément. L'adolescent attrapa sa main et tous les deux remontèrent à la surface pour se mélanger à la foule nombreuse qui recouvrait les trottoirs d'Odaiba.


    - Il y a trop de monde ici, se plaignit Nobu. On ne verra jamais Rentarou-kun !


    - C'est toi qui a voulu venir, rappela Seiichi en s'efforçant à conserver son calme.


    - Je ne pensais pas qu'il y aurait tant de monde, Seiichi-kun, fit Nobu penaud.


    Le jeune garçon demeura un long moment silencieux. Une période que Seiichi apprécia fortement et aurait souhaité la prolonger le plus longtemps possible. Celle-ci cessa quand ils atteignirent un croisement d'où l'on pouvait apercevoir l'immense bâtiment pourvu d'une grosse sphère en son centre occupée par la Fuji Télévision.


    - Seiichi-kun, tu penses quoi de Rentarou-kun ?


    - Il est une personne peu ordinaire, dit Seiichi après avoir réfléchi correctement à la formulation de sa réponse.

    - C'est vrai, approuva Nobu en secouant énergiquement sa tête. Rentarou-kun est le type le plus incroyable et génial que j'ai jamais rencontré !


    Se retenant de pousser un soupir, Seiichi réalisa qu'il passerait probablement tout le reste de sa journée à écouter des louanges de son condisciple. Cette perspective le démoralisa totalement mais n'en montra aucun signe extérieur.


    - Quand on vivait à Yokohama, on était tous deux des gamins des rues. Moi, j'arrivais à survivre en piquant à manger sur des étals de magasins. Mais Rentarou-kun était différent ! Même petit comme je le suis encore, il se risquait à provoquer de gros durs pour prendre leur nourriture !


    Levant un sourcil suite à cette révélation, Seiichi devint subitement attentif. Finalement, la journée ne serait pas une si grande perte. Peut-être pourrait-il comprendre les raisons du comportement de Satsuma ?


    Cependant il existe une incohérence dans cette histoire, songea Seiichi. Satsuma-han est un garçon qui pense toujours aux autres avant lui-même. Je ne le vois pas attaquer quelqu'un juste pour obtenir de la nourriture ensuite.


    - Mais tu sais où Rentarou-kun était le plus cool, Seiichi-kun ? l'interrogea Nobu, l'air béat.


    - Je pense que tu devrais bientôt répondre à cette question, éluda Seiichi très calmement.


    - Eh bien, il abandonnait la nourriture dans un parc ou tout endroit où vivait des enfants seuls au monde comme nous deux, révéla Nobu avec excitation. Alors moi j'en prenais un peu et en retour, je piquais des biscuits et des fruits dans un magasin pour les partager avec lui en remerciement.


    - Pourquoi Satsuma-kun agissait ainsi ? s'étonna Seiichi. La nourriture est une chose importante et cela aurait été plus raisonnable de la conserver en vue de périodes difficiles.


    - J'ai posé la question une fois à Rentarou-kun, avoua Nobu. Il m'a répondu que ce qui lui plaisait était de combattre les gros durs de la ville et de leur prendre ce qu'ils possédaient pour leur montrer leur défaite mais ça lui faisait mal de garder ça.


    - Mal ? répéta Seiichi en fronçant davantage ses fins sourcils.


    - Il ne m'a jamais expliqué pourquoi, reprit Nobu plus tristement, la mine basse. Il ne m'a même jamais dit pourquoi se battre lui faisait du bien.


    Redevenu silencieux, Seiichi plongea ses mains dans ses poches. Ces anecdotes racontées par cet enfant ne collaient absolument pas avec le personnage auquel ressemblait son condisciple. Satsuma lui apparaissait comme un véritable modèle de vertu et de droiture. Il n'aurait jamais cru être capable de rencontrer une personne faite de chair et sang comme lui. Son voisin s'oubliait toujours dès qu'un individu, même sans lien tangible avec lui, avait un problème et faisait tout pour lui apporter son aide.


    A présent, imaginer ce même Satsuma en train d'écumer les rues d'une ville et à chercher la bagarre, même âgé de quelques années de moins … Non, il n'arrivait pas à mettre une image de la situation dans son esprit tant elle lui paraissait grotesque.


    Mais quelque chose le troubla dans ce raisonnement. Sa mémoire venait de lui rappeler plusieurs moments où il avait aperçu Satsuma plus agressif qu'à l'accoutumée. D'abord, l'histoire entre lui et Fukuda qui l'avait fait sortir de cours pour refouler sa colère montante. En même temps, il comprenait pleinement ses raisons : celui-ci avait revu son ancien tortionnaire de l'époque de l'école élémentaire. Toutefois, l'adolescent aux cheveux ébènes avait parfaitement lu des marqueurs émotionnels de haine, de colère et de violence sur le visage de son binôme. Il se souvenait ensuite de plusieurs moment où l'irritation l'assaillissait et résistait de son mieux pour la contrôler et conserver son calme.


    Certes, Satsuma était sans nul doute un garçon impulsif et colérique qui contrôlait ses émotions néfastes le mieux possible mais cela ne signifiait pas celui-ci était capable de la violence dont le jeune Nobu lui parlait.


    - Seiichi-kun, tu m'écoutes ? s'écria vivement Nobu d'un ton vexé et ennuyé. Ca fait une heure que je t'appelle !


    - Vraiment ? fit Seiichi en émergeant de ses pensées suite aux cris du garçon. J'en suis navré.


    - On va où, Seiichi-kun ? Ce carrefour est si grand, se lamenta Nobu d'une moue comique.


    Bien que de nature pragmatique et logique, le jeune homme choisit toutefois de se remettre au hasard pour continuer leur promenade dans les rues de ce quartier. De toute manière, il ne s'attendait nullement à retrouver son condisciple de manière aussi aléatoire. Néanmoins, Seiichi devait faire preuve de bonne volonté afin de ne pas décevoir son jeune compagnon. Le lycéen leva le nez pour apercevoir plusieurs panneaux indicateurs et les lut afin de choisir la meilleure piste.


    - Prenons la rue de gauche, décida Seiichi. Elle mène à plusieurs centres sportifs et magasins de sports. Beaucoup de jeunes doivent se trouver là-bas.


    En même temps qu'il annonça sa décision, l'adolescent serra plus fort la main de Nobu, craignant sa réaction au moment de traverser la route. Le jeune homme attendit patiemment l'immobilisation des véhicules aux feux tricolores et endura péniblement et silencieusement les cris du petit Nobu à réclamer aux voitures de s'arrêter.


    - Tu es déjà venu ici, Seiichi-kun ? demanda Nobu quand ils furent de l'autre côté.


    - Non, c'est la première fois, répondit Seiichi d'un ton neutre.


    - Comment tu savais pour les centres sportifs alors ? s'étonna Nobu en écarquillant ses pupilles marron.


    - J'ai lu les panneaux et analysé le meilleur chemin à suivre, révéla t-il en cachant sa surprise que la question de l'enfant lui procura.


    - Ah ? Il y a des panneaux qui indiquent les routes ? s'écria Nobu qui n'aurait probablement pas été plus surpris si Seiichi lui avait annoncé avoir vu un OVNI survoler la ville la nuit dernière.


    - Tu ne m'as pas dit que tu avais grandi seul dans les rues, Nobu-kun ? fit Seiichi qui n'apprécia pas du tout la tournure de cette conversation.


    - Mais je ne savais pas lire à l'époque, avoua l'enfant tout penaud. Encore maintenant j'ai du mal à comprendre les mots avec des kanjis compliqués. Alors je n'ai jamais attention si une route était indiquée ou non. Je me fie toujours à mon instinct.


    - Quel âge as-tu, Nobu ? demanda finalement Seiichi désireux de clarifier l'incompréhension.


    - J'ai treize ans, répondit-il. Enfin je crois. Mais légalement j'ai treize ans !


    - Légalement ? répéta Seiichi dont le sourcil demeurait levé. Tu sais quand tu es né, non ? Quand fêtes-tu ton anniversaire ?


    A cette question, le visage de Nobu se renfrogna quelque peu, un voile de tristesse le recouvrant.


    - Je n'ai jamais fêté d'anniversaire ni soufflé de bougies une seule fois, dit Nobu d'un ton devenu étrangement aussi calme que celui usité par Seiichi. Ma mère m'a abandonné bébé. Les services sociaux m'ont élevé plusieurs années puis je me suis sauvé quand j'ai grandi … Je n'arrivais pas à me défendre face aux autres orphelins ou abandonnés avec qui je vivais. A recevoir toujours des coups, j'ai pensé que j'allais mourir mais je ne voulais pas alors j'ai fui et j'ai survécu comme j'ai pu dans la ville.


    Baissant la tête vers le sol, les yeux du lycéen exprimèrent pour une rare fois une expression de tristesse compatissant aux malheurs de son jeune ami. Il posa doucement sa main sur sa crinière brune et emmêla un peu plus ses mèches qui partaient en tous les sens.


    - Que fais-tu à présent ? s'informa t-il d'une voix très douce et compatissante.


    - Grâce à Yushima-sempai, j'ai réussi à récupérer le dossier établi quand j'ai été abandonné et j'ai pu m'inscrire au collège Kanzen Gakuen, exposa Nobu en retrouvant le sourire. Enfin c'est surtout grâce à Rentarou-kun qui m'a fait travailler pour réussir l'examen d'entrée.


    - Je suis très heureux de constater que tu te sois sorti de cette triste condition, lui dit Seiichi le plus sincèrement possible, d'un sourire chaleureux.


    Alors que le jeune garçon le remercia immédiatement, Seiichi se souvint qu'il avait évoqué suivre ses études au collège Kanzen Gakuen. Portant correctement son nom se rapportant à la perfection, cet établissement privé parvenait à se maintenir à la troisième place des classements des collèges tokyoites. D'après les rumeurs circulant dessus, on racontait même que le proviseur était le jeune frère de celui du lycée Ryoko Gakuen que fréquentait Seiichi.
    Pendant que l'adolescent aux cheveux ébènes méditait sur ces pensées et que le jeune garçon à la chevelure brune racontait à nouveau des propos futiles, tous deux passèrent devant plusieurs magasins de sportifs ainsi qu'un centre de frappe dédié au base-ball puis devant un terrain de football mais ils ne virent jamais la massive silhouette de leur camarade commun. Le duo déboucha sur une large avenue où se tenait un vendeur ambulant de takoyakis bien occupé vu la longue file d'attente devant le chariot.


    - Seiichi-kun, j'ai faim, réclama Nobu en se frottant son estomac. Mangeons ! Mangeons ! Je veux des takoyakis ! Allez !


    Depuis bien longtemps, l'adolescent avait accepté d'obéir aux différentes suggestions de son jeune ami bien qu'il lui en coûta beaucoup moralement de passer tous les caprices d'un gamin. Mais il ne voulait ni provoquer de scandale ni argumenter des heures durant ni crier en pleine rue. Or, en refusant les propositions de Nobu, Seiichi savait pertinemment que cela aboutirait fatalement à la suite de ces évènements imaginés.


    Après avoir attendu presque une demie-heure, les deux jeunes repartirent en mangeant en même temps leurs délicieuses brochettes de poulet.


    - J'ai soif maintenant, se plaignit Nobu quand il eut terminé de manger. Tu m'achètes à boire ?


    - Tu dois dire s'il te plait pour formuler ta demande, corrigea Seiichi en se retenant difficilement de ne pas pousser un profond soupir de désespoir.


    - Alors tu peux m'acheter à boire, s'il te plait, Seiichi-kun ?


    - Je ne sais pas où trouver de distributeurs, avoua Seiichi, mais retournons sur nos pas. Tout à l'heure, nous sommes passés près d'un parc. Sans aucun doute, nous trouverons une fontaine.


    Ils refirent donc le chemin inverse qu'il avait parcouru jusqu'à là, dépassant même le vendeur ambulant, avant de pénétrer dans ce parc.


    Ce parc était un superbe endroit dont un simple regard apaisait l'esprit. Sur la pelouse correctement entretenue fleurissait, dans de nombreux carrés, des plants de toutes les couleurs plus magnifiques les unes que les autres.


    A l'ombre fraiche des cerisiers récemment éclos qui se dressaient fièrement le long des larges allées, Seiichi et Nobu remontèrent la principale en marchant sur le voile rose et blanc qui la recouvrait. Ils arrivèrent au milieu du parc où se rejoignait l'ensemble des chemins réservés à la promenade.


    La première chose à apercevoir alors se trouvait être une grande fontaine qui diffusait un grand jet d'eau alimentant le bassin. Sur les côtés, de jeunes enfants s'amusaient à faire voguer un bateau en le téléguidant.


    - Je crois que tu es servi, Nobu-kun, annonça Seiichi.


    Sans répondre à son compagnon, le jeune garçon courut vers la fontaine et se pencha pour boire. La tête proche de l'eau, il lapa le liquide, comme le ferait un chien, et but goulument sans s'interrompre jusqu'à une forte poigne le souleva de terre. Les jambes pendantes dans le vide, le collégien se trouva presque à deux mètres du sol et commença à paniquer quand son regard se posa soudainement sur le visage de son agresseur.


    - Rentarou-kun ! cria joyeusement Nobu.


    - Que fais-tu là, Nobu-kun ? demanda Rentarou énervé en maintenant toujours le garçon en l'air par son tee-shirt. Je t'ai dit cent fois de ne pas te rendre à un endroit que tu ne connais pas !


    - Je m'excuse, Rentarou-kun, fit Nobu en prenant un air navré, mais je ne suis pas venu seul ! Un de tes amis m'a accompagné !


    - Un ami ?


    Très surpris, Rentarou tressaillit puis reposa son ami d'enfance sur le sol avec délicatesse. Il n'apprécia pas du tout la réponse. Le lycéen géant n'avait pas d'ami de son âge et personne ne se souciait de lui. Si Nobu avait précisé une au lieu d'un, il aurait deviné qu'il s'agissait de Matsuda Yoko, sa seule amie pour le moment, et aurait préféré. Son esprit pensait que cet ami en question devait être Fukuda Kou. Malgré sa décision de pardonner son comportement passé et son attitude amicale à son égard, Rentarou n'oubliait pas tout ce qu'il avait enduré à cause de lui. Moins ils se verraient, mieux le jeune colosse se porterait.


    - Qui est cet ami ? voulut-il savoir, le visage devenu sombre.


    - Tu n'as qu'à te retourner, s'exclama Nobu jovialement. Il attend derrière juste là !


    Inspirant rapidement avant, l'adolescent se retourna et découvrit avec stupéfaction Seiichi qui n'avait cessé de les observer, les bras croisés contre sa poitrine.


    - Quand je dis que le destin a décidé de nous lier, dit Seiichi en marchant vers eux. Même hors des cours et du lycée, nous finissons fatalement par nous retrouver ensemble.


    Durant plusieurs minutes, Rentarou ne sut prononcer aucune parole tant cette suite d'événements lui parut incroyable. Finalement, il se décida à remercier son condisciple pour avoir pris soin de Nobu et s'inclina du buste.


    - Merci beaucoup d'avoir pris soin de Nobu-kun.


    - Je ne suis pas certain d'avoir eu le choix, répliqua Seiichi, alors je ne pense pas mériter de remerciements ou quoique se soit.


    - C'était gentil quand même, reprit Rentarou en se reprochant de ne pas savoir continuer une conversation.


    - Tu joues au tennis ? interrogea Seiichi dont le regard se fixait sur le banc où Rentarou était assis préalablement.


    - Comment sais-tu ça ? s'exclama Rentarou avec stupeur.


    - Simplement car tu possèdes au minimum une raquette dans cet étui, répondit Seiichi.


    Nobu observa à son tour le banc et vit aussi ce fameux étui mais ne comprit pas du tout la déduction de son ami. il se retourna vers lui.


    - Mais cet étui pourrait contenir n'importe quoi, protesta Nobu. Pourquoi as-tu pensé au tennis ?


    - J'ai observé la tenue de Satsuma-kun, expliqua Seiichi. En temps normal, hors des cours, il porte un jean et un tee-shirt mais jamais de short comme aujourd'hui. Il en met seulement pour le cours d'Education Physique. Par conséquent, s'il porte un short en ce moment, c'est pour faire du sport.


    - Je comprends le raisonnement, accepta Nobu. Mais pourquoi le tennis ?


    - Si Satsuma-kun avait choisi de jouer à un sport collectif, il serait de toute évidence avec les gens avec qui il jouerait, reprit Seiichi. Cependant il est seul. La conclusion à en déduire revient à dire qu'il pratique un sport individuel.


    - Mais il existe beaucoup de sports individuels, répliqua Nobu, de plus en plus mécontent. Pourquoi as-tu pensé au tennis ?


    - A cause de sa taille, révéla Seiichi. A part une raquette de tennis, il n'existe pas d'objet sportif nécessitant un si grand étui.


    Cette fois, l'argument convainquit totalement le jeune garçon. Celui ci tourna successivement plusieurs fois sa tête entre Seiichi et le banc sur lequel reposait l'étui avant de l'immobiliser enfin.


    - Tu es si intelligent, s'extasia Nobu impressionné et émerveillé. Tu es vraiment trop cool !


    - Ce n'était absolument rien, se défendit Seiichi d'un très petit sourire.


    - J'avoue que je suis moi aussi impressionné, intervint Rentarou.


    - Ce n'est pas grand chose, assura Seiichi en conservant le même ton calme qu'il avait adopté tout le long de la conversation. Je vais vous laisser tous les deux.


    Joignant le geste à la parole, il les salua tous deux en s'inclinant respectueusement et tourna les talons mais Nobu l'arrêta en le tirant par la manche de sa chemise.


    - Seiichi-kun ! Seiichi-kun ! Reste avec nous, réclama Nobu en secouant son bras gauche


    - J'ai du travail à terminer, se justifia Seiichi en retirant la main de Nobu de son membre. Mais je suis ravi de t'avoir rencontré et je te souhaite une bonne continuation.


    Malgré le regard d'une profonde déception lue dans les yeux du jeune garçon, Seiichi poursuivit son chemin et quitta le parc d'un pas pressé.


    Les mains dans les poches, il se ne cessa de repasser les différentes images de la fin de la matinée et de l'après-midi.


    Même si son compagnon l'avait continuellement harcelé et mis à mal ses nerfs et son système digestif, Seiichi s'était aussi attaché à ce petit bonhomme. Ses yeux pétillants de malice, d'espièglerie et curiosité lui manquaient déjà.


    Une fois de plus, il jalousa Satsuma de posséder une chose dont le jeune homme avait tant envie. Chaque jour qui s'écoulait, l'adolescent aux cheveux ébènes ne pouvait s'empêcher de l'observer et d'admirer ses efforts constants de croire en les autres et d'être accepté par eux. Après les révélations apprises aujourd'hui, Seichi le jugeait encore plus digne de respect.
    Également, Seiichi l'enviait aussi pour la manière dont il parlait de sa mère avec tant de foi, d'admiration et de respect. Dans sa bouche, elle paraissait être une sorte de Déesse bienfaitrice dont les enseignements devaient être considérés comme mystiques.


    Portant subitement sa main sur sa poitrine, entre le cœur et l'estomac, le jeune homme durcit les traits de visage. Il se rappela avec force qu'il devait résister aux faiblesses de son corps et de son cœur et se repassa les enseignements de ses parents mentalement.


    L'esprit est plus fort que tout, récita Seiichi. Il surpasse et domine n'importe quel événement. Il domine totalement le corps et contrôle tous les émotions. Il faut toujours se souvenir d'écarter les faiblesses avec son esprit que créent le corps et le cœur.


    Au fur et à mesure qu'il se souvenait de cette perpétuelle leçon enseignée au cours de son enfance, l'adolescent aux cheveux ébènes sentit le malaise du matin revenir à l'intérieur de son corps et remonter lentement.


    En jetant un regard autour de lui pour être certain de ne pas être vu, il se glissa dans une ruelle toute proche et se cacha dans le fond. A cet endroit, Seiichi se baissa, tombant à genoux. Ses mains se posèrent contre les pavés du sol. il entreprit une nouvelle fois le début de son rituel macabre.


    Je me déteste, pensa Seiichi, et je suis complètement détestable.

     

     

    Chapitre précédent            Chapitre suivant 

     

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :